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01.04.2026 → 03.04.2026

Patachtouille à la Maison de la danse de Lyon : esprit sain, corps saint

par Louis Perquin
04.04.2026

Après des années à animer de sa verve les plus illustres cabarets parisiens, Patachtouille alter ego de Julien Fanthou – s’autorise en ce début du mois d’avril une escapade en dehors de la capitale et propose, avec l’aide de la Maison de la danse de Lyon, un spectacle de cabaret empreint de culture queer. Une belle manière d’illustrer l’intemporalité d’une forme dont la plasticité unit les contraires et nous embarque dans un tourbillon touchant, jouissif et exalté.

Avant même le début de la représentation de « Corps et âme », la distribution générale de machines à bulles parmi les spectateurs semble déjà annoncer la désinvolture de ce qui les attend. Symbole d’un retour à l’enfance et, plus globalement, d’une régression à un état où la combinaison du souffle et de l’eau savonneuse suffit à donner corps à un imaginaire débridé, l’objet se trouve vite teinté d’une connotation nettement plus sombre lorsque Patachtouille confesse qu’il s’agit en vérité d’un réceptacle de globules blancs, seuls capables de lutter contre le Sida dont il est atteint. Traversé en filigrane par la séropositivité de son interprète principal, le spectacle remplace cependant l’apitoiement attendu par une déflagration d’énergie brute, où la succession des numéros et des ambiances conjure l’angoisse existentielle tout en s’en devenant le carburant paradoxal de la création.

Positiver la séropositivité

Le nom seul de « Patachtouille » suffit à résumer l’ambivalence de cette « Créature », à mi-chemin entre l’hommage envers une tradition montmartroise du cabaret comme lieu d’agrément et l’étalage d’une souffrance incurable. Plus que nulle autre, la petite scène accolée au restaurant de la Maison de danse semblait toute désignée pour recueillir un témoignage aussi incarné, du fait non seulement de sa proximité avec le public, mais aussi et surtout de son ancrage dans un cadre en prise directe avec un réel trop souvent tenu à bonne distance par la scène traditionnelle. C’est là que réside toute la force de cette production singulière, qui postule d’emblée son caractère insaisissable et nous oblige à la suivre dans un enchaînement ininterrompu où danse, chant, poésie et exhibitionnisme fusionnent en un tout chaotique, certes, mais de fait absolument réjouissant. L’occupation réfléchie de l’espace scénique et sa porosité avec le parterre conduisent à une intimité inattendue, où l’on se prend à rire du tragique avant de sentir l’émotion nous envahir sous l’effet de chansons aux paroles pourtant sibyllines, voire ouvertement absurdes.

Paradoxes sur les comédiens

Le tableau ne serait toutefois pas complet si l’on ne mentionnait pas l’apport décisif de Cosme McMoon (alias Delphine Dussaux), dont l’accompagnement continu au piano permet à la représentation d’accéder à des cimes que la voix seule n’aurait sans doute pu atteindre. À cette première contribution musicale s’ajoute celle, plus explosive encore, d’Angèle Micaux qui, de partenaire de Patachtouille, s’octroie par moments le premier rôle et se livre à une exhibition intégrale de son corps et des pulsions inavouées que personnages et spectateurs partagent et se renvoient réciproquement. Seulement, un peu à la manière d’un Iggy Pop, ce déballage ne cherche pas à flatter facilement le désir, mais au contraire à le renvoyer à ce qu’il est fondamentalement – une projection apposée sur une surface considérée comme pure forme, et transformée par l’intervention de la pensée de celui qui l’observe. La préoccupation pour le corps en tant que tel offre du même coup toute licence au défilé kaléidoscopique qui se déroule sous nos yeux, libéré des contraintes généralement imposées à la fiction par la cohérence narrative et qui brouille avec malice la limite entre invention et autobiographie, acteurs et personnages, vérité et mensonge. Toute la spécificité du cabaret semble en effet tenir dans cette intrication énigmatique entre l’intime et le spectaculaire, dont la rencontre subvertit la scène en un espace mental où la parole devient action, et que le comédien colore à sa guise des sentiments contradictoires auxquels son âme et celle de ses ouailles sont sujettes à s’abandonner. À rebours d’une forme d’incarnation unilatérale du personnage par le comédien, on assiste à une série d’échanges entre ces deux êtres qui, réunis dans un corps unique, en dévoilent la plus sincère et profonde intériorité.

 

©Théo Martin

Séropotopie

Quelques minutes avant le lever du rideau,  nous entendons l’une de mes voisines de table se vanter à son interlocutrice de son tempérament casanier, avant d’avouer qu’elle est bien contente, à l’issue d’une sortie telle que celle-ci, de pouvoir rentrer chez elle et d’y retrouver son confort matériel. S’il peut prêter à sourire, cet aveu correspond pourtant bien à la surprise qui est la nôtre lorsque, les lumières rallumées et les applaudissements tus, la raison et l’ordre reprennent leurs droits et rappellent que ce n’était là qu’un interlude temporaire, une abolition cathartique de la comédie sociale soumise aux injonctions extérieures. De là à dénier au cabaret sa capacité subversive, il n’y aurait qu’un pas que l’intensité du plaisir ressenti sur le moment m’empêche de franchir. Par l’abolition des frontières entre les genres (à tous les sens du terme), les émotions et les individus, c’est à l’émergence d’un espace absolument autre que nous assistons, médusés, près d’une heure durant, arrachés que nous sommes de nos attentes et des conventions qui régissent l’ensemble de notre vie. Au primat de la norme, du masque bienséant, Patachtouille oppose un jeu d’artifice protéiforme dont la fausseté assumée met à nu l’inconscient plus qu’elle ne l’assouvit. À l’heure où la falsification domine en tous lieux ce que nous avons coutume de considérer comme le monde réel, il est plus que jamais salutaire de rappeler les vertus salvatrices du spectacle vivant, reflet d’une condition humaine enfouie sous les oripeaux de l’habitude et réconciliation décomplexée avec nos infirmités les plus douloureuses.

Vu à la Maison de la Danse de Lyon, programmé du 1ᵉʳ au 3 avril.

Informations.

 

Visuel : © Maison de la Danse.