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Naissance de « Bienvenue au Cabaret » : rencontre avec Mélodie Braka et Marina Viguier

par Melodie Braka
08.03.2026
Melodie Braka - Marie Viguier - Bienvenue au Cabaret © Julie Carretier Cohen

Pour ouvrir la série « Bienvenue au cabaret », Mélodie Braka échange avec la photographe Marina Viguier. Ensemble, elles racontent ce que le cabaret fait aux gens qui le découvrent et pourquoi elles ont eu envie d’en garder la trace.

 

C’était quand votre 1ère fois au cabaret ?

Mélodie Braka : Une amie m’a emmenée chez « Madame Arthur ». C’était la dernière de Monsieur K, je ne le savais pas. Ce soir-là, c’était le « Bal Céline Dion ». Au casting, il y avait L’Oiseau Joli, Vaslav de Folleterre, Monsieur K et Patchtouille. Jérôme avait fait un truc assez génial : il avait vraiment fait un bal, poussé toutes les tables, et par moments les gens étaient invités à danser au milieu. Cette explosion du quatrième mur m’a fascinée. De mémoire, je n’avais jamais vu de spectacles comme ça, participatif, organique, tellement libre. Je me suis dit : ça existe à Paris ?

Marina Viguier : La première fois, c’était quelques jours avant le Covid. J’avais rencontré Martin Dust par hasard, on s’était recroisés sur un trottoir du 11e et il m’avait dit : il faut absolument que tu viennes au cabaret. C’était le « Cabaret de Poussière ». Je me souviens, il y avait Patchtouille aussi, c’est drôle ! Il y avait Clara Brajtman, je ne sais plus exactement qui d’autre. Faudrait que je revoie les photos. J’avais juste un petit appareil dans ma poche, un Olympus argentique. Je n’ai fait que deux ou trois photos de loin. Et j’ai tellement aimé que, une fois sortis du Covid, j’ai recontacté Martin pour lui demander si je pouvais venir faire quelques photos en loge. Il m’a dit oui, alors que je n’étais pas du tout photographe. Je faisais trois pellicules dans la soirée, c’était cher, beaucoup étaient floues ou trop sombres. Mais c’est comme ça que j’ai appris.

Qu’est-ce qui vous a plu ?

Mélodie Braka : Cette liberté, justement. Aussi bien au niveau esthétique qu’intellectuel. Il n’y a pas de limite. C’est quelque chose qui revient souvent quand je discute avec des artistes. En tant que spectatrice, c’est très fort de se dire qu’il n’y a pas de limite de ce que tu exprimes sur scène. Pas d’étiquette, pas de case, juste des artistes. Le propos, c’est d’exister. Et puis le cabaret, c’est la fabrique aux bonnes idées. J’étais fascinée par l’équation entre le manque de moyens et la force des idées, et à quel point ça marche. Avec un bout de ficelle et une intuition brillante, c’est recherché, créatif, audacieux et souvent bien plus efficace que des productions cinq fois plus dotées. C’est hyper jouissif !

Marina Viguier : Cette liberté, je l’ai ressentie aussi. Je venais plus de l’univers des concerts, je travaillais pour Solidays et Solidarité Sida. Même sur des scènes alternatives, tout est souvent codifié. Au cabaret, il n’y a pas peur du dérangeant, pas peur du nu, pas peur du politique. Et visuellement, c’est extrêmement riche. Ça répond à un besoin de lutte, de convergence des luttes. Je me nourris de tout ça.

Patachtouille ©Marina Viguier (1)

Y avait du cabaret là où vous avez grandi ?

Mélodie Braka : Parisienne pur jus, donc il y en avait une tonne, mais j’ai grandi dans une culture concert, pas cabaret. Mon père est fan de rock et il m’a emmenée très tôt faire des concerts. Le plaisir du spectacle vivant, je l’ai eu jeune. Et le spectacle vivant fait communauté. Ça, c’est merveilleux.

Marina Viguier : Pas du tout. À Villers-sur-Coudun, en Picardie, jamais entendu parler. Dans ma tête, c’était « Moulin Rouge » : des plumes et du french cancan. Je ne m’étais jamais posé la question.

Avant d’être journaliste spécialisée cabaret, Mélodie vous avez été directrice de la communication de Madame Arthur. En quoi ce vécu de l’intérieur a-t-il changé votre regard et est-ce qu’il est à l’origine de « Bienvenue au cabaret » ?

