La deuxième édition du Festival Classiquicime imaginée par Diapason, Hopscocth et Reworld media à Megève s’est ouverte hier soir par une soirée de musique n mouvement. Le public a pu découvrir la revisite magique des Quatre saisons que proposent Juien Chauvain dirigeant de son violon Le concert de la Loge et les danseurs de la Cie Käfig de Mourad Merzouki….
La nuit tombe à peine et le public de Classiquicime erre un peu dans l’immense Palais de Megève (qui est à la fois un espace de sport, piscine, bains, spa et de spectacles) et se retrouve dans un grand espace. Le champagne (Jouët) aussi bien que le métier de luthier sont mis en avant. Tout le monde est invité à venir une petite heure en avance pour se rencontrer avant le spectacle.
Cette année, l’équipe de Classiquicime a décidé d’ouvrir cette deuxième édition avec la revisite du tube de Vivaldi que proposent Julien Chauvin à la direction depuis son violon et Mourad Merzouki, chorégraphe star et figure de proue depuis les années 2000 de la place que prend le hip-hop dans le panorama de la danse contemporaine. La pénombre nous accueille, la musique gronde sur une note basse et obstinée et on entend les musicien·ne·s se mettre en place et on entraperçoit les danseur·se·s se faufiler à leurs pieds, prêt·e·s à bondir. L’énergie est palpable et la lumière de Cécile Trelluyer vient tout de suite nous éblouir avec des costumes identiques pour tou·te·s : chemise et pantalon de couleur. Les pieds sont nus, et dès la première image, il y a quelque chose de foncièrement vénitien, baroque et libre qui est suggéré avec cette image théâtrale.
Julien Chauvin a repris la partition de Vivaldi, créant une introduction et des ponts avec la Sinfonia de L’Olimpiade et le Concerto en si mineur pour 4 violons, tandis que Mourad Merzouki a réussi à mettre en mouvement non seulement les 7 danseur·se·s de sa compagnie, mais aussi les musicien·ne·s. Au violon, Julien Chauvin dirige ses musicien·ne·s qui semblent faire corps avec une énergie et une fougue qui irradient dans un répertoire qu’iels connaissent d’autant mieux qu’iels en ont gravé leur interprétation sur disque et qu’iels la partagent sur les routes auprès de toutes sortes de publics. Alors que la claveciniste semble mener une bataille épique avec son instrument pendant 1 h 15, les musicien·ne·s jouent et dansent aussi, en dialogue avec les danseur·se·s. Il y a des moments de bravoure avec les solos des danseur·se·s et des instruments, des tableaux plus sotto voce, des pas de deux pleins de paires, des tutti pleins d’ivresse et des images saisissantes des corps et des instruments, notamment sur l’interlude où la violoncelliste est poussée sur le devant du plateau par les danseur·se·s. Il y a aussi des moments presque circassiens où l’on retient son souffle face à une figure plus périlleuse qu’une autre. Et un point d’acmé de pure sensualité quand quatre violonistes ont pour chacun un danseur pour double sur le devant de la scène.
Le public a le droit de taper du pied et d’applaudir après des solos, presque comme après une belle improvisation de jazz. Le rythme fonctionne très bien, nous happe vers le corps, vers les instruments et nous fait parcourir toutes les saisons pour nous toucher particulièrement avec l’hiver. Peut-être est-ce parce que les cimes enneigées de l’affiche du festival trônent au-dessus de la scène ? Le final est d’ailleurs une sorte d’improvisation pleine de feu et de grâce, où le public se lève pour battre le rythme des dernières figures et saluer une performance exceptionnelle. Classiquicime a eu mille fois raison d’avoir emmené cette revisite d’un classique que nous avons toutes et tous entendu au sommet.
Visuel : Julien Benhamou