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Décès de la poétesse Vénus Khoury-Ghata : la poésie en deuil

par Agnès Lemoine
30.01.2026

La poétesse et romancière libanaise francophone Vénus Khoury-Ghata s’est éteinte le 28 janvier à l’âge de 88 ans. Son œuvre a donné voix aux femmes, aux exilés et aux oubliés de l’Histoire.

Le Liban, l’exil, et le souvenir : le poème comme réminiscence

Originaire de Bcharré au Liban, village où vécut Kalil Gibran, l’enfance de la poétesse hante ses textes. « Bcharré existe pour moi parce que c’était le seul lieu de bonheur que nous avions ». Ses souvenirs d’enfance, la peur du père, la mère comme héroïne de ses poèmes, « Dans la plupart de mes livres je raconte ma mère… pour la réhabiliter » convoquent la grande et la petite histoire. Toute sa vie elle a tenté de redonner une voix à l’invisible, aux fantômes,… mais aussi aux femmes. Après avoir étudié à l’Ecole de Lettres à Beyrouth, elle s’installe à Paris au début des années 1970. Son premier recueil, Les Visages inachevés est publié en 1966, son premier roman, Les inadaptés parait en 1971, et l’autrice, journaliste à cette époque, publiera une quarantaine d’ouvrages tout au long de son existence.

 

 

Ecrire pour les absents

Si ce n’est le prix Apollinaire reçu en 1980 pour Les Ombres et leur cris, ses textes ont connu une reconnaissance assez tardive : le Grand Prix de poésie de l’Académie française en 2009, le prix Goncourt de la poésie en 2011 pour l’ensemble de son œuvre… En 2017, elle présidait le jury du Grand Prix national de la poésie. Ses œuvres sont traduites dans quinze langues, et ont le pouvoir de parler à plusieurs générations de femmes : on s’éprend bien vite de ses vers, tournés vers la nécessité d’un dialogue entre deux mondes, entre une douleur collective et intime. Vénus Khoury Ghata parlait d’exil, de la brutalité de l’histoire, et dénonçait un patriarcat destructeur.

Les poèmes de Vénus Khoury Ghata, ce sont des fragments d’histoires, de parcours de femmes; elle avait redonné vie à Marina Tsvetaieva à travers son ouvrage Marina Tsvetaieva, mourir à Elabouga, avait porté haut et fort la souffrance de la guerre dans Demande à l’obscurité… Mais Vénus Khoury Ghata, c’est aussi une écriture pour « prolonger son œuvre », comme elle l’a, l’œuvre d’un frère aîné mort trop tôt. Elle aura convoqué une nostalgie immense, un amour parfois débordant, dans des poèmes et textes imprégnés d’une honnêteté déroutante.