L’histoire ne dit pas combien de fées se sont penchées sur le berceau du petit Renaud, armées de leurs baguettes et de leurs archets, mais au théâtre des Champs-Élysées trois autres étoiles l’avaient rejoint pour son anniversaire. À quatre, elles nous ont offert un présent inestimable : le concerto pour piano, violon, violoncelle et orchestre en ut majeur op.56 de Ludwig Van Beethoven.
Le Chamber Orchestra of Europe est la formation idéale pour accompagner cette soirée. Créée en 1981 sous le parrainage de Claudio Abado, elle n’est rattachée en permanence à aucune salle de concert, ne possède pas de chef d’orchestre attitré et l’on y entre par cooptation parmi ses 60 membres. Ceux-ci mènent parallèlement leur carrière, de solistes à professeurs de musique, et se retrouvent régulièrement en Europe, principalement, autour d’un chef d’orchestre invité. Ce soir il s’agit de Renaud lui-même.
Joli clin d’œil puisque ce jeune Renaud, en 2006, intègre l’Orchestre des Jeunes de la Communauté économique européenne, qui donnera naissance au Chamber Orchestra of Europe. À cette occasion, il rencontre pour la première fois Martha Argerich, à qui il demande un autographe.
Lorsqu’il fait son entrée avec Gauthier, à la suite de Martha Argerich, l’émotion atteint son comble. Et sans attendre, Renaud lance l’orchestre dans l’interprétation de ce concerto, lui aussi singulier.
Beethoven l’a composé en 1804, à la même période que l’Héroïque, époque où il plaçait de grands espoirs en Bonaparte, avant que celui-ci ne devienne Empereur et ne le déçoive. L’œuvre se caractérise par un refus de la virtuosité démonstrative des solistes, au profit d’une entité collective pleinement en osmose avec l’orchestre. À ce titre, on parle de symphonie concertante.
Malgré la fougue déployée par Renaud Capuçon à la direction de l’orchestre, qui répond comme un étalon, le premier mouvement s’étire quelque peu et l’on n’y ressent pas toute la fougue symphonique du compositeur. Il permet néanmoins de percevoir la qualité des échanges entre les trois solistes, sans que l’un d’entre eux ne s’impose.
Avec le largo, nous comprenons mieux l’emplacement central du violoncelle, installé en hauteur sur une estrade. Il touche davantage l’auditeur. Gauthier y déploie toute sa sensibilité dans un mouvement dominé par le romantisme du compositeur, sous le regard bienveillant de Martha. Il parvient à tirer de son instrument des sons qui suspendent la respiration du public.
Le finale, un brillant rondo alla polacca, plein de caractère, replace le piano au centre de l’orchestre et nous fait ronronner de plaisir en écoutant cette inimitable main puissante dans un gant de velours.
Bien sûr, cette composition de Beethoven n’est pas la plus flamboyante, mais elle permet d’admirer la complicité familiale de ce trio hors normes ainsi que le naturel avec lequel Renaud combine son rôle de soliste avec la direction de ce magnifique orchestre. À l’ovation digne d’un concert de rock, on peut conclure que la salle a pris la pleine mesure de cet évènement.
Il est vrai que lorsqu’on cite Dvorak on pense surtout à la Neuvième Symphonie « du Nouveau monde ». Il a pourtant 440 œuvres à son actif parmi lesquelles la symphonie n° 8 en sol majeur op.88 occupe une place particulière.
Dans la droite lignée du concerto de Beethoven, elle se détache de la grandiloquence “brahmsienne” pour privilégier des mélodies simples où les instruments se répondent. Le magnifique thème initial de la flûte installe immédiatement l’ambiance. Les quatre mouvements s’écoulent dans une gaité champêtre et accessible à tout public.
Renaud, avec ses gestes de direction sautillants et saccadés, fait merveille dans sa complicité avec l’orchestre et ensemble ils rendent leur plaisir communicatif.
Après des applaudissements nourris et mérités, l’orchestre réserve une surprise à Renaud en entonnant un « Happy Birthday » très symphonique qui se conclut par un jeté de cotillons et de confettis très disco. Il ne manquait plus que Stevie Wonder sur scène.

Et pour finir en extase, Renaud lance la machine fougueuse, qu’il tient au bout de sa baguette, dans une flamboyante Ouverture des Noces de Figaro de Mozart.
Quel immense gâteau d’anniversaire le public a pu savourer pendant près de deux heures ! Épaulé par son frère et son amie de toujours, il nous a montré que la facette « chef d’orchestre » se révélait aussi brillante que celle de violoniste soliste. Il est vrai que le Chamber Orchestra of Europe lui allait comme un gant. Nous attendons son prochain anniversaire avec impatience.
Photos: ©YB
Remerciements: Léa De Roux et Melissandre Delchet
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