Pour fêter la fin d’année 2025, Casse-Noisette était à l’honneur à Paris ! Mis en scène à la Comédie Française par Johanna Boyé, puis à la Seine Musicale par Benjamin Millepied, le conte fait également un arrêt au 13èmeArt pour sa version classique par le British Festival Ballet.
Le rideau se lève et nous emporte tout de suite dans un monde féérique : celui de Noël. Le grand sapin est étincelant, la nuit est enneigée, les fenêtres sont illuminées. Nous sommes dans l’aristocratie du 19ᵉ siècle, avec ce grand appartement et ses lourds rideaux d’hiver qui calfeutrent l’espace. On joue à colin-maillard, on danse. Un ballet, c’est du théâtre muet joué par la danse dans lequel les costumes permettent aux spectateurs de comprendre le rôle de chacun. On reconnait vite Marie (qu’on appelle aussi Masha ou Clara dans certaines versions), l’héroïne principale au tutu blanc, et l’Oncle Drosselmeyer qui se démarque par la richesse de son costume noir, fait de dorures et de velours. Son costume est le plus beau du vestiaire masculin du spectacle, car il est le deuxième personnage central de la pièce. Il est en noir, car il est mystérieux. Tantôt charmeur de ces dames, tantôt magicien pour les enfants, il apporte les cadeaux, fait danser les poupées et les Arlequins. C’est lui, qui offre le Casse-Noisette et qui accompagne Marie dans la sieste qui lui permettra d’accéder à un monde magique.
Alors que Casse-Noisette a fait l’objet de multiples adaptations à travers les années, on est ici face à la mise en scène classique initiée par Marius Petipa en 1892. Tout y est. L’ouverture musicale avec le rideau fermé, le sapin qui grandit pour montrer que Marie rapetisse, l’aristocratie, la magnifique valse des Flocons de Neige qui clôture le premier acte. Dans le second Acte, on retrouve la Danse espagnole, la Danse arabe, la Danse Chinoise, la Danse russe … La troupe se sert de l’extrême souplesse d’une danseuse pour sa danse arabe aux postures orientalisantes, puis de la ferme fluidité d’un autre pour la danse chinoise et de la grande agilité d’un dernier pour la danse aux pas inspirés du répertoire russe. Les Danses paraissent donc grandioses, et les techniques, poussées. On retrouve également la Valse des Fleurs et surtout : le célèbre Pas de Deux dans lequel Marie réalise qu’elle est la Fée Dragée et tombe amoureuse du Prince. C’est dans ce Pas de Deux que Marie grandit. Elle n’est plus une petite fille. Aux côtés du personnage masculin, sa danse dessine l’idée d’une élévation personnelle. Les danses sont pensées vers le haut avec beaucoup de portés.

Pour le décor, le trompe l’œil fonctionne tout de suite. Quand le rideau se lève, on est un peu émerveillé par cette mise en scène féérique de fin d’année. Il dessine l’intérieur de l’habitation et ses grandes fenêtres au dehors enneigées et illuminées. Noël dans tous ses codes les plus chaleureux. Mais plus le spectacle avance, plus le ballet est grandiose. C’est dans le deuxième acte que Casse-Noisette prend toute sa grandeur : ce sont là que sont jouées les musiques de Tchaïkovski les plus connues. Ce sont là également que les danses sont les plus variées et le ballet le plus fort. Face à la beauté du classique et des costumes, ce trompe-l’œil finit par sembler un peu léger.
Le British Festival Ballet est une compagnie de danse classique créée il y a seulement deux ans, et connue pour ses tournées internationales, européennes et britanniques. Son nom évoque celui d’une autre compagnie, le British Festival Ballet créé en 1950 puis renommé English National Ballet en 1989. A l’époque, ses premières programmations au Stoll Theater de Londres jouaient un répertoire classique par excellence : Casse-Noisette, le Lac des Cygnes, Giselle, ou encore Les Sylphides. C’est justement Le Lac des Cygnes puis Casse-Noisette que ce nouveau British Festival Ballet a joué cet hiver au 13ᵉ Art. Une compagnie nouvelle qui semble rendre hommage à l’histoire des institutions chorégraphiques britanniques. La force de ces productions est la retranscription du spectacle classique comme il a été pensé.
Casse-Noisette est un ballet qu’on apprécie toujours car à la différence d’autres pièces, il a une durée courte, de seulement deux heures avec entracte. Tchaïkovsky a créé un spectacle dont les danses renforcent l’onirisme du conte d’Hoffmann original. Le British Festival Ballet l’a rendu dans toute sa splendeur. Parce que ça fait du bien de voir des grands classiques juste pour ce qu’ils sont, on court au 13ᵉ Art.
Image de présentation : Hugh Hastings
Visuel de l’article : David Herero
Production : British Festival Ballet & Herisson Productions
Musique : Piotr Tchaïkovski
Livret : Marius Petipa selon le conte de Hoffmann
Chorégraphie : Marius Petipa