C’est dans la petite salle qui jouxte la Cigale que Courtney a posé sa guitare pour nous enchanter pendant une heure trente. Elle y était déjà venue en 2021 pour la tournée Old Flowers. Aujourd’hui elle présente son dernier album, Valentine, sorti début janvier, et qu’elle nous propose en totalité pour notre plus grand plaisir.
Elle entre sur une scène décorée de petits oiseaux accrochés au matériel de scène et de ballons rouges en forme de cœur, une référence certaine au sujet de son album Valentine. Ce qui frappe immédiatement, c’est sa ressemblance avec Joni Mitchell période Clouds, avec ses longs cheveux blonds et sa frange sur le front. Mais nous y reviendrons plus tard.
Même si elle parle d’amour (beaucoup), son discours n’est pas mièvre. Et son passé y a sa part. Elle ne vient pas de Nashville, mais de Phoenix, Arizona, la ville surchauffée. Très jeune, elle crée avec deux amies Massacre in a Miniskirt, un groupe punk inspiré par les rebel girls de Bikini Kill. Progressivement, elle glisse vers un son plus folk, peut-être en raison de la superbe tessiture de sa voix, mais sans perdre son esprit punk. À 16 ans, elle prend la route avec sa guitare et commence son apprentissage du métier. Après deux albums passés inaperçus, elle rejoint le groupe Jimmy Eat World comme claviériste et choriste.
Encore comme Joni Mitchell en Grèce pour Blue, c’est lors d’un voyage en Belgique en 2016 qu’elle va trouver l’inspiration de son cinquième album, Honest Life, qui va changer sa vie. Rolling Stone le classe dans son Top 40 des meilleurs albums country de l’année. American Songwriter compare son écriture à celle de Lucinda Williams. La comparaison est flatteuse et méritée. Depuis, Courtney a enregistré quatre albums qui lui ont valu plusieurs prix, dont une nomination aux Grammy Awards pour Old Flowers.
Mais en dessous, il y a toujours la gamine qui a fondé Massacre in a Miniskirt dans la fournaise de Phoenix. Courtney Marie Andrews n’a jamais cessé d’être une punk. Elle a juste appris à l’être autrement. Nous allons en avoir la confirmation sur scène.
Comme elle l’annonce en préambule, elle va interpréter Valentine chronologiquement et commence avec « Pendulum Swing ». On est immédiatement frappé par la qualité et la puissance de sa voix, qui s’affirme bien plus que dans l’album. Elle est accompagnée d’une formation resserrée( guitare, batterie et basse), dominée par Jerry Bernhardt, guitare, claviers et chœurs, dont le son et le jeu ne sont pas sans rappeler T. Bone Burnett.

Avec Cons and Clowns, elle porte des sous-entendus politiques qui reflètent l’état catastrophique de son pays, une chanson sur « un monde rempli d’escrocs et de clowns qui cherchent à vous faire tomber ». La punk de Phoenix n’est pas morte. Elle a juste troqué les distorsions pour du trémolo et des synthés.
Chaque thème de l’album semble être la continuation logique, presque d’une vie entière passée à l’écart du centre. C’est ce qu’elle exprime clairement dans « Outsider », pour lequel Jerry et elle vont se mettre aux claviers. On y sent aussi une évolution vers une influence plus pop, à la Fleetwood Mac, qui lui va très bien.
Elle emprunte la guitare Epiphone de Jerry pour interpréter « Everyone Wants to Feel Like You Do », une charge contre l’homme déconnecté de son entourage, convaincu de pouvoir agir sans conséquence ni conscience. Elle y joue un solo puissant, presque violent avec un plaisir bien visible.

La sensibilité autobiographique revient vite avec « Best Friend ». Elle exprime le désir d’avoir quelqu’un à qui parler, à qui confier ses pensées les plus profondes, des conversations que personne d’autre ne comprendrait. Ce n’est pas un caprice de trentenaire épanouie. C’est la solitude structurelle d’une vie passée toujours sur les routes, dans des villes étrangères.
Le groupe nous propose une version longue de « Hangman », métaphore du pendu, toujours à demander des lettres, au bord de la mort faute que la vérité soit épelée. Jerry y fait un solo d’anthologie qui provoque un enthousiasme mérité de la salle.
Après nous avoir gratifiés de l’intégralité de son album, elle entame une seconde partie où elle interprète des morceaux de ses opus précédents à commencer par « Irene » tiré de Honest Life dont elle fête les dix ans. Le concert se poursuit dans un registre plus americana pour le grand plaisir du public, qui retrouve ses morceaux préférés.
À noter, une brève interruption où elle lit un poème sur son petit cahier, accompagnée d’une jeune femme venue l’accompagner pour réciter la traduction en français. Un poème d’amour !
Elle termine le concert par deux rappels seule à la guitare, « Near You » et « If I Told », où on sent la relation directe qu’elle sait établir avec ses fans.
Dans son album, et encore plus lors du concert, Courtney Marie Andrews nous a montré qu’elle a atteint une maturité tant humaine que musicale qui la classe dans les grandes de la musique américaine.
Nous avons évoqué plus haut Joni Mitchell. Elle lui doit surtout la façon dont elle parle d’elle-même, de ses fêlures, de ses échecs et de ses révoltes. Elle reste aussi la jeune punk de Massacre in a Miniskirt et cela fait d’elle une artiste unique et furieusement attachante.
Photos : YB
Remerciements : Camille Billouard
Coté album qu’il faut absolument écouter: