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« On ne fait pas de pacte avec les bêtes » : ivre de la jungle

par Mathieu Dochtermann
11.02.2026

Mosi Espinoza et Justine Berthillot (cie morgane) joignent leurs forces pour proposer un spectacle intense et intrigant, plein de bruit et de fureur mais également plein de vie et d’énergie : On ne fait pas de pacte avec les bêtes. En lien avec un riche travail de terrain, qui inclut plusieurs voyages sur place, les deux artistes combinent danse, cirque, théâtre, arts visuels pour suggérer une image / des impressions / un point de vue sur le Pérou, ses habitant⸱es, sa forêt. Un puissant électrochoc, une œuvre inclassable que le Théâtre Sylvia Monfort a d’autant plus de mérite de programmer.

Un collage complexe pour une réalité multidimensionnelle

C’est sujet complexe et il aboutit à une expression artistique complexe. On ne fait pas de pacte avec les bêtes s’attaque à une réalité composite, celle du Pérou contemporain, faite de couches simultanées et empilées, qui croisent des dimensions politiques, sociales, écologiques, traversées par des rapports de domination qui s’amplifient les uns les autres. Ici, le passé se lit partout dans les traces qu’il a laissé sur le présent. De cette réalité brutale vient, en miroir, une résistance farouche, des gestes d’amour et de vie qui composent une lutte tout aussi complexe : décoloniale, féministe, écologiste, émancipatrice… Et le spectacle de Justine Berthillot et Mosi Espinoza ne propose pas de réduire cette complexité : leur spectacle est en forme de collage, il tisse sa toile à partir de myriades de fils différents, qui se chevauchent dans l’espace fictif et symbolique de la scène.

Ce procédé du collage est donc juste et inspiré : la réalité dépeinte est plurielle, les maux qui rongent le Pérou étant de plusieurs espèces. Pour saisir la totalité de ce qui se joue, il faut une approche qu’on pourrait dire holistique, ou intersectionnelle. Bien des discriminations, bien des mauvais esprits se penchent sur cette jungle : le racisme et l’accaparement rapace des richesses sont le prolongement toujours vivace de la colonisation, l’appât du gain – sous la forme de cet or qui rend les hommes fous, et qui revient plusieurs fois dans le spectacle – entraîne la violence, et les femmes et les minorités sont comme toujours les premières victimes de la situation – quand les mots terribles « Moi, la colère de Dieu, j’épouserai ma propre fille » résonnent sur scène – citation d’un film de Werner Herzog – ils sonnent avec l’évidence d’une triste vérité : rien dans ce pays n’est à l’abri des appétits d’étrangers à qui la folie a fait perdre toute retenue.

Danse explosive et qualité carnavalesque

La dimension chorégraphique de la pièce a la part prépondérante dans l’expression – d’ailleurs, c’est elle qui ouvre la pièce, après cependant que les bruits de la forêt aient résonné dans la salle pendant de longues secondes, comme pour rappeler que toute cette agitation humaine n’est qu’un (relatif) détail dans l’histoire globale de la planète. Certes, il y a du cirque sous forme de quelques équilibres et acrobaties, et ils ont du sens dans la mesure où dans la lutte qui déchire la jungle se jouent des enjeux de vie et de mort. Certes, il y a le théâtre, notamment un monologue introductif riche et dense que Justine Berthillot tient impeccablement entre deux moments d’engagement physique total, et un joli jeu de contraste entre les énergies des deux interprètes, l’une tranchante et intense, l’autre doux et planant. Mais la danse est le cœur battant de la proposition, peut-être parce que c’est, de tous les vocabulaires employés par les deux artistes, celui qui implique le plus leur corps, celui qui fait le mieux écho à la musique précise et puissante de Ludovic Enderlen et de Jérémie Quintin, celui qui prend le mieux l’espace de cette scène qui semble par moments cent, mille fois plus vaste qu’elle ne l’est. La danse secoue les corps, les met dans une transe qui les transfigure et nous hypnotise, à mi-chemin entre rituel chamanique et cérémonie guerrière.

Parmi les nombreux modes employés dans la construction de cette fresque bruissante et explosive qu’est On ne fait pas de pacte avec les bêtes, une certaine dose de burlesque vient aussi alléger l’atmosphère, tout en permettant de pousser encore plus loin la critique sur le fond. Le militaire joué par Mosi Espinoza, qui poursuit dans toute la salle une balle qui lui échappe alors que son allure passablement ridicule lui donne un air de Dictateur dans la veine de Charlie Chaplin, en est un bon exemple. Cette dimension clownesque, outrée, est à relier à l’ambition opératique du spectacle : quelque chose de plus large que nature, d’immense, englobant, fait de morceaux pris dans la réalité mais augmentés jusqu’à atteindre des proportions qui le propulsent dans l’échelle du mythe, de l’hyperbole totale. Il y a quelque chose de tout à fait carnavalesque, aussi, qui irrigue cette forme hybride : les masques, l’ironie, la charge décapante contre les puissants, la fête aussi sont des marqueurs qui font écho à cette tradition de l’irrévérence socio-politique.

