Comme chaque année, le Théâtre des Champs-Élysées propose son opéra participatif pour les enfants, qui accueille de nombreux élèves des écoles primaires dont 2000 enfants du Réseau d’Éducation Prioritaire. Cette année c’est Roméo et Juliette de Charles Gounod qui aura les honneurs de cette manifestation très attendue par les petits mais aussi par leur encadrement scolaire et par les parents. Et cerise sur le gâteau, le directeur Baptiste Charroing a noué un partenariat avec l’Opéra de Massy pour étendre l’expérience au-delà des frontières parisiennes. Une première très émouvante !
Alors que de nombreuses écoles se sont associées à la préparation des représentations réservées aux écoles primaires qui commenceront dès la semaine prochaine à Paris, une séance inaugurale se déroulait à Massy avec près de 600 scolaires des environs, invités en ce vendredi matin 30 janvier, à se rassembler dans la grande salle de l’opéra pour la première de ce spectacle plébiscité par des élèves attentifs, studieux, heureux de participer et littéralement déchainés pour ovationner, comme il se doit, la belle équipe du plateau et de la fosse.
Pour s’adapter au jeune public (dès 5 ans pour les week-ends en famille), le livret a été raccourci. La durée de l’œuvre passe ainsi de 2h10 à environ 1h15.
Pour autant, l’ensemble de l’intrigue, y compris les passages les plus dramatiques, est respecté et les grands airs des solistes s’y retrouvent, la merveilleuse «valse de Juliette», comme le célèbre «Lève-toi, soleil», de même que le duo «Nuit d’hyménée, Ô douce nuit d’amour» ou le dramatique «Salut! tombeau! sombre et silencieux !» .

Mais surtout, et c’est l’essentiel pour capter l’attention des enfants, ils sont eux-mêmes préparés à entonner les airs dévolus aux chœurs. Pour leur rappeler leur participation régulière au cours de la représentation, la salle s’allume, le chef d’orchestre se tourne vers eux, et le texte s’affiche au-dessus de la scène.
A Massy hier matin, les élèves des écoles n’avaient pas besoin de rappel et aucun problème pour chanter avec force et conviction « Fêtons la jeunesse », « l’Heure s’envole » ou encore « Capulet, Capulet » sans la moindre erreur.
Et preuve s’il en était besoin, qu’ils avaient parfaitement et scrupuleusement suivi l’histoire, ils susurraient au troisième baiser des amoureux ou soupiraient quand Roméo croit Juliette morte, voire s’étonnaient de voir revenir Mercutio (mais il est mort pourtant celui-là ?) lors du final de la représentation, quand le récitant (Charles Gounod incarné par le comédien Yannis Baraban) explique doctement à sa nièce (la comédienne Eva Dumont) que l’amour de Roméo et Juliette a été si intense et si exemplaire qu’il deviendra musique et qu’il en fera un opéra, se saisissant alors du gros recueil des œuvres de Shakespeare.

Sans tout dévoiler pour les futurs spectateurs, cette distance mise entre la réalité et la fiction, permet aux enfants d’appréhender le « conte », sans rien changer de l’issue fatale que tout le monde connait.
C’est astucieux et fort bien mené et la présence régulière, entre chaque tableau, du « compositeur » et de sa « nièce », poursuivant leurs échanges à propos du déroulé du drame, est une aide explicative bienvenue. Les dialogues du livret, même simplifiés, sont écrits dans une langue qui n’est pas forcément très familière à la jeunesse. Tout en gardant un style irréprochable, nos récitants, savent s’adapter à de jeunes oreilles.
Eva Dumont a une silhouette juvénile qui fait merveille et rend totalement crédible son rôle. Les enfants peuvent ainsi s’identifier à celle à qui l’auteur raconte une histoire merveilleusement belle et triste.
L’opéra pour les petits, ce n’est pas l’opéra au rabais et l’orchestre de l’Opéra de Massy, sous la direction de Laurent Comte, sonnait fort et bien, impressionnant manifestement les enfants dont beaucoup voyaient sans doute pour la première fois, une formation musicale classique à l’œuvre.
Quant à la distribution, elle était au diapason de cette qualité indispensable, tout en respectant l’allure et les âges supposés des protagonistes. Yu Shao (Roméo) et Laurène Paterno (Juliette) forment un couple aux allures juvéniles, aux timbres magnifiques, à l’aisance vocale parfaite, une vraie belle distribution. Les enfants les ont d’ailleurs ovationnés en les nommant « Juliette, Juliette » puis « Roméo, Roméo, chaque groupe de supporters rivalisant d’ailleurs de décibels dans une ambiance que les artistes ont dû apprécier !
Léontine Maridat-Zimmerlin chantent avec talent les rôles de Gertrude et de Stephano, multipliant les apparences différentes tandis que Carlos Reynoso est tout à la fois Mercutio puis Grégorio.
Thimothée Varon campe un Comte Capulet haut en couleurs et Ugo Rabec lui dispute la prestance et le beau chant en Duc de Vérone comme Frère Laurent.
La mise en scène est sobre et lisible mais là aussi, très respectueuse des exigences de qualité données au spectacle pour enfants : Johanna Boyé, Elisabeth Ventura se sont chargées de l’adaptation du livret tandis que Jean-François Verdier, qui dirigera l’orchestre Victor Hugo lors des séances à Paris, assuraient les arrangements musicaux correspondants. Et c’est également Johanna Boyé qui a réalisé cette mise en scène limpide et charmante qui raconte fort bien l’histoire sans omettre le moindre détail (la fête, la rencontre, les duels, le balcon, le lit d’amour et surtout le magnifique tombeau de Juliette). Les décors de Caroline Mexme, les costumes de Marion Rebmann (très fonctionnels, très élégants et agrémentés de masque et les astucieuses lumières de Cyril Manetta forment ensemble une scénographie agréable à l’œil.
L’expérience à laquelle nous avons été invités, était tout aussi audacieuse que réussie, et il faut bien le dire, nous avions la larme à l’œil devant autant de joie exprimée par de si jeunes enfants, prompts à s’enthousiasmer sans le moindre préjugé à l’égard de l’opéra qu’ils apprécient spontanément comme n’importe quel genre de musique.
A Paris dans la belle salle du Théâtre des Champs-Élysées que les fidèles des dimanches en famille connaissent bien désormais, sont programmées 8 représentations scolaires (à partir du 9 février) et 6 représentations tout public (à partir du 8 février) auxquelles il faut ajouter l’organisation de deux ateliers le 1er février pour ceux qui veulent apprendre collectivement les six chants réservés au public. Cult y sera !

Visuels salle et saluts : ©Hélène Adam
Croquis des costumes : ©Marion Rebmann