Le 2 mars 2026, l’Accor Arena de Paris a vibré au rythme du « A Matter of Time Tour » de Laufey, une artiste qui incarne à elle seule la renaissance du jazz-pop au travers d’un courant de pensée néo-romantique. Entre nostalgie des grands standards et un romantisme assumé, son concert a été bien plus qu’un simple spectacle : une expérience collective, où musique, esthétique et introspection fusionnent sous la baguette magique de la fée Laufey.
Par Guy Zeitoun
En première partie, Laufey nous a offert la voix et l’énergie d’Alice Phoebe Lou. Originaire d’Afrique du Sud et révélée dans les rues de Berlin, Alice Phoebe Lou a ouvert la soirée avec des titres comme « She » et « Touch », tirés de ses albums Glow (2021) et Oblivion (2025). Son univers, entre folk, soul et pop organique, sa palette vocale et son jeu de guitare énergique ont captivé le public, le préparant à la magie.
Depuis 2020, Laufey (prononcer Lauvey) a su s’imposer comme une figure majeure et singulière de la musique. Née à Reykjavik et élevée entre Pékin et Washington, cette multi-instrumentiste (piano, violoncelle, guitare et voix) mêle avec grâce jazz classique, pop mélancolique et influences folk. Après des débuts remarqués sur YouTube, ses albums Everything I Know About Love (2022) et Bewitched (2023, Grammy Award) ont conquis un public mondial, séduit par sa voix envoûtante, ses textes introspectifs et ses mélodies où chaque note semble raconter une confidence. Avec « A Matter of Time » (2025), Laufey a poussé cette alchimie en construisant une comédie musicale.
La tournée 2026, lancée après deux Grammy Awards et une nomination parmi les Women of the Year du TIME, marque un tournant avec des salles combles.
Utilisant « A Matter of Time » comme trame et l’étoffant avec de nouvelles compositions et des titres de ses précédents albums, Laufey nous offre une production scénique et symphonique digne d’une comédie musicale hollywoodienne à la fois féérique et intimiste. En cinq tableaux évoquant les contes de fées, Laufey accompagnée de deux formations musicales, classique et jazz, et d’une compagnie de danse, nous fait déambuler dans son univers. Au travers d’anecdotes, Laufey nous confie le processus philosophique qui l’a construite.
Alors que le monde est désorienté, que la jeunesse est en proie à une vide existentiel abyssal,
Laufey propose, par sa musique et sa poésie, le conte de fée comme lueur d’espoir « Silver Lining ». Loin du consumérisme, Laufey fait l’éloge de la rêverie, de la mélancolie, de l’ennui, du silence. Donner du temps au temps « Slow down » pour atteindre une harmonie intérieure. Loin d’être passéiste, sa musique, construite sur des rythmes musicaux tels la bossa-nova, le slow-fox, le quickstep et la valse lente ou rapide est une recherche constante des valeurs intemporelles de la vie « Seems like Old Times ».
Cette philosophie de la vie, exigeante mais optimiste a fait mouche. Très vite, s’est constitué autour d’elle une communauté chaleureuse de fans, les « Lauvers », pour laquelle le respect, l’authenticité et la créativité sont les maîtres-mots. L’émergence de cette « Laufeymania », trouve un écho profond dans l’univers des contes, tel Blanche-Neige, où la pureté affronte les ombres avant de renaître. Comme la princesse des frères Grimm, Laufey incarne une vulnérabilité assumée « Fragile » transformée en force : ses chansons, comme « From the Start » ou « Bewitched », révèlent une artiste qui, telle Blanche-Neige empoisonnée, affronte ses peurs (abandon, dépendance affective) pour en ressortir plus lucide et résiliente.
La pomme empoisonnée devient chez elle une mélodie douce-amère, où la souffrance est nommée (« Forget not me »), puis transcendée en beauté, une alchimie que Bruno Bettelheim analysait comme la fonction thérapeutique des contes : donner un sens aux épreuves pour mieux les dépasser. « Snow White », titre phare de sa tournée, n’est pas un hasard. Laufey y chante une Blanche-Neige moderne, qui sait que le baiser du prince (ou la gloire) ne suffit pas : il faut d’abord traverser sa propre forêt noire, comme elle le fait dans « A Matter of Time », où chaque note est une promesse de renaissance.
Il faut aussi accepter le prix à payer « Dreamer » pour atteindre ses rêves « Letter to my 13 year old self ».
« Tout conte de fées est un miroir magique qui reflète certains aspects de notre univers intérieur et des démarches qu’exige notre passage de l’immaturité à la maturité ». Bruno Bettelheim
A chaque concert, les Lauvers ont un rituel. iIs se déguisent en princesses des bois ou en Mei Mei (petite sœur en chinois) la lapine, mascotte de Laufey. Comme les sept nains protégeant Blanche-Neige, les Lauvers forment une communauté bienveillante où la vulnérabilité devient collective, où les robes de tulle et les couronnes de fleurs sont des armures poétiques contre un monde désenchanté
Et à chaque concert, Laufey récompense la meilleure tenue. À Paris, Élodie, une fan, a été repérée pour sa robe bleue et blanche à manches gigot, inspirée des illustrations Disney. Ce phénomène, né sur les réseaux, montre une communauté créative, où chacun exprime, par des tenues faites main ou chinées, sa vulnérabilité et sa quête de beauté.
Le concert de Laufey marque un tournant majeur dans sa carrière. Artiste et compositrice talentueuse, Laufey a atteint à 26 ans une maturité personnelle et artistique exceptionnelles. Pas de hasard mais de la « Serendipity ». Sa fondation en faveur de l’éducation musicale (1€ reversé à chaque billet vendu) signe un sans-faute qui la mène vers l’Olympe. Simple question de Temps : Tic-Tac, Tic-Tac.
Remerciement : Diane Houziaux
Crédits photos:
Pour ses albums, le choix est simple : TOUS