Mélodie Braka : Chez Madame Arthur, j’ai eu la chance folle de passer de l’autre côté du miroir. De spectatrice émerveillée, je suis devenue directrice de la communication, et tout d’un coup je suis rentrée dans l’intimité de la création. J’ai compris tout l’enjeu qui se joue derrière un numéro, comment se construit la poésie autour de quelques paroles, comment un combat peut être porté à travers cet art. Et puis ça m’a donné l’opportunité d’avoir une relation très intime avec les artistes, de comprendre leurs doutes, leurs aspirations, leurs rêves. Derrière ces artistes, il y a des humains qui ont un propos à défendre et qui ont choisi le cabaret pour le faire. Ça m’a profondément touchée. Je ne savais pas à l’époque que ça allait me suivre toute ma vie. Que je deviendrais une fervente défenseure de cet art à travers le journalisme. C’est une mission, une forme de porte-parole, ou tout du moins de passeuse, de ces artistes que je respecte profondément. Et à travers « Bienvenue au cabaret », j’ai simplement eu envie de leur rendre tout ce qu’ils m’ont donné.

Le cabaret, c’est beaucoup d’émotions, rires et larmes. Quels sont les numéros qui ont provoqué une décharge électrique dans votre tête et dans votre cœur ?

Mélodie Braka : Vaslav de Folleterre pendant la pandémie, avec ses pancartes « Le chant du cygne » sur la mélodie de « Show Must Go On », traduit par « Reste sur scène ». Cette poésie au milieu du chaos, c’était bouleversant. Et toujours en pleine crise Covid, Martin Poppins et Bili Bellegarde chantant « Je t’aimais, je t’aime et je t’aimerai » de Francis Cabrel en a cappella au Parc Floral. Le public suspendu à leurs lèvres. Une émotion brute, sans décor, sans artifice. Ça montre que quel que soit l’environnement, il y a une émotion qui est là. Et ça, c’est électrisant.

Marina Viguier : Clara Brajtman qui chante « Zog Nit Keynmol », une chanson inspirée par le soulèvement du ghetto de Varsovie . Elle parle de ses origines, puis elle chante. Ce n’est même pas un numéro, c’est une chanson, mais elle l’interprète tellement magnifiquement que ça m’a hérissé les poils. Et très récemment, Pit Pony au « Pins & Needles », à l’automne 2025. Une artiste trans, habillée en latex. Une performance avec des agrafes, elle s’agrafe sur le corps des papiers où il est écrit « Protect the Dolls », pour protéger les personnes trans, y compris sur le visage. À la fin, elle revient, les papiers retirés, le sang visible. C’était puissant, violent et nécessaire. J’ai pleuré derrière mon appareil. Souvent il me protège, mais là, j’ai pleuré quand même, tout en restant assez concentrée pour immortaliser ça. C’est un de mes portraits préférés.

Clara Brajtman ©Marina Viguier

Pourquoi avez-vous voulu figer sur la pellicule l’esthétique du cabaret Marina?

Marina Vigier : Au cabaret, j’ai vu des choses que je ne voyais nulle part ailleurs, ressenti des choses que je ne ressentais plus sur d’autres scènes. Au départ, ce n’était pas professionnel, c’était pour montrer à mes proches ce que je vivais. Les mots ne suffisaient pas. Et très vite, j’ai compris que les artistes manquaient de visibilité. C’est un combat d’exister, de remplir une salle, de donner envie. Offrir des images, c’est les aider à communiquer. C’est aussi militant. Poser ces corps sur pellicule, c’est habituer le regard, rendre ces représentations familières. C’est précaire, peu subventionné, politiquement menacé et ça se sent.

C’est quoi le female gaze ?

Mélodie Braka : C’est une des touches de tes photos, justement.

Marina Viguier : Ce n’est pas moi qui ai défini mon travail comme ça, c’est important de le préciser. Mon regard est profondément bienveillant, lumineux, sensible. Je ne place pas ma caméra au-dessus de mes sujets. Plutôt à hauteur ou légèrement en dessous. C’est une question d’angle, de lumière, de couleur. Je cherche la douceur, la mélancolie parfois. Et surtout, il n’y a jamais de jugement. Mes photos ressemblent beaucoup à ma personnalité.

Melodie Braka - Marina Viguier © Julie Carretier Cohen

Pourquoi il faut aller au cabaret ?

