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Le triomphe de Paavo Järvi et Sol Gabetta à la Philharmonie de Paris

par Jean-Marie Chamouard
20.02.2026

Le 18 et 19 février 2026 à la Philharmonie, l’Orchestre de Paris interprète sous la direction de Paavo Järvi une création d’Helena Tulve et le concerto pour violoncelle d’Edward Elgar avec Sol Gabetta au violoncelle. La deuxième partie du concert est consacrée au concerto pour orchestre de Béla Bartók.

Un petit poème symphonique

Ce soir l’Estonie est à l’honneur grâce au chef estonien Paavo Järvi et à sa compatriote, la compositrice Helena Tulve. Sa création Wand’ring Bark s’inspire d’un sonnet de Shakespeare : l’amour est un repère dans la nuit, guidant notre barque errante. Le rendu musical est réussi. Cette courte œuvre orchestrale débute par un vibrato des violons, tel un frisson parcourant une surface d’eau irisée. La musique est très fluide, très fondue. L’auditeur perçoit le clapotis, l’écoulement de l’eau puis il est embarqué sur des vagues ondulantes. Nous ressentons la précarité de la frêle embarcation errant à la surface de la mer. Alors que le chaos semble s’installer, s’impose le rythme régulier du marimba qui représente l’étoile Polaire. L’amour doit nous guider comme l’étoile Polaire pour les marins et permettre un retour au calme. Une musique qui prend tout son sens dans le contexte actuel de l’Estonie qui doit vivre à l’ombre d’une menace russe toute proche.

La dernière grande œuvre d’Edward Elgar

Très affecté par le conflit, Edward Elgar (1857-1934) n’a rien écrit pendant la Première Guerre mondiale. Il a composé son concerto pour violoncelle à l’été 1919 comme une élégie à l’Europe en ruine, à un monde disparu. L’œuvre sera redécouverte en 1960 grâce à Jacqueline du Pré et deviendra un monument du répertoire pour violoncelle. Pour l’interpréter, la Philharmonie a choisi une artiste lumineuse, la violoncelliste argentine Sol Gabetta. La profondeur veloutée du timbre de son violoncelle va d’emblée conquérir le public. Elle débute seule l’adagio moderato initial, la mélodie mélancolique est superbe. Il existe, dans cette ballade nostalgique, un équilibre parfait entre l’orchestre et la soliste. Le deuxième mouvement est écrit dans l’esprit du scherzo. Il est plus surprenant, plus tourmenté aussi. La violoncelliste semble y livrer un combat, elle nous montre toute sa virtuosité. Puis arrive l’adagio qui est un hommage du compositeur aux victimes de la guerre. Sol Gabetta joue un rôle majeur dans cette consolation. Souvent le violoncelle est seul, dans des moments d’une grande douceur, d’une grande sensibilité d’interprétation. Le quatrième mouvement est un retour à la vie, mais il est animé de sentiments contrastés. La symbiose entre l’orchestre et la soliste reste parfaite. Ensemble, ils expriment tour à tour la colère, la tragédie, la fougue, mais aussi la joie, l’ambiance devenant parfois presque festive. Le chant du violoncelle s’éloigne, les cordes s’éteignent peu à peu comme un passé qui disparaît, avant l’allégresse finale, qui pourrait être une promesse d’avenir.

Le sursaut de Béla Bartók

Nous sommes en 1943. Béla Bartók (1881- 1945) est exilé aux USA depuis trois ans, il est malade, on vient de lui découvrir une leucémie, sa situation financière est difficile. La commande de ce concerto pour orchestre par le chef bostonien Serge Koussevitsky est une bénédiction. Il sera composé dans un sanatorium et créé le 1er décembre 1944 à New York. Bartók connaîtra enfin un succès sur le sol américain. Cet homme malade, souffrant de l’éloignement de son pays, va composer son œuvre la plus célèbre. Il intègre des influences musicales diverses, populaires hongroises, tziganes, américaines. L’orchestration est inventive laissant une large place à l’inattendu, à l’humour. Avec calme et assurance, le chef Paavo Järvi nous en livre une interprétation riche en couleurs et en contrastes. Bartók reprend la tradition baroque du « concerto grosso » dans laquelle plusieurs groupes d’instruments se détachent de l’orchestre pour exprimer le thème.
Le concerto débute dans la gravité. Huit contrebasses entament un chant religieux très inspirant, relayées ensuite par les violons puis par les flûtes. Cette introduction réserve des surprises avec une orchestration qui deviendra éclatante grâce aux timbales et trompettes. Le deuxième mouvement : Guioco delle coppie, jeux de couple, répond parfaitement aux critères du concerto grosso. Le thème est exprimé successivement par deux bassons, deux hautbois, deux clarinettes, deux flûtes, deux trompettes. Le rythme est impulsé par les cordes en sourdine. C’est inventif, ludique, séduisant. Ce jeu de couple est interrompu par un choral très solennel porté par les cuivres. L’andante, non troppo est une élégie. Comme Edward Elgar, Bartók déplore les souffrances de l’humanité, cette fois lors de la Deuxième Guerre mondiale. Le mouvement débute par le chant lugubre des contrebasses, les cordes sont quasi imperceptibles, le chant des flûtes paraît irréel. Cette complainte est interrompue par des tempêtes orchestrales. La méditation douloureuse laisse alors la place à la colère. Ce troisième mouvement si surprenant, si émouvant se termine par un solo du piccolo comme le témoignage de la fragilité humaine. L’orchestre de Paris déploie une belle énergie dans les deux derniers mouvements. Les danses populaires pourraient évoquer une ambiance viennoise avant un tourbillon final au rythme frénétique, enivrant. La puissance de l’orchestre symphonique est impressionnante, tout comme l’allégresse de la fin du concerto. Le public fera un triomphe à l’orchestre de Paris, déployant même une banderole en son honneur !

1919, 1943 et même 2024 en Estonie, l’ombre de la guerre est bien présente dans les œuvres jouées ce soir. Mais ce concert en témoigne, l’art et la musique en particulier peuvent nous aider à en surmonter les souffrances. Comme Edward Elgar et Béla Bartók qui ont su délivrer dans leur musique un message d’espoir.

Visuel © : JMC