Le festival Circa a invité le collectif Cirque des petites natures à planter son chapiteau à Auch pour présenter Le Bruit, un spectacle de cirque sous chapiteau à dix interprètes.
Le Bruit commence avec rage et éclat, guitares saturées et trapèze se balançant frontalement au-dessus des têtes des premiers rangs. À jardin, une caravane sur scène – on hésite à écrire « sur piste », car les gradins sont disposés en demi-cercle sous le chapiteau du Cirque des Petites Natures – et une estrade sur laquelle sont exposés des costumes derrière un batteur qui met le feu. À cour, un échafaudage métallique en gros tubes soudés, un canapé qui a connu des jours meilleurs, un coin bricolage où on meule du métal à grands renforts de gerbes d’étincelles, un musicien et ses machines. Dire que 30 secondes plus tôt, on avait le culot de nous déclamer de la poésie ! On se croirait dans un spectacle du Cirque Electrique. C’est nerveux, c’est explosif, on en prend plein la tête.
Sauf que l’on n’est pas dans un spectacle du Cirque Électrique, et que ce début s’interrompt brutalement, avec l’irruption d’une voisine excédée par le bruit. En vérité, ce n’est même pas, à proprement parler, le début du spectacle, qui a plutôt commencé devant une caravane, ou autour d’un feu de camp, voire les yeux tournés vers un ciel habité d’étranges oiseaux. Et Le Bruit de trouver son chemin singulier : vulgaire mais poétique, bruyant mais doux, provocant mais tendre. Rien n’est très neuf dans les éléments mobilisés, les artistes ont emprunté à droite et à gauche, consciemment ou pas. Peut-être n’est-ce pas si grave : à la manière d’une personne qui connaît son affaire en cuisine et concocte un bon plat avec des bouts de tout, le Cirque des Petites Natures nous arrange là un spectacle bien relevé, à sa sauce.
Alors, oui, du bruit, il y en a, mais les deux musiciens ne manquent pas de talent, et ils sont rejoints par tel·le ou tel·le autre de la troupe qui manie qui le chant, qui la clarinette ou le saxophone. Parfois, ça claque, parfois, c’est subtil et planant. Il y a des cris, beaucoup, des personnages forts en gueule, et des créatures étranges, mi-humaines mi-bêtes, hybrides improbables de crin et de jockstrap, de plume et de grâce. Une distribution un peu disparate, dans laquelle les circassien·nes ne sont même pas majoritaires – tant mieux ou tant pis. Des marionnettes sorties du cauchemar d’un·e taxidermiste – à moins qu’il ne s’agisse de l’inverse.
C’est un cirque d’atmosphère, une ménagerie étrange, une galerie d’êtres mal ajustés. On a l’impression que c’est parfois un peu le bordel dans la dramaturgie – si on se donne la peine de regarder de l’autre côté de la médaille, cela veut dire aussi que ça change parfois de direction de façon parfaitement inattendue, et cela fait du bien de se faire surprendre de temps en temps. Ça met sans doute trop de temps à se mettre en place. Les personnages de directeur despote et de fausse spectatrice sont caricaturaux, même si interprétés avec conviction, et une forme de justesse dans le surjeu. Mais Le Bruit est tout de même un spectacle dont on peut tirer beaucoup de plaisir en tant que spectateurice. Il propose quelques très belles images – dont celle qui clôt joliment le spectacle –, il bénéficie de quelques individualités à la présence scénique indéniable, et de la fougue d’un premier projet : tout le monde ne peut pas nécessairement en dire autant !
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