A l’occasion du retour du festival DañsFabrik au Quartz, Anne Tanguy répond à nos questions. La nouvelle directrice de la scène nationale de Brest nous livre une vision personnelle du festival et du sens du service public.
Le Quartz, scène nationale de Brest, a une dimension territoriale évidente. Nous travaillons beaucoup sur notre lien avec des quartiers défavorisés de la ville, lien qui n’existait pas comme cela auparavant. Nous nous déplaçons dans ces quartiers avec les artistes, on y propose des manifestations mais pas seulement. Je pense que c’est un bel exemple concret des premières actions que j’ai mis en place, dans la lignée de notre volonté d’inclusion et d’ouverture sociale.
« Alliance », ça s’adresse aussi aux professionnels du territoire, artistes ou non. Une collaboration dont je suis fière, c’est le festival jeunesse que nous avons mis en place avec les structures qui maillent le territoire. Nous avons organisé un festival dédié aux plus petits et à leur famille à la Toussaint. Les enfants et leur famille ont pu assister à spectacles, lectures, ateliers créatifs, et donc s’introduire à l’art et la culture de manière ludique. En plus des artistes, nous avions démarché des structures de Brest la plupart liées à la petite enfance. Elles nous avaient répondu positivement, ce qui a permis la tenue de ce festival.
Dans un lien plus direct avec la création artistique, le Quartz se place aussi dans la continuité de son territoire. Il se met à la disposition d’artistes qui parfois peinent à trouver des salles de répétition. Ces artistes viennent alors travailler et créer ici. A ce titre, nous co-produisons beaucoup.
La culture se trouve effectivement dans une situation qui n’est pas simple. Le Quartz a la chance d’être incroyablement soutenu, à la fois par les politiques territoriales et l’Etat. Nous avons donc une certaine marge de manœuvre.
J’estime que le festival est le lieu où il faut prendre des risques, par la présentation de nouvelles créations. Lorsqu’on travaille avec des artistes, notre priorité est de les soutenir dans leur création et d’être à l’écoute. Les projets présentés le sont parce que leur construction, leur contenu, la recherche qui les entoure ont pu être soutenus.
Cette année, à DañsFabrik, nous avons produit quatre spectacles et co-produit trois. On va passer du grand spectacle signé Marlene Monteiro Freitas, qui est une de nos co-productions, à une forme plus légère à deux artistes avec Juliette Nioche et Isabelle Ginot. Certains spectacles ont été présentés auparavant, comme celui de Marlene Monteiro Freitas – intitulé NÔT – d’autres font leur premières… Plus de la moitié des travaux qui sont présentés sont donc en partie ou totalement produits par le Quartz, ce qui est – ou devrait être – le rôle fondamental d’un festival – soutenir la création.
On a également à cœur de programmer des spectacles qui ont été peu vus, afin de leur redonner une seconde vie. La mutualisation avec d’autres structures des coûts de production est aussi centrale à cet effet.
Je suis convaincue qu’il est important de faire aussi des portraits d’artistes dans ce genre de manifestations, afin de donner au public des clés pour comprendre le parcours des artistes.
Dans le cas de Lucinda Childs, c’est particulièrement important car c’est une figure majeure de la danse : mais du fait à la fois de son âge et de sa renommée, peu de gens aujourd’hui l’ont vu danser. A titre personnel, je ne l’ai jamais vue danser. DañsFabrik accueillera donc un portrait de cette grande dame de la danse, et de Miki Orihara, intitulé Dance on Ensemble. Ces deux figures seront donc introduites à un public nouveau. Les artistes d’aujourd’hui ne créent et ne performent pas à partir de rien, ils s’inscrivent aussi dans une histoire qu’il est important de continuer à explorer. Il faut comprendre d’où viennent les créations contemporaines. Avant celles qu’on voit aujourd’hui, il y avait des gens comme Lucinda Childs, dont le travail structure ceux qui viennent.
L’enjeu d’un portrait, c’est aussi d’explorer les différentes périodes d’un artiste. D’époque en époque, un artiste change, évolue dans ses couleurs, un peu comme un peintre : un portrait qui parvient à explorer à incarner cette variété, à comprendre cette complexité, atteint son objectif.
Aujourd’hui, c’est un projet que l’on cherche activement à mettre en place. Déjà, dans notre festival, il y a beaucoup de moments dédiés à l’échange et à la médiation culturelle. Tous les matins, nous avons un training géré par les artistes. C’est un temps pris par les artistes de manière quotidienne où ils échangent sur leur art et leur pratique avec le public. L’après-midi, nous proposons des ateliers autour du regard, toujours en lien avec la danse : comment poser son regard sur une performance de danse ?
De manière générale, le Quartz propose de multiples ateliers, toujours dans la lignée du projet que je porte. Enfin, pour la durée du festival, DañsFabrik a décidé d’intégrer 60 jeunes, se situant entre le lycée et les études supérieures, en immersion dans le festival. Ils sont au briefing de l’équipe, assistent les montages et les répétitions, rencontrent plusieurs artistes et ont des temps dédiés à cet échange au cours de masterclasses… c’est une vraie opportunité et voie d’entrée pour plein de jeunes intéressés par le monde du spectacle vivant et de la vie culturelle, qui nous tient à cœur au Quartz.
Le festival se déroulera à Brest du 3 au 7 mars 2026.