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Dans les coulisses de la création expérimentale, avec Trente Trente à Bordeaux

par Nathan SCANDELLA
30.01.2026

À Bordeaux, le festival Trente Trente persiste et signe. Pour sa 23ᵉ édition, l’événement mise encore un peu plus sur un art vivant, fragile, en cours d’élaboration. On ne vient pas seulement voir des spectacles, on assiste à leur naissance.

À ses débuts, le festival jouait avec le temps. On y venait pour des formes brèves, d’une trentaine de secondes à trente minutes tout au plus. Un manifeste inscrit sous son ancien nom : 30/30. Aujourd’hui le format s’est étiré, la plupart des productions naviguent entre 30 et 40 minutes, épousant une tendance dans le monde du spectacle vivant. En revanche, l’ADN du festival reste intact : défendre la création et encourager l’expérimentation. Né en 2004, devenu Trente Trente, le festival a bien grandi. Il est identifié, reconnu et sollicité. Une reconnaissance qui ne l’a pas fait changer de cap. Bien au contraire. Cette année, l’équipe décide de pousser le curseur plus loin, avec une après-midi entière dédiée au processus de création, au work in progress. Jusqu’ici, ces fragments apparaissaient au détour d’un parcours, coincés entre deux spectacles aboutis, prenant parfois le public par surprise. Désormais, le cadre est plus clair et le public sait pourquoi il vient, et ce qu’il va voir.

 

Une ouverture à un public composite

Dans la salle, une cinquantaine de personnes : étudiants, retraités, curieux, amateurs éclairés… Notamment des élèves d’écoles d’art. L’un d’entre eux raconte : « C’est très intéressant de découvrir le processus de création de nouveaux artistes, qu’on ne connaît pas forcément… ça permet de comprendre vers où ils veulent aller ». Pas de produit fini, pas de promesse de divertissement, ici, on observe des artistes encore hésitants, à l’œuvre. Cette ouverture du processus, habituellement réservée aux producteurs et aux diffuseurs, rencontre un écho réel. Les spectateurs prennent le temps d’écouter, avec attention, puis en discutent autour d’un café une fois la représentation terminée. Et on se prend aisément au jeu : on désire comprendre le cheminement que suit l’artiste, comment il s’approprie et incarne une idée. « Les gens sont curieux de savoir comment se construit un spectacle » explique Sandrine Barrasso, collaboratrice artistique, administration et production. Et les artistes se prêtent au jeu, ouvrent une fenêtre sur leur intimité, notamment lors des échanges à la fin des spectacles.

 

« Se laisser aller à ses pensées »

Les projets présentés ce jour-là ne cherchent pas à divertir, ils appellent à autre chose, à une autre posture face à l’art, à celles et ceux qui le font. Démarche à la fois intrigante et prenante, loin de ce que l’on voit d’ordinaire. Les trois propositions découvertes en ce samedi pluvieux à Bordeaux – Le Terrier de Julien Pluchard/Cie Klamm, Parle-moi comme la pluie et laisse-moi écouter de Nicolas Meusnier, et Je vais rentrer dans un pays de la Compagnie des Limbes – sont très différentes et à des degrés d’avancement distincts. Tout n’est pas encore parfaitement rodé, il est même aisé de se laisser aller à ses pensées. Une dérive revendiquée par Jean-Luc Terrade, directeur artistique du festival : « Moi je suis pour quitter le texte, et ensuite le reprendre en cours de route, se laisser aller à ses pensées, le théâtre c’est aussi fait pour ça ». Mais on revient vite à ce qui se déroule sous nos yeux pour perdre le moins possible de ces moments, qui offrent une visibilité, encore fragile, à des formes en devenir.

Visuel : © Affiche du festival