Le 14 mars 2026 à la Seine Musicale, Insula Orchestra interprète, sous la direction de Laurence Equilbey, le concerto pour piano n°21 de Wolfgang Amadeus Mozart, avec Thomas Enhco au piano, et la sixième symphonie de Franz Schubert.
Ce soir sont au programme deux œuvres en do majeur, incarnant la joie et l’énergie vitale. Le concerto pour piano n°21 de Mozart est célèbre, souvent repris par le cinéma. A propos de l’andante, Olivier Messiaen parlait de « l’une des plus belles mélodies de la musique de Mozart et de toute la musique ». Composée en 1817-1818 la sixième de Schubert est la dernière des symphonies de jeunesse du compositeur, l’une des moins connues, des moins jouées. On l’appelle parfois « la petite symphonie en ut majeur », mais c’est une œuvre à la riche orchestration, qui se nourrit des influences de Beethoven et de Rossini alors très en vogue à Vienne.
Pour ce concert, somme toute très classique, Laurence Equilbey a invité comme soliste Thomas Enhco, un pianiste au parcours atypique, diversifié. Pianiste et violoniste, il a bénéficié d’une double formation en musique classique et en jazz. Il enseigne le jazz, donne des « master class » en improvisation, un art dans lequel il excelle. Il embrasse aussi une carrière de compositeur avec en particulier, à son actif deux concertos et une rhapsodie. A la Seine Musicale en 2022, il a incarné Mozart dans « Une journée particulière ». Il nous exprime sa joie de revenir là où a débuté « son voyage avec Mozart », qui est devenu une grande source d’inspiration lors de ses improvisations.
Écouter un concerto pour piano de Mozart est un plaisir toujours renouvelé. Avec Thomas Enhco au piano nous ne serons pas déçus ! Il nous offre une interprétation toute en sobriété, en délicatesse. Une surprise nous attend : avant le début par l’orchestre du concerto le soliste nous propose un court prélude, une improvisation qui reste fidèle à la musique de Mozart. Nous sommes conviés lors du premier mouvement à une ballade souriante, harmonieuse grâce à un dialogue équilibré entre le piano et l’orchestre. L’auditeur remarquera le chant du piano lorsqu’il est accompagné par les murmures des cordes bientôt relayées par les flûtes et hautbois. Il se laissera séduire par l’andante, la mélodie est d’une beauté céleste et nous sommes emportés dans une douce rêverie. L’interprétation de Thomas Enhco est très juste, sans excès de virtuosité ou de lyrisme. Retour sur terre avec l’allegro final. Une vivacité joyeuse est au rendez vous, la musique est festive, récréative, réjouissante.
Comme bis, Thomas Enhco nous offre une improvisation sur un thème de Mozart. La musique classique et le jazz se rejoignent, peu à peu l’influence du jazz s’impose, le rythme devient envoûtant mais il termine par un clin d’œil malicieux…à Mozart.
Le début de la sixième symphonie de Schubert est éclatant. Peu à peu un dialogue s’installe entre les flûtes et hautbois qui exposent la mélodie et les accords des cordes. La musique paraît ludique, légère, mais elle est ponctuée par de pesants accents orchestraux. Une autre dimension affleure sous la fête, comme une prémonition du destin tragique de Schubert. L’interprétation de Laurence Equilbey met en valeur ces contrastes avec une belle énergie mais sans perdre en délicatesse. L’andante est quasiment un menuet, charmant, gracieux. Cette ambiance apaisante est interrompue à plusieurs reprises par des ruptures déchirantes, insolites, avec d’impressionnants grincements des cordes. Le scherzo est empreint de modernité la musique devient rapide, tourbillonnante, le rythme enivrant. Le final est très contrasté. On retrouve une ambiance légère, riante, très « viennoise ». Ce mouvement serait aussi une parodie de la musique de Rossini. Mais derrière la bonne humeur de Rossini, on retrouve des accents évoquant Beethoven, qui rappellent que le destin peut s’avérer tragique.
Laurence Equilbey nous offre un « encore ». « Sans rapport avec l’actualité », elle termine le concert avec la célèbre marche militaire de Schubert. Une dernière façon de rendre hommage au talent de Schubert qui n’avait que quinze ans quand il a composé ce chef d’œuvre.
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