Mélodie Braka : Déjà parce qu’il faut les soutenir. Ça reste du spectacle vivant, une industrie fragile, et chaque place compte. Et surtout parce que ce sont des artistes inclassables. Multi-artistes. À chaque fois que je leur demande s’iels sont plutôt chanteur·euse, danseur·euse, circassien·ne, la réponse déborde. Et ils savent surprendre : même quand on a ses cabarets chouchous, chaque représentation est différente. Le cabaret cherche l’accident. C’est vivifiant. Quelle que soit la journée que tu as eue, le cabaret te fait te sentir profondément vivant. Le monde est en feu, mais nous on est là. À vivre des émotions. À vivre ensemble. Mon Dieu, qu’est-ce qu’on a besoin de vivre ensemble !

Marina Viguier : Parce que c’est profondément politique. Un acte de résistance. Aller écouter ce qu’iels ont à dire, soutenir l’intersectionnalité des luttes, soutenir des artistes qui osent dire des choses que d’autres taisent. Ça ouvre l’esprit. Je viens d’une famille assez conservatrice, là, j’ai encore ouvert des portes, des champs que je n’avais jamais envisagés. Ça m’a fait grandir. Et parfois, c’est simplement de la poésie. Mais la poésie est politique aussi. Il y a mille raisons d’y aller. Vous trouverez la vôtre.

Pourquoi avoir choisi l’écrit plutôt que la vidéo ou le podcast pour ces portraits ?

Mélodie Braka : Ça m’a paru comme une évidence. Je voulais apporter une forme de noblesse au projet. L’écrit fige une parole comme une déclaration, il donne une présence, une forme d’immuabilité. Et puis j’ai tout de suite vu « Bienvenue au cabaret » comme un projet qui se répondait avec la photo, parce que la photo aussi fige un instant, une émotion. Les deux sont hyper complémentaires. J’avais envie de défendre le temps long plutôt que l’éphémère. La vidéo, c’est un format beaucoup plus jetable, d’une certaine manière. Moi, j’avais envie de quelque chose qu’on prenne le temps d’apprécier, et non pas qu’on consomme de façon compulsive. C’est pour ça que « Bienvenue au cabaret » se lit sur Cult.news et ne se scrolle pas sur son téléphone.

Qu’est-ce qui fait qu’un artiste entre dans « Bienvenue au cabaret » ?

Mélodie Braka : C’est vraiment la question difficile! La sélection n’est d’ailleurs pas totalement terminée, si je suis honnête. Il y avait d’abord une vraie volonté de diversité, dans tous les sens du terme. Diversité des arts représentés, des genres, des combats, des esthétiques, des âges. « Bienvenue au cabaret », c’est une ode à l’acceptation, et c’est tout ce qu’on essaie de montrer à travers ces parcours, ces corps, ces propos. Après, il y a des principes de réalité. On sera assez centré sur Paris pour des questions logistiques, et il y a naturellement des cabarets avec qui on a des affinités, où il était plus facile de créer cet écrin de confiance qu’on a voulu construire. Mais la vraie ambition, c’est d’étendre au territoire, et puis un jour à tous ces métiers de l’ombre qui font vivre le cabaret. On espère que cette première série, c’est le début d’une histoire longue. De nouveaux portraits, de nouvelles rencontres, de nouvelles personnalités à mettre en avant. C’est tout le propos de cette démarche, je crois, d’utilité publique.

Et vous Marina, pourquoi avez-vous dit oui ?

Marina Viguier : Mes photos n’ont pas besoin de dormir sur un disque dur. Ça illustre le propos de Mélodie, et ça visibilise les artistes, c’est exactement le but. J’avais aussi déjà collaboré avec Cult à Solidays, je savais que les articles sont de grande qualité, et ça me faisait plaisir qu’un média s’en empare. Et puis j’aime travailler avec des gens, j’aime les échanges. Il y a quelque chose d’intellectuellement et visuellement stimulant : ses mots et mes images se prêtent mutuellement, au service d’un même objectif. Il n’y avait franchement aucune raison de dire non.

Mélodie Braka : Et il y a un détail qui me tient à cœur : notre rencontre s’est passée à La Bouche, un cabaret qu’on aime d’amour toutes les deux. Marina y venait pour son premier shooting là-bas.

Marina Viguier : Et c’était aussi la première fois que je shootais avec un appareil numérique !

Mélodie Braka : C’était un peu écrit en fait (elle rit) !

 

Tous les quinze jours, le dimanche, un nouveau portrait d’artiste dans « Bienvenue au Cabaret ».
Portraits de Mélodie Braka et Marina Viguier © Julie Carretier Cohen