Jusqu’au 15 octobre, le Mémorial de la Shoah a laissé les clés de son exposition principale au réalisateur et photographe David Teboul, qui a beaucoup côtoyé Simone Veil, mais aussi sa soeur, Denise et dédié un livre aux trois soeurs « Jacob » (nom de leur papa). Riche de photos de famille peu connues, et de textes, « Simone Veil. Mes soeurs et moi » révèle un nouveau visage de l’icône, intime et pleine de vie.
Simone Veil avait deux soeurs : Denise et Milou. Denise était déjà résistante, Simone passait le bac et le fait qu’elle aille le fêter a mené à la déportation de toute sa famille. Son père, son frère et sa mère, Yvonne ont été assassiné.e.s. Milou est revenue, mais affaiblie et est morte dans un accident de voiture, six ans après. Denise, elle, est revenue de Ravensbrück et l’exposition ouvre sur le duo Simone / Denise, alors qu’elles sont déjà âgées et qu’elles parlent à bâtons rompus. Puis l’on entre dans l’exposition par des documents inédits : photos, lettres et carnets sont exposés, expliqués et magnifiquement scénographiés. On y découvre une Simone Veil, un peu comme sur l’affiche, belle, féminine, bronzée. C’est la « petite soeur ». On la voit chez le coiffeur (avoir gardé ses cheveux en déportation à Auschwitz était crucial pour elle) ou allongé sur un bateau de plaisance. On apprend à mieux connaître Denise aussi, la « grande soeur », la résistante, l’intellectuelle aussi, peut-être. Et puis il y a Milou, l’absente, représentée par un film qui montre la mer, à l’horizon…
L’exposition rend aussi hommage au papa, Jean Jacob, qui aurait voulu devenir photographe. Et David Teboul utilise génialement l’espace d’exposition du Mémorial pour nous faire entendre les lettres, des extraits de journaux et des textes, lus par Marina Foïs, Isabelle Huppert et Dominique Reymond. Surtout, il projette beaucoup de motifs et de joie pour nous figurer l’enfance joyeuse à Nice des trois soeurs. Les sols sont des tapis jonchés de motifs de fleurs, mimosas et myosotis pour un effet un peu psychédélique très efficace : on y découvre une Simone Veil jeune-fille, jeune-femme et puis femme dans un tourbillon de lumière et de vie. Une immersion à la fois intime et surprenante, parfaitement réussie.
Visuels (c) Archives familles Veil et Vernay