7 juillet 2025, 20h30. Dans l’intimité feutrée du Casino de Montreux, le jazz vocal a trouvé son temple ce lundi soir. Deux concerts, deux générations, une révélation : la relève est assurée et la garde impériale n’a pas dit son dernier mot.
Par David Tendon
Samara Joy, 25 ans, a ouvert les festivités, drapée dans une robe grise élégante, entourée de ses sept complices musicaux. La jeune prodige, qui collectionne déjà les récompenses, a transformé l’atmosphère intimiste du Casino en cathédrale du jazz. Sa voix, d’une pureté divine, s’est élevée avec une aisance déconcertante, naviguant entre les standards avec une maturité qui défie son âge.
Le public éclectique – des puristes aux néophytes – a été conquis dès les premières notes. Mais c’est le saxophoniste qui a volé la vedette lors des solos, déployant une virtuosité à couper le souffle qui a magnifié les improvisations de la chanteuse. Cette jeunesse, qui représente ce qui est arrivé de plus miraculeux dans le jazz vocal ces dernières années, s’est révélée dans toute sa splendeur.
Place ensuite à Dianne Reeves, 68 ans, quatre fois lauréate des Grammy Awards, resplendissante dans sa robe en tissus wax. Accompagnée de son quartet, cette « skilled scat singer » a démontré pourquoi elle figure parmi les plus grandes voix du jazz contemporain.
Sa présence scénique, électrisante, a immédiatement créé une complicité avec le public. « Je ne me souviens plus combien de fois je suis venue ici », a-t-elle plaisanté, déclenchant les rires. Mais c’est en évoquant la Suisse comme « îlot de paix au milieu de ce monde en feu » que l’émotion a pris le dessus. Maîtresse de l’art du scat, Reeves a transformé sa voix en instrument pur, explorant les sonorités avec des vocalises sans paroles qui ont hypnotisé l’assemblée.
Mention spéciale pour Chico Pinheiro, le guitariste qui remplace Romero Lubambo pour cette tournée. Ce « master of his craft » brésilien a tissé avec Reeves des duos d’une beauté saisissante, mêlant jazz et bossa nova dans une fusion parfaite. Leur complicité musicale a culminé dans des échanges improvisés où chaque note semblait prédestinée.
L’hommage rendu à Claude Nobs, fondateur du festival, a ajouté une dimension émotionnelle particulière à cette soirée. Reeves s’est souvenue avec tendresse de ce mélomane qui « était toujours dans la salle » lors de ses prestations à Montreux.
« J’ai découvert ces deux artistes grâce à un passant qui m’a offert son billet quelques minutes avant le concert », confie Chloé, 34 ans. « Je ne connaissais rien au jazz vocal. Maintenant, je comprends toute la richesse de cet univers musical. Samara Joy m’a touchée par sa fraîcheur et Dianne Reeves m’a emportée dans un tourbillon d’émotions. C’était envoûtant, le temps s’est arrêté. »
Le 7 juillet 2025, au Casino de Montreux : une leçon de maître donnée par deux générations qui prouvent que le jazz vocal n’a pas fini de nous surprendre. Entre révélation et consécration, la soirée a signé un chapitre mémorable de l’histoire du festival.
Visuels : © MJF Thea Moser, Marc Ducrest