Près de 6 000 entrées, dont plus de la moitié payante, l’édition hiver d’Astropolis à Brest, du 5 au 10 février, a montré que le festival finistérien des musiques électroniques avait creusé parfaitement son sillon, à une période très calme de l’année.
Avant l’été et sa rave en plein air à Keroual début juillet, l’équipe emmenée par Gildas Rioualen concocte pour le début d’année un programme tout aussi pointu, avec son équilibre entre valeurs sûres et découvertes, une majorité des talents venant de la région.
Les bases sont bien ancrées depuis plus d’une décennie : des temps de formation et de sensibilisation, l’Astroboum pour les enfants le mercredi aux Capucins, la “sieste “ ambient à la médiathèque, les apéros avec chine de disques et vêtements au centre d’art Passerelles, la nuit découverte à la Suite et les Bunker Palace, le vendredi et le samedi à la Carène. Avant l’after sur le port du Moulin Blanc le dimanche. Soit une majorité d’événements gratuits.
Sans céder aux effets de mode, la programmation a mis l’accent sur les artistes féminines. Preuve d’un rééquilibrage progressif bienvenu pour mettre en valeur celles qui sont trop longtemps restées dans l’ombre ou mises en valeur pour des raisons autres que musicales…
L’ambient d’Anee Molly, la house de Sally C, les breaks de Goldie B et de Flore (activiste lyonnaise historique avec son label Polaar), la techno de Gigi FM, les morceaux de Bulie Jorleaux, autant de voyages marquants et éclectiques, en provenance notamment de Bruxelles, Paris, Marseille ou Berlin.
A côté des anciens comme le duo techno américain Octave One, cette relève enthousiaste fait d’autant plus plaisir à voir et entendre qu’elle ne se contente pas de puiser dans les recettes éprouvées. Et s’éloigne des effets faciles pour créer un univers aussi efficace que marquant dans sa qualité technique. Un effort de construction pour une narration capable d’emporter tous les publics, du simple clubber du week-end au féru d’histoire des musiques électroniques.
Symbole d’une scène en effervescence, créative et très active, la Marseillaise Goldie B incarne la polyvalence et l’enthousiasme d’une génération qui n’a pas peur de prendre la relève : au croisement de la jungle, de la bass music ou du new jazz, la jeune artiste ne se contente pas d’assurer aux platines où elle se montre précise, généreuse et en pleine communion avec son public. C’est aussi la créatrice du label Omakaze et la nouvelle résidente de Pinata Radio à Montpellier. Productrice et MC, l’ex-Parisienne a tous les talents pour bâtir un parcours qu’on espère aussi riche et réussi que son aînée lyonnaise Flore.
Astropolis mêlant les générations dans son public, il est logique de retrouver sur scène cette diversité. Les frères Burden en live, alias Octave One, avec leurs machines pour une prestation généreuse, ont ainsi ravi les fans de la techno made in Detroit. Une longue histoire avec le festival qui a notamment accueilli Underground Resistance, Jeff Mills, Model 500… Rendu célèbre par son tube planétaire “Blackwater”, ils écument la planète depuis trois décennies en livrant une techno puissante, trépidante et renouvellée à partir d’une solide base intemporelle. Sans jamais céder aux modes ni à la facilité. Leur longévité fait plaisir à entendre…
Le public breton, réputé pour sa réceptivité, étant fidèle à sa réputation : souriant, dansant et accompagnant jusqu’au bout de la nuit ces DJs prolongeant l’histoire d’un mouvement avec leur fraîcheur si rassurante pour la suite.