Aristide Tarnagda livre sa vision du roman de Mohamed MBougar Sarr.
C’est un pari fou que s’est lancé Aristide Tarnagda : adapter à la scène, pour une durée inférieure à deux heures, le roman de Mohamed MBougar Sarr.
La plus secrète histoire des hommes semble en effet résister à toute tentative de résumé ou d’analyse. Construit sur une multiplicité d’enchassements, d’analepses et de mises en abyme, il entraîne son lecteur dans un monde fait de zones d’ombre et de ramifications.
Il s’agit pourtant d’un des meilleurs Goncourt de ces dernières années, grâce à de très beaux personnages, une maîtrise achevée de la narration, une langue d’une grande finesse et un humour mordant. À travers le parcours d’un aspirant écrivain et des multiples personnes qu’il rencontre, le roman de Mohamed MBougar Sarr apparaît – entre de nombreuses autres choses – comme un jeu de piste sur les traces de T. C. Elimane, auteur d’un manuscrit légendaire, mais perdu.
Aristide Tarnagda a choisi de se concentrer sur le jeune auteur et Siga D., une écrivaine célèbre qu’il rencontre au hasard d’un café parisien. À travers l’histoire familiale de cette soixantenaire, ce sont les cent dernières années du Sénégal qui ressurgissent et le rapport ambivalent, durant la colonisation, des colonisé.es à la métropole, honnie et désirée tout à la fois.
Pour ce faire, il s’est accompagné de la magnifique comédienne Odile Sankaré. Seul.es face public, un pupitre devant elleux, iels nous lisent ou nous disent des extraits de cette prose incisive, qui entend rendre justice aux auteurs et autrices africain.es silencié.es tout en assumant un humour franc. Odile Sankaré y montre son aptitude à passer d’une émotion et/ou d’un personnage à l’autre en un quart de seconde et emporte avec elle le rire du public. A côté d’elle et de l’acteur-metteur en scène, des tables basses recouvertes de livres rappellent l’omniprésence de la littérature.
La proposition d’Aristide Tarnagda rend compte de la diversité des sentiments provoqués par le roman. Bien sûr, le lecteur ou la lectrice de Mohamed MBougar Sarr regrettera le recentrement sur quelques actions et quelques personnages, mais saura rendre grâce à cette belle partition scénique.
La plus secrète mémoire des hommes d’Aristide Tarnagda, d’après le roman de Mohamed Mbougar Sarr (Goncourt 2021). A la MC 93 jusqu’au 8 février.
Visuel : DR