 

 

Une œuvre à la signature visuelle puissante

Le geste plastique dans On ne fait pas de pacte avec les bêtes est très fort, l’univers très graphique fait se percuter des fluos saturés et des matières presque brutes, des appareils électroménagers se retrouvent incorporés à des statues tronquées dans une hybridité qui propose des raccourcis temporels vertigineux. La scénographie mi-futuriste mi-naturaliste signée James Brandily voisine avec une peinture presque naïve de Brus Rubio. La juxtaposition des images se fait sur le mode abrupt de tout le reste de l’écriture : des symboles, des langages, des couleurs apparemment étrangers les uns aux autres voisinent, les lumières sont faites de couleurs primaires ou pop et s’allument sur des rythmes syncopés. C’est comme un défibrillateur qui agirait à l’endroit du regard, destiné à choquer l’esprit pour lui permettre de basculer dans un nouvel état de prise de conscience.

Les costumes sont du même acabit : sans concession, bruts d’ironie burlesque ou de modernité radicale, ils sont des patchworks de références à des traditions péruviennes aussi bien qu’à la mode de la rue. La création visuelle fourmille d’idées dont la simplicité est trompeuse. L’un des meilleurs exemples est l’utilisation du fond de scène. L’Amazonie est d’abord représentée sur une toile barrant le fond de scène, un trompe-l’oeil en toc comme pour dire quelque chose de l’image pétrifiée qu’elle tend à devenir pour une modernité qui ne la considère que comme un décor pour l’humain, un arrière-plan sans importance, traité presque avec négligence. Mais la toile ne tient pas longtemps devant les secousses qui agitent la scène, et elle se décroche comme un mauvais rêve dont le spectateur se serait éveillé, révélant une reproduction de l’œuvre picturale Voyage amazonique de l’artiste Brus Rubio, qui montre une représentation plus diverse, plus joyeuse, plus intégrée du pays, mêlant animaux, végétaux et humain⸱es, saisi⸱es dans un même mouvement.

La force d’une critique bien amenée

La dénonciation de la pression du regard colonisateur de l’occidental est partout sensible dans les lignes de fracture peintes par cette œuvre fragmentaire. Le personnage bouffon du militaire de pacotille qui tente à tout prix de planter son drapeau étasunien sur un point du globe qu’on imagine être l’Amérique du Sud fait évidemment écho à l’entreprise trumpiste de mainmise sur le Venezuela – les artistes se doublent ici de visionnaires. Mais le passé du continent n’est pas oublié : des dialogues des films de Werner Herzog, Aguirre ou la colère de dieu et Fitzcarraldo, rappellent à juste titre que l’homme blanc occidental, dans sa quête délirante des matières premières qui l’intéressent, a contaminé toute la planète de sa fièvre colonisatrice et extractiviste. Les personnages possédés d’Herzog ont parfaitement leur place dans cette mise en scène opératique, excessive, tonitruante des forces qui traversent les devenirs de la jungle.

Et on se prend à se rappeler que le cinéaste, lors même qu’il dénonçait les colons 16e et 20e siècles, ne faisait pas beaucoup mieux, à la fois parce qu’il réduisait la jungle à un décor dont il se servait, et parce qu’il fut lui-même gagné par la folie des grandeurs qu’il prétendait dépeindre, essayant de hisser, réellement, un bateau au sommet d’une montagne. Cette référence se retrouve sous la forme d’une citation visuelle cryptique, une pirogue juchée au sommet d’une sorte de totem érigé sur scène à la gloire, sans doute, de la prétendue modernité amenée par les colons. Il s’agit bien sûr d’une entreprise ironique, l’idole n’étant là que pour mieux être dénoncée – on regrette d’ailleurs, à son propos, que le geste final de défiance lancé par Justine Berthillot à son endroit ne soit pas visuellement plus fort, plus impressionnant, à la hauteur de la démesure du reste du spectacle.

On ne fait pas de pacte avec les bêtes évite un didactisme frontal : il ne dit pas quoi penser, ou comment interpréter les signes. Mais il est tout entier traversé par un point de vue très fort, par la volonté de mettre en scène ce qui résiste – là où, sous nos latitudes, certain⸱es revendiquent être la Nature qui se défend, ici on pourrait dire que Justine Berthillot et Mosi Espinoza jouent le rôle des humain⸱es qui sont la jungle, la terre, la culture, le peuple qui résistent. La cible est aussi bien le colonialisme extractiviste – ce que certain⸱es nomment le capitalisme de plantation – en ce qu’il est une domination des choses – terres, ressources – aussi bien que des corps qui doivent lui être asservis.

C’est un spectacle audacieux dans le fond et dans la forme, superbement mis en corps et en gestes. Mais cette réussite formelle ne doit pas faire oublier le point auquel la réflexion qui le sous-tend est riche, à quel point le travail sur la richesse et la justesse des images est bien mené. C’est un spectacle qui mérite le détour, comme on en voit trop peu souvent dans cette veine.

Visuel (c) V. Arbelet