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« Jeanne d’Arc au bûcher » d’Honegger embrase le cœur du public à la Maison de la Radio et de la Musique

par Thomas Cepitelli
21.02.2026

Portée par des interprètes engagé.e.s et une dramaturgie subtile, l’œuvre d’Honegger mêle ferveur mystique, ironie grinçante et éclats de farce. Un tour de force qui montre la vitalité de cette partition presque centenaire.

Arthur Honegger est l’une des figures majeures du Groupe des Six, ce collectif de jeunes compositeurs  (les célèbres Poulenc et Milhaud, et les moins joués aujourd’hui Durey et Aulric)  et compositrice (la seule et unique, Germaine Tailleferre) réunis au début des années 1920 autour de Jean Cocteau et qui changea la manière de concevoir la composition.

Le franco-suisse Honegger se distingue par une écriture puissante presque emphatique, théâtrale, nourrie de contrepoint et d’un sens aigu de l’architecture. Admirateur de Bach autant que sensible aux modernités de son temps, il laisse un catalogue marqué par la spiritualité et le tragique, où l’oratorio occupe une place essentielle.
Créée en 1938 à Bâle, Jeanne d’Arc au bûcher est un « oratorio historique » sur un texte du très fervent Paul Claudel. L’œuvre retrace, dans un vaste flash-back, les derniers instants de Jeanne sur le bûcher, mêlant récitatifs parlés, scènes symboliques et épisodes choraux. Entre ferveur mystique, ironie grinçante et visions hallucinées, Honegger y déploie une fresque sonore saisissante, où l’orchestre, le chœur et les voix solistes composent un théâtre intérieur d’une intensité rare.

Une œuvre qui porte en elle le théâtre

Dans la version donnée à Radio France sous la direction d’Alan Gilbert l’œuvre prend une dimension intensément théâtrale sans doute portée par la dramaturge Irène Bonnaud. Il n’est pas question de faire théâtre, mais plutôt de convoquer celui-ci pour soutenir l’attention, donner des pistes de compréhension et offre un champ d’expérimentation joyeux aux interprètes. Le chef américain privilégie les contrastes, sculptant les masses chorales (que ce soit avec la Maîtrise ou avec le Chœur) avec précision et laissant affleurer, dans les interludes orchestraux, la modernité de l’écriture. L’œuvre a presque est presque centenaire et pourtant elle ne cesse de nous étonner, nous surprendre voire même nous perdre par moments. L’orchestre déploie une palette de couleurs saisissante, tandis que les choristes incarnent tour à tour la foule, la justice implacable ou la rumeur intérieure qui assaille Jeanne.

 

Parmi les récitants (Flanan Obé drôlissime en âne participant au jugement de Jeanne et Adrien Gamba-Gontard qui s’investit pleinement dans l’ironie de l’œuvre), on remarque surtout François Chattot et Judith Chemla qui saisissent par la force de leur interprétation. Dans cette œuvre où la parole tient un rôle aussi essentiel que le chant, leurs voix se mêlent avec une musicalité remarquable, même dans les dialogues parlés. Le phrasé, l’écoute mutuelle, le sens du rythme donnent à chaque échange une tension quasi lyrique, mystique.

 

La scène de la rencontre entre Frère Étienne et Jeanne d’Arc concentre cette intensité : la fragilité vibrante presque enfantine de Chemla trouve un écho grave et humain dans la diction de Chattot. Plus saisissante encore est la scène où il incarne Frère Dominique condamnant la Pucelle : la dureté du jugement, portée par une parole crue sous un flot d’insultes, se heurte à la ferveur et à la stupeur de Jeanne. Le contraste dramatique est d’autant plus poignant que les deux interprètes maintiennent une ligne sonore commune, comme si la parole elle-même devenait musique. L’interprète de la pucelle (que l’on avait tant aimé dans son interprétation d’Hamlet) vit tellement la musique qu’elle en bat la mesure comme un écho au chef qui lui fait face. Il nous faut noter ici aussi la belle interprétation du baryton basse Damien Pass et du toujours si élégant et précieux Julien Behr.

Un classique toujours aussi étonnant

Les interprètes comme le chef et les solistes font montre d’un beau sens de l’engagement dans cette œuvre qui alterne gravité, mysticisme et drôlerie. En effet, on ne peut qu’être étonné par l’aspect farcesque de certaines pages  puisqu’il s’agit d’un oratorio — cette forme musicale dramatique, généralement fondée sur un sujet religieux, écrite pour solistes, chœur et orchestre. Chez Arthur Honegger, le sacré n’exclut donc ni la satire ni la caricature.

Les scènes dites « des cartes » ou du « mariage des paysans » en offrent une illustration éclatante. Sous la baguette d’Alan Gilbert, les cuivres éclatent avec un amusement presque carnavalesque : on croirait entendre les flonflons d’un bal populaire. Cette exubérance sonore ose pleinement l’ironie d’Honegger, dans un moment où il n’est question que de simulacre de procès, de justice travestie en mascarade. La musique ricane, grimace, et révèle par contraste la cruauté du sort réservé à Jeanne.

Il faut souligner ici la très grande qualité du Choeur (sous la direction de Lionel Sow), de la Maîtrise et de l’orchestre de Radio France, d’une cohésion et d’une expressivité remarquables. Les masses chorales passent avec aisance de la dérision grinçante à la ferveur la plus intense. La litanie des « Ténèbres, ténèbres » par les pupitres des basses au tout début de l’ivre saisissent absolument. La Maîtrise impressionne tout autant : les scènes confiées au chœur d’enfants sont menées avec une précision exemplaire. Les attaques sont nettes, les lignes claires, et les voix, étonnamment puissantes malgré leur jeune âge, apportent une lumière singulière à l’ensemble. Cette fraîcheur vocale, alliée à la rigueur musicale, renforce encore la portée dramatique de l’œuvre, entre innocence et tragédie.

Le concert débutait par la création européenne de « NO! A Lament for the Innocent» de Chaya Czernowin. Œuvre ultra exigeante à l’écoute comme à l’interprétation, elle fait plonger dans les notes les plus sombres comme dans les crimes les plus noirs, ceux des enfants innocents. En allant chercher dans les cris, les raclements de gorges, les chuchotements, elle nous envoie en écho l’image des tragédies de notre temps.

Servie par une direction tendue et des interprètes habités, Jeanne d’Arc au bûcher retrouve toute sa puissance visionnaire : un théâtre de la conscience, où l’innocence et la violence du monde s’affrontent dans une fresque d’une brûlante actualité.

Visuel : © Olivier Allard