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The Avener au Zénith : deux heures de communion, un saxophone et des larmes

par David Hanau
18.03.2026

Pour la clôture de sa tournée, Tristan Casara alias The Avener a offert samedi soir un show généreux de plus de deux heures à un Zénith plein à craquer. Invités surprise, reprises fédératrices et un final bouleversant avec Marina Kaye : récit d’une soirée où l’électro s’est transformée en fête populaire.

Le DJ qui a fait danser toute la France

On avait presque oublié. Il y a dix ans, un sample improbable d’un titre de Phoebe Killdeer transformait un pianiste classique du conservatoire de Nice en phénomène planétaire. Fade Out Lines, 1,5 million d’exemplaires, triple platine en France, Victoire de la musique 2015 : Tristan Casara devenait The Avener, et la deep house entrait par effraction dans les playlists de ceux qui n’avaient jamais mis les pieds dans un club.

Depuis, le Niçois a tracé un sillon singulier. The Wanderings of the Avener (2015) puis Heaven (2020), des collaborations avec Sting et Mylène Farmer, un rework des White Stripes (Alpaca) que personne n’avait vu venir, et plus récemment Lunae Veritatis avec le groupe néo-zélandais Drax Project, premier extrait d’un album à venir. The Avener n’a jamais prétendu révolutionner l’électronique. Il en a fait une chanson populaire. Et c’est peut-être plus difficile.

Après deux Olympia complets en janvier et des dates sold-out à Lille, Nantes, Bordeaux, Marseille et Lyon, le Zénith de Paris fermait donc le bal. Le dernier tour de piste d’une tournée qui aura confirmé ce que beaucoup refusaient d’admettre : The Avener remplit les salles, et pas qu’avec des convertis.

Quand le Zénith se transforme en piste de danse géante

Samedi soir, 20h. Le Zénith affiche complet. Premier constat : le public n’est pas celui d’un Boiler Room ni d’un festival techno du fin fond de la Creuse. Ici, on a quarante ans, on est venu en couple ou entre amis, on a garé la voiture au parking Indigo et on a dîné avant. Et c’est très bien comme ça. Car ce public-là, justement, est venu faire la fête, sans posture, sans ironie.

Dès les premières minutes, la scénographie impose le respect. Le light-show est un bijou de précision : chaque drop, chaque montée, chaque transition est accompagnée d’une chorégraphie lumineuse et vidéo millimétrée qui transforme le Zénith en vaisseau spatial. Rien n’est laissé au hasard, et l’on sent un travail de synchronisation qui place ce live bien au-dessus du DJ set lambda.

Car c’est un live, pas un set. Casara ne se contente pas d’enchaîner ses propres tubes. Il construit une setlist qui fonctionne comme une anthologie personnelle de l’électro des dix dernières années, comprenant ses morceaux, bien sûr (Fade Out Lines, Castle in the Snow, Quando Quando, Beautiful), mais aussi des reprises et des réinterprétations qui embrassent une culture commune. Le Zénith chante, danse, lève les bras.

Et puis, il y a les invités.

Jimmy Sax débarque sur scène sans prévenir. Le saxophoniste, habitué des grandes scènes et des collaborations qui dépassent les genres, plante son instrument au milieu du dispositif électronique et attaque No Man No Cry, ce titre lancinant composé à l’origine par Oliver Koletzki et devenu sa signature absolue. Le cuivre déchire le mix, le son devient physique, viscéral. Le Zénith bascule. Il y a quelque chose de presque primitif dans cette irruption du saxophone au milieu des basses synthétiques qui rappelle que la musique est d’abord un souffle.

Mais la véritable claque de la soirée survient pour le final. Marina Kaye monte sur scène.

Il faut mesurer ce que représente cette apparition. Marina Dalmas, de son vrai nom, a connu la gloire à treize ans en remportant La France a un incroyable talent en 2011. Homeless, premier single devenu platine, un premier album écrit entre Londres et New York avec la complicité de Sia, un duo avec Soprano (Mon Everest) certifié or puis platine. Puis les turbulences : les conflits familiaux étalés publiquement, une période sombre assumée, un retrait progressif des radars. Mariée en 2023, maman depuis août 2025. On ne l’attendait pas ici. Pas ce soir. Pas sur cette scène.

Et pourtant. Quand sa voix s’élève au-dessus du mix de The Avener, le Zénith qui dansait se fige une seconde, puis explose. L’émotion est immense, palpable, de celles qui n’ont rien à voir avec un effet de production. Marina Kaye, visiblement très émue elle aussi, transforme ce qui était une fête en un moment de grâce collective. Le public chante avec elle, certains pleurent. On est loin de la kermesse. Ou alors c’est la plus belle kermesse du monde.

L’électro, nouvelle chanson populaire française ?

Au fond, ce concert de clôture raconte quelque chose qui dépasse The Avener. Il raconte l’achèvement d’une mue. L’électro française, longtemps cantonnée aux clubs, aux after et aux festivals spécialisés, a fini par devenir ce que la variété était aux générations précédentes : une musique de rassemblement. Pas une musique de connaisseurs ou de niche. Une musique de samedi soir, qui réunit dans un même Zénith des trentenaires en baskets et des quinquagénaires en veste, et qui les fait danser ensemble pendant plus de deux heures.

On pourra toujours reprocher à The Avener son accessibilité. La frontière entre fédérateur et facile est mince, et les puristes ne manqueront pas de la tracer au feutre épais. Mais il y avait, samedi soir Porte de Pantin, une joie collective, une générosité de plateau et une émotion finale qui rendent ce genre de procès un peu vain.

Tristan Casara referme une tournée. La suite reste ouverte  car un album est annoncé. Mais ce soir-là, au Zénith, il aura prouvé une chose : on peut venir du conservatoire de Nice, sampler Phoebe Killdeer, inviter un saxophoniste et une chanteuse prodige revenue de loin, et faire pleurer six mille personnes debout.

Visuel : David Hanau