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11.03.2026 → 13.03.2026

« Catharsis » : le cirque pour exorciser la pulsation de mort

par Mathieu Dochtermann
12.03.2026

Dans le cadre du festival Spring, le Cirque-Théâtre d’Elbeuf programme pendant 3 jours Catharsis, le nouveau spectacle de la Cie Les Complémentaires. Un spectacle de cirque, indubitablement – cadre coréen et portés acrobatiques – où la musique et la danse ont une place très importante. Largement inspirée de La fille sur le pont, la proposition oscille entre pulsion de mort et pulsion de vie, avec une délicatesse touchante.

Ce n’est pas le matériau le plus facile, et c’est en cela qu’il est intéressant : La fille sur le pont c’est un peu une histoire d’amour, mais dysfonctionnelle, c’est aussi et peut-être surtout une variation autour du désir de mort et de la pulsion de vie. Ainsi posé, c’est un peu vertigineux ; cela tombe bien, puisque la scénographie de Catharsis reprend l’idée du pont dans une version Eiffel – dentelle d’acier qui surplombe la scène de 5 ou 6 mètres. Au sol, les tapis de réception sont déguisés en une sorte de magma noir, qui peut figurer les eaux du fleuve dans lequel l’une des protagonistes tente de noyer son existence au début du spectacle, mais qui peut aussi figurer de noires pensées qui menacent d’envahir la scène. A jardin, une estrade de bois accueille un orchestre : c’est une buvette, un bal de plein air, un lieu de vie et de rencontre peuplé en permanence par au moins deux musicien·nes.

 

À elle seule, cette scénographie résume le spectacle : la vie qui voisine avec la mort, le groupe avec la solitude, l’instrument de musique avec l’agrès de cirque. Qu’on se rassure : tout n’est pas sinistre, il y a la joie de la rencontre, le plaisir de la danse, la sensation de voler et la fascination qu’elle provoque – qui peut-être est la clé qui sauvera ce couple étrangement assorti, la petite voltigeuse suicidaire et le grand porteur-violoniste, ou peut-être au contrat scellera son destin, on ne sait. Elle s’accroche désespérément à son sauveur, puis met en scène sa propre disparition pour lui révéler qu’il ne peut plus se passer d’elle ; lui, d’abord intégré à l’orchestre, finit par quitter sa vie de terrien pour prendre de la hauteur avec elle, dans une relation qui semble exclure toutes les autres. Sont-iels amoureux·ses, sont-iels autrement dépendant·es ? La question reste ouverte ; en tous cas iels sont lié·es par une relation forte qui les embarque dans un destin commun.

 

Une variation nuancée autour de la vie, de l’amour et de la mort

La teneur du propos n’empêche pas Marianna Boldini et Basile Forest, les porteureuses du projet et interprètes circassien·nes, de mettre une saine dose d’humour dans leur façon de mettre en scène cette passion étrange. Iels donnent une place importante à la musique, qui est motrice dans la dynamique de l’histoire et que David Brossier et Lina Belaïd portent avec brio, en même temps qu’iels invitent quelques pas de danse au plateau. Il faut dire que les deux ont été à bonne école pour rapprocher danse et portés acrobatiques : leur première collaboration s’est faite avec la Cie XY à l’occasion de Il n’est pas encore minuit, et Marianna Boldini fait partie de la distribution de En attendant le grand soir de la Cie Le Doux supplice. Cela ne les empêche pas de trouver leur propre façon de pratiquer les portés, avec un rapport très physique, presque d’affrontement ou de domination, comme Justine Berthillot et Frédéri Vernier le faisaient dans Noos, par exemple.

 

C’est dans le cadre coréen que le travail corporel culmine cependant : elle en voltigeuse, lui en porteur, avec une prise de risque tout à fait réelle qui fait réagir dans la salle même les professionnel·les les plus blasé·es. Suspension au-dessus du vide sans sécurité, balancements au centimètre près dans des espaces ménagés dans la structure du pont, on retient son souffle plus d’une fois – et c’est totalement approprié, évidemment, au fond du propos, puisque la question de la pulsion suicidaire traverse tout le spectacle. On se dit parfois que, quitte à adapter cette histoire, il est curieux d’avoir gardé une vision de l’interaction homme-femme caricaturale, entre la femme fragile, émotionnelle et excessive et l’homme taciturne, fort et finalement rendu dépendant à force d’être manipulé. Mais l’alchimie entre les interprètes est indéniable, et on ne peut s’empêcher de croire notamment à l’évolution des sentiments du personnage masculin.

 

Il s’agit, en tous cas, d’une proposition de cirque bien pensée, avec une dramaturgie très travaillée, susceptible de plaire à un très large public, et dont les aspects les plus sombres sont suffisamment métaphorisés – notamment la tentative de suicide initiale qui peut passer pour une rattrape spectaculaire – pour que Catharsis puisse être vu par des publics assez jeunes.

visuel : © Fanny Magot