Les Frivolités parisiennes ne cessent de nous enchanter dans leurs créations réjouissantes et particulièrement bien illustrées. Après l’opérette, voici la comédie musicale à l’américaine avec ce No, no Nanette et son célèbre tube « Tea for two ». Enlevée, réjouissante et fort bien interprétée, voici une œuvre sans prétention avec laquelle on passe une excellente soirée.
No, No, Nanette est créée en 1925 à Broadway, typiquement sur le modèle à succès de la comédie musicale américaine de l’époque : basée sur une intrigue mince mais drôle, créant pléthore de situations vaudevillesques, l’œuvre composée par Vincent Youmans, comprend des dialogues, des chansons -solos, duos, ensembles- et des parties orchestrales et dansantes, avec numéros de claquettes de circonstances et autres acrobaties en rythme, un « band » assurant la partie musicale avec force de cuivres et de percussions, comme il se doit.
Elle a fait l’objet de multiples représentations et de tout autant d’adaptations, notamment au cinéma.
Redécouvrir le musical aujourd’hui permet de vérifier que nombre de ses « règles » fonctionnent toujours, surtout sur la base de cette adaptation des textes parlés et chantés dans une version française modernisée et facile d’accès.
Christophe Mirambeau a en effet écrit un texte fluide et bien tourné qui rajeunit l’œuvre sans trahir le style d’origine.
Les chanteurs -tous rompus au style requis, démontrant tout à la fois leurs talents de comédiens, de chanteurs, de danseurs voire d’acrobates- rappellent en anglais le titre des « tubes » les plus célèbres avant de les entonner joyeusement et avec allégresse, dans un français parfait dont le spectateur saisira le sens sans avoir besoin de surtitres.
On s’amuse deux heures durant des péripéties fantaisistes comme il se doit, d’un riche vendeur de bibles rattrapé par ses aventures féminines, de sa femme bon chic bon genre, plus délurée qu’il n’y parait, du couple formé par leur avocat et leur meilleure amie, des trois jeunes aventurières, et enfin du couple de jeunes gens formé par Nanette (à qui l’on dit « no, no » tout le temps alors qu’elle veut vivre et s’amuser) et Tom, son fiancé maladroit. Sans oublier Pauline, son plumeau et son drôle d’aspirateur, l’employée de maison, qui jouera un rôle décisif dans le dénouement de l’intrigue.
La mise en scène de Emily Wilson et Jos Houben valorise le mouvement sur scène à la manière des distractions hautes en couleurs dont Broadway raffolait entre les deux guerres. Il n’y a pas de temps mort, les comédiens/chanteurs entrent et sortent sans arrêt selon les situations, et la troupe de danseurs acrobates qui les accompagnent, amènent les quelques rares accessoires modulables et « jouent » avec des pièces de puzzle de formes géométriques, façon tangram chinois, qui symbolisent les états d’âmes des personnages.
Des panneaux aux tons acidulés coulissent régulièrement pour marquer les entrées et sorties de personnages.
Lors de l’ouverture jouée à un rythme d’enfer par le « Band » ils reproduisent d’ailleurs une sorte de générique de film, avec présentation des personnages qui se montrent les uns après les autres sur la scène.

La scénographie, les costumes d’époque et les maquillages très comédie musicale eux aussi, sont de Oria Puppo tandis que Caroline Roëlands a construit une chorégraphie très précise et particulièrement réussie
Ajoutons que de nombreuses allusions au cinéma (dans le style de l’époque lui aussi) ponctuent la représentation tandis que les bruitages généralement burlesques, sont assurés par l’orchestre des Frivolités lui-même, dirigé avec entrain par Benjamin Pras.

Les qualités des Frivolités parisiennes, que nous avions déjà appréciées dans l’opérette de Maurice Yvain, « Gosse de Riches », se retrouvent intactes dans la résurgence de cette comédie musicale. Il s’agit là une fois encore d’une véritable équipe de comédiens, chanteurs, acrobates, danseurs, dont les qualités sont suffisamment homogènes pour que l’on ne sache finalement qui distinguer dans le lot.
Ainsi on admire l’émouvant blues de Lauren Van Kempen (Lucille Early), seul moment où la tension se fait légèrement sentir, l’aisance sur scène et les pirouettes permanentes du Tom de Loaï Rahman ou la vis comica particulièrement développée (voire volontairement outrée) du « couple » de complices qui forment les arroseurs arrosés obligatoires dans le genre, Arnaud Masclet en Jimmy Smith et Ronan Debois en Billy Early.

La jeune Nanette de Marion Préïté est délicieuse et espiègle comme il se doit. Les trois luronnes sont très bien campées par Véronique Hatat (Flora Latham), Maeva Simonnet (Betty Brown) et June Van der Esch (Winnie Winslow) formant un trio aux chorégraphies impressionnantes. On adore la Sue Smith de Caroline Roëlands, son éternelle tasse de thé à la main et son style Housewife qui cache quelques fantaisies sous un extérieur très lisse et très convenu.
Enfin last but not least, le personnage de Pauline, la femme de ménage, est paradoxalement le plus complexe et le plus intéressant, la formidable Marie-Elisabeth Cornet (qui fêtait son anniversaire lors de la séance d’hier), en fait une femme touchante et profondément attachante, malgré les rires qui accompagnent chacune de ses apparitions particulièrement réussies.

On regrettera sur le plan purement acoustique que l’entrain des cuivres et de la batterie du Band couvre parfois légèrement les chanteurs (eux-mêmes sonorisés).
Mais pour l’essentiel, c’est fort bien exécuté.
Il ne faut pas voir dans ce spectacle autre chose qu’un joyeux divertissement qui rappellera aux plus anciens certains airs à la mode et restés célèbres à travers les âges, le fameux Tea for two évidemment mais aussi I want to be Happy !
Et bravo à l’Athénée de nous proposer à nouveau d’aussi agréables soirées !
Visuels : ©Christophe Raynaud De Lage