L’Orchestre national d’Île de France sous la direction de David Stern nous propose le 22 Janvier 2026 un concert dédié à Léonard Berstein. Son opéra « Trouble in Tahiti » est joué en version orchestre et « Arias and Barcarolles » dans un arrangement pour orchestre de chambre de Bruce Coughlin.
Leonard Berstein (1918-1990) le célèbre compositeur de West Side Story a aussi été pianiste et chef d’orchestre. Son talent de compositeur s’est déployé dans tous les genres, de la comédie musicale à la symphonie, de la musique de chambre et des œuvres pour piano à la musique sacrée. Très représentatif de la musique du milieu du 20ème siècle il a excellé dans tous les styles, du jazz, du pop au post-romantisme. Trouble in Tahiti est un opéra en un acte dont il a lui même écrit le livret. C’est une satire du mode de vie de la classe moyenne américaine après la deuxième guerre mondiale. Arias et barcarolles est une œuvre tardive, composée en 1988. Les textes sont pour la plupart de Leonard Bernstein. Il y parle de l’amour au quotidien, de l’enfance, de la famille. L’œuvre a été composée pour une mezzo-soprano, un baryton et un piano à quatre mains. Ce soir nous l’entendons dans la transcription pour orchestre de chambre réalisé en 1993 par Bruce Coughlin. L’ orchestration reste très fidèle au style de Leonard Bernstein.
Ce soir l’Orchestre national d’Île de France est dirigé par le chef américain et fils d’Isaac Stern, David Stern. Il est le principal chef de l’Opéra de Palm Beach et dirige la compagnie lyrique « Opéra Fuoco » qu’il a fondée en 2003. Au sein de cette compagnie, l’atelier lyrique offre des master classes et un parcours de professionnalisation à de jeunes artistes. Plusieurs des solistes de ce concert ont bénéficié de cette formation.
L’opéra met en scène une journée de Sam et Dinah. Leur couple se déchire ou plutôt s’étiole. Leurs disputes se répètent, leurs tentatives de réconciliation paraissent vaines. « Trouble in Tahiti » est le nom du film que Dinah a trouvé mauvais, « un vrai navet », que le soir même Sam lui propose d’aller voir pour apaiser leur dernier conflit. A coté d’eux, un trio chante le bonheur américain, ils louent « cette si jolie banlieue, cette petite maison de rêve ». Le décalage est décapant…
L’orchestre n’est pas très fourni, une quinzaine de musiciens seulement mais l’orchestration est très imaginative, très expressive. Les cuivres et les percussions y jouent un rôle prépondérant. L’orchestre peut nous inviter à danser, évoquer Broadway, émouvoir avec des mélodies tellement romantiques, surprendre avec des dissonances et des rythmes inattendus.
Natalie Pérez interprète Dinah. Sa voix de mezzo-soprano se fait douce, suave, enjôleuse, lorsqu’elle raconte son rêve et qu’elle part à la recherche de « la petite voix » c’est à dire d’un paradis perdu. Mais elle peut être moqueuse, sarcastique à propos du film « Trouble in Tahiti ». Elle ricane, imite les danses indigènes. Kevin Arboleda joue le rôle de Sam. Sa voix apparaît profonde, puissante, lorsque sûr de lui, auto-satisfait, il proclame la loi du plus fort, la sienne. L’orchestre semble alors le porter en triomphe.
Ce court opéra est drôle, percutant. La musique est séduisante, il y a de la légèreté, un apparent optimisme, mais sous ce vernis transparaît le vide. Sam et Dinah ne se comprennent plus. Lui ne s’intéresse qu’à sa réussite personnelle, elle rêve encore d’amour romantique. Leonard Berstein signe une sévère critique de cette Amérique blanche, prospère, conservatrice des années cinquante.
Arias et Barcarolles sont huit courtes pièces très personnelles, intimistes. Là aussi un couple nous fait face sur scène. Elle, c’est la mezzo-soprano Cécile Madelin, lui le baryton Max Latarjet. Ils sont parfois drôles quand ils se moquent ensemble de la composition d’une chanson où lorsque Cécile Madelin parle de la petite Smary qui a perdu son doudou. Le texte aurait été écrit par la mère du compositeur, elle lui racontait cette histoire quand il était enfant. The love of My life débute par un solo de violoncelle bientôt rejoint par les violons. La mélodie est douce, mélancolique puis à l’appel du triangle la musique se fracasse. Les staccatos de l’orchestre accompagnent alors les interrogations de Max Latarjet sur l’amour. Il est très émouvant, sa voix se fait douce lorsqu’il chante dans Greeting l’amour de son fils. La douceur et les rythmes endiablés alternent dans « A mon mariage ». Le baryton chante en yiddish l’histoire d’un « petit violoniste » qui anime les mariages et les fêtes villageoises. Si Cécile Madelin est excédée par les pitreries de son fils, la pièce se conclue par une célébration de l’amour familial d’une grande tendresse qui permet l’apaisement nocturne. Il se prolonge avec le « Nachspiel » un chant sans paroles confié à l’orchestre. La musique est lente, solennelle telle une prière. « Ce petit théâtre de l’amour » est une œuvre séduisante pleine d’humour. Nous retiendrons la tendresse pour la vie, pour l’amour, d’un Leonard Berstein au soir de sa vie.
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