Pour inaugurer un théâtre, il faut faire la fête. Depuis quelques jours, la scène nationale de Villeneuve-d’Ascq, La rose des vents, a arrêté d’être nomade. Audrey Adriet a inauguré son nouvel espace, plus vaste, plus clair, plus inclusif, et a invité ce week-end les deux chorégraphes tunisiens à nous faire danser au son de la house implacable de Cali Kula et Ogra.
Au commencement, il y a un duo de DJ qui commence à nous prévenir : ils savent gérer les BPM comme des dieux. Cali Kula et Ogra posent des nappes qui sont des paysages, permettant aux danseur·euses de se présenter à nous un par un, jusqu’à devenir un collectif de sept artistes aux personnalités et aux corps très différents. Ils et elles sont le peuple à qui on a interdit de danser, en Tunisie comme ailleurs.
L’écriture chorégraphique est très basique, elle reprend les motifs classiques des croisements entre la danse contemporaine et le break. On trouve des rituels soli, ponctués de duos, des lignes qui se diffractent et des rondes. Nous ne sommes pas là pour faire avancer la danse mais pour la rendre la plus accessible possible.
L’idée, et on le comprendra à la moitié de la représentation, est que tous les gestes soient reproductibles par le public, qui depuis quelques minutes secoue les épaules au rythme de l’électro fine du duo.
Pour autant, ce Bal clandestin ne manque pas de profondeur. On le saisit quand Hafiz Dhaou se place au centre du cercle, en derviche, et quand, après, il se contrit le torse. Ce faisant, il apporte plus qu’une sensation de transcendance, il offre un cours de mystique musulmane.
Du côté derviche, le motif est bien connu : c’est une élévation spirituelle de l’âme autour du centre divin. Mais pour le second, l’affaire est moins évidente. Nous apprenons qu’il se nomme la latmiyya : c’est un geste de lamentation lors des célébrations de l’Achoura dans le chiisme, qui commémore la mort de l’imam Husayn ibn Ali, petit-fils du prophète Muhammad, tué à Karbala en 680.
Ce faisant, Hafiz Dhaou mêle à la perfection le sacré et le profane. On le perçoit dans ses pieds qui marquent le rythme : la danse dans ce spectacle est moins un divertissement pur qu’il n’y paraît.
Nous l’avons dit, la structure de la pièce est assez classique, et tous les motifs attendus sont présentés. Il y aura un micro, une participation du public ( belle présence de Fabio Dolce) et, ère du temps oblige (est-ce que le soutien de Dati aux pratiques amateures y est pour quelque chose ?), une partie des spectateur·ices est intégrée au spectacle, de façon officielle, en ayant travaillé en amont de la représentation.
Le résultat est éminemment sympathique et donne très envie de les rejoindre. À partir de là, la proposition s’épuise un peu en tirant en longueur. Le duo rate l’occasion d’un bal-spectacle où les artistes sont au cœur d’un public, ce qui aurait permis de décadrer l’idée de représentation et d’offrir une proposition plus radicale.
Reste un moment de pure générosité dont on ressort en dansant, tous et toutes réuni·es, et ça, pour inaugurer un théâtre, il n’y a rien de tel !
Villeneuve d’Ascq / La rose des vents
Dès 12 ans
Durée : 1h30 + DJ set
Sam. 24. Janv. 2026 19:00 à 20:30
Visuel : ©Blandine Soulages