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08.04.2026 → 12.04.2026

« Frames » : Alexander Vantournhout, encadreur du mouvement

par Mathieu Dochtermann
13.04.2026

Présenté au CENTQUATRE-PARIS du 8 au 12 avril 2026 dans le cadre du Festival Séquence Danse, Frames d’Alexander Vantournhout (cie Not Standing) prolonge la recherche singulière de ce chorégraphe talentueux, quelque part au croisement de la danse et du cirque. En sortant du plateau pour investir des espaces extérieurs, les quatre interprètes proposent une expérience perceptive où le cadre devient autant agrès que prisme du regard.

D’emblée, Frames déplace les habitudes des spectateurices. D’abord, en proposant de se retrouver à l’extérieur – même si, manque de chance, l’annonce de pluies orageuses a conduit les représentations parisiennes à se dérouler en intérieur, avec cependant les perspectives architecturales et les volumes majestueux du CENTQUATRE qui dialoguaient de façon très intéressante avec la proposition. Dans Frames, le public circule, choisit son point de vue, puisque le spectacle se décline en trois stations, qui sont autant d’occasions de l’inviter à changer d’espace et à se repositionner devant les cadres proposés.

 

Trois installations structurent donc cette expérience : un skydome, sorte de tente au sommet percé d’une ouverture rectangulaire, puis un cadre carré posé au sol face public, puis enfin une colonne à la circonférence assez étroite. Il s’agit d’autant de terrains d’expérimentation où les corps montent et se suspendent. Il s’agit aussi de trois façons d’exposer l’œuvre qui est dessinée par le mouvement des corps. Il s’agit enfin de trois organisations du rapport scène-salle : quadrifrontal en élévation, puis frontal, et circulaire enfin.

 

La principale originalité de ce travail est donc la renégociation du regard : il se porte de face, de côté, d’en bas. Comme dans SCREWS, spectacle de 2019, le public est amené à reprendre une agentivité dans la façon dont l’œuvre se révèle à lui, comme dans un musée où on est libre de tourner autour d’une sculpture pour en scruter toutes les facettes, ou de tester plusieurs angles devant un tableau pour que la lumière révèle le coup de pinceau. Ajouter un cadre – entendu au sens large puisqu’il se fait piédestal à la dernière station – c’est non seulement inviter les spectateurices à considérer les corps et leurs mouvements comme on regarde une œuvre plastique exposée dans une galerie, c’est aussi créer des jeux dynamiques qui ajoutent de la signification à l’espace. En effet, le fait de poser un cadre génère automatiquement un hors-cadre… et permet d’en jouer.

 

Les cadres-agrès de Frames n’ont donc pas uniquement la fonction d’encadrer — ils agissent, contraignent, révèlent, mais également amènent du sens en multipliant les conventions. Dans ce jeu optique et spatial, l’écriture chorégraphique se déploie comme une suite d’apparitions et de sorties, de jeux avec la contrainte de la gravité, d’exploration du rapport dedans-dehors.

 

Regarder la proposition chorégraphique comme une œuvre plastique

Dans la façon dont les quatre corps bougent et s’agencent, on est frappé par la précision des équilibres. Tout semble tenir à presque rien : quelques doigts, un point d’appui minuscule, une tension partagée, des forces en opposition qui maintiennent un équilibre éphémère. Les interprètes construisent une géométrie mouvante faite de pivots, d’accroches, de prises d’appuis précaires. Les corps peuvent se laisser oublier en tant que figures humaines, et devenir surfaces, lignes, volumes.

 

La dynamique porteur⸱se-porté⸱e, présente autant dans le cirque que dans la danse, semble ici se réinventer au fil des contraintes posées par les différentes stations, dans une interdépendance constante des interprètes qui ne peuvent, le plus souvent, tenir que parce qu’iels s’offrent mutuellement comme support les un⸱es aux autres. Il y a là une science du geste, une intelligence du poids et du vide, qui produit des figures suspendues presque miraculeuses.

 

Les individualités des interprètes ne sont pas entièrement gommées, et il y a plusieurs soli qui permettent de souligner tel ou tel apport, mais on sent qu’iles s’effacent au service du groupe et de la proposition. Les visages apparaissent tardivement dans le spectacle, comme si ce dernier cherchait d’abord à révéler les corps, qui ne se dévoilent dans l’ouverture du skydome que par petites touches, ici une main, là une jambe anonyme arquée au-dessus du vide. Certains tableaux suscitent une forme de saisissement collectif : quand les interprètes se retrouvent tendu⸱es dans un même geste, élancé⸱es vers l’horizon, en équilibre précaire, il se fait un silence attentif, presque un souffle retenu.

 

Avec Frames, Alexander Vantournhout poursuit une exploration exigeante où la contrainte introduite par l’objet devient moteur de création. Le cadre, loin de limiter, ouvre un champ d’expériences perceptives et physiques. À la croisée des arts visuels, de la danse et du cirque, la pièce propose une manière sensible d’habiter l’espace et de regarder autrement — une invitation à déplacer le regard, et peut-être, à en éprouver les limites. L’absence de bande son permet de se concentrer sur la vue, mais, paradoxalement, aiguise également l’ouïe, qui capte le moindre frottement, les respirations contraintes, tous les micro sons de l’effort. Finalement, on n’est en que plus engagé dans cette proposition marquante.

Visuels : © Bart Grietens