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Sandrine Piau et David Kadouch à l’Athénée : la nuit en partage

par Thomas Cepitelli
27.03.2026

Il est des soirées qui suspendent le temps, où la musique semble naître d’un espace indécis, où l’on ne sait tout à fait si on est en veille ou en plein songe. Le récital donné par Sandrine Piau et David Kadouch à l’Athénée Louis-Jouvet s’inscrivait pleinement dans cette dimension la nuit comme le fil rouge d’une traversée intime, poétique et profondément incarnée.

Depuis plusieurs décennies, déjà, Sandrine Piau s’impose comme l’une des sopranos les plus singulières de la scène européenne. Révélée dans le répertoire baroque qu’elle a profondément marqué par son exigence stylistique et sa sensibilité, elle a progressivement élargi son horizon vers le lied allemand et la mélodie française. Ce qui frappe d’emblée, c’est cette capacité rare à allier pureté du timbre et intelligence du texte. Chez elle, chaque mot est habité et, de fait, nous parvient dans sa poésie et sa polysémie. À ses côtés, David Kadouch apparaît comme bien plus qu’un accompagnateur : un véritable partenaire de dialogue. Pianiste d’une finesse remarquable, sa présence est essentielle dans ce type de programme : il ne s’agit pas seulement de soutenir, mais de co-construire un climat, une atmosphère. Kadouch excelle dans cet art du clair-obscur, dans ces demi-teintes qui sont précisément celles de la nuit que les deux interprètes nous invitent à partager. De son regard tendre, avec son sourire délicat aux lèvres, il habite de sa présence et de son humilité, la scène du théâtre.

La nuit comme fil conducteur

Le programme s’articulait autour de la nuit et de ses déclinaisons ou ses évocations. En somme, non pas comme simple décor anecdotique, mais comme véritable état poétique. Nuit romantique, nuit intérieure, nuit de l’enfance ou du rêve : elle se déclinait en multiples facettes, traversant les esthétiques et les époques. Cette thématique offrait un terrain idéal pour explorer les zones de fragilité, d’abandon et de mystère qui caractérisent le lied et la mélodie. Tantôt abri des amours, tantôt berceau rassurant ou encore comme un espace mental propre au cauchemar, entre gravité et légèreté.

Le romantisme allemand et (enfin) des voix féminines

La première partie du programme s’inscrivait dans l’univers du romantisme allemand, avec les grands poètes comme figures d’inspiration. La nuit y apparaît mélancolique, envoûtante parfois, souvent inquiétante. Un des axes les plus intéressants de cette partie résidait dans la mise en valeur de figures féminines de la composition, encore trop rarement programmées. Fanny Hensel, sœur de Mendelssohn, y occupait une place de choix avec deux airs qui ouvraient le concert : Nachtwanderer et Schwanenlied. Son écriture, une découverte, d’une grande délicatesse, met en musique les poèmes de Heine avec une sensibilité toute particulière. Chez elle, la ligne vocale semble naître du texte lui-même, dans une fusion organique entre poésie et musique. La note se fait prolongement du mot, tout comme d’ailleurs la voix de Sandrine Piau est celui du doigté de Kadouch.

Dans le même esprit, le bouleversant Die Lorelei de Clara Schumann offrait un moment de pure intensité. Compositrice trop souvent éclipsée par la figure de son époux, Clara Schumann révèle ici une écriture profondément expressive, tendue vers le drame intérieur. Sa musique, d’une grande densité émotionnelle, épouse parfaitement le caractère tragique du poème.

Mais c’est peut-être dans les lieder de Richard Strauss que le récital atteignait une forme d’évidence. Meinem Kinde touchait par sa tendresse, tandis que Die Nacht se distinguait par la légèreté aérienne de son interprétation. Sandrine Piau y déployait une ligne d’une finesse extrême, portée par un souffle long et parfaitement maîtrisé. Le chant semblait flotter devant l’incarnation de la nuit elle-même.

Une nuit française, entre enfance et surréalisme

La seconde partie faisait basculer le programme vers le répertoire français du XXe siècle, dans une atmosphère sensiblement différente. Ici, la nuit se fait plus ambiguë, parfois ludique, parfois étrange, souvent teintée d’un humour décalé. On sentait chez les interprètes un bonheur évident à aborder ce répertoire. La langue française, avec ses inflexions particulières, semblait offrir à Sandrine Piau un terrain de jeu idéal pour explorer des nuances plus parlées, plus théâtrales.

Le cycle La Courte Paille de Francis Poulenc constituait l’un des moments réjouissants de cette dernière partie. Composé en 1960 sur des textes de Maurice Carême, ce recueil de mélodies est souvent associé à l’univers de l’enfance. Mais il serait réducteur de s’en tenir à cette seule dimension. Derrière l’apparente simplicité se cache un monde d’une grande subtilité, où le merveilleux côtoie une forme d’étrangeté presque surréaliste.

Les textes de Carême, avec leurs images inattendues et leurs associations parfois déroutantes, créent un univers poétique singulier, à la fois naïf et profondément suggestif. Poulenc en saisit toute la richesse, alternant entre légèreté, humour et moments de pure mélancolie. En faisant rimer les mots carafon et girafon, le poète offre un terrain de jeu tout trouvé à Poulenc. C’est d’ailleurs un des compositeurs qui permit à Piau d’exceller dans son Dialogue des carmélites. Dans ce cycle aux couleurs enfantines, Sandrine Piau se montre particulièrement libre, jouant avec les mots, les couleurs, les intentions. Et surtout notre attente, ne boudant pas les effets de surprise (du texte), mais aussi avec des arrêts de la mélodie qui la laissent comme en suspens. Nous intimant, délicatement, l’ordre de finir nous-mêmes ce rêve éveillé. La voix de Piau se fait tour à tour espiègle, tendre, mystérieuse. David Kadouch, de son côté, souligne avec finesse les contrastes, apportant une dimension narrative essentielle.

Une des grandes qualités de ce type de récital, et en cela le cycle des Lundis musicaux de l’Athénée fait un travail remarquable, est sans nul doute de s’aventurer vers des territoires musicaux rares voire inédits. C’est le cas avec Robe de Lune de Wally Karnevo, comédienne, musicienne et compositrice d’origine allemande qui nous offre un moment de grâce. Artiste complète, elle écrit souvent ses propres textes, dans une veine poétique très personnelle, à la frontière du lyrisme et d’une forme d’onirisme — ce qui explique la parfaite fusion entre musique et mots dans cette courte pièce. Autre grande, et formidable découverte : Jeanne Bernard (alias Jeanne Cartesixte) qui mit en musique les poèmes de Pierre Louÿs, Les chansons de Bilitis. Juste avant de jouer l’œuvre, le timide pianiste nous a fait cette confidence, sa comparse lui disant en coulisses qu’ils se devaient de présenter la compositrice lui aurait soufflé « Cette femme est un mystère, mais c’est une merveille ». Effectivement, l’on ne sait rien d’elle et pourtant elle peut être mise au rang des grand-e-s de son siècle. Les trois chants sont aussi sensuels par les mots la composition subtile.

David Kadouch a offert une interprétation remarquée et remarquable des Jeux d’eau  de Maurice Ravel. Sa digitalité est d’une telle finesse, d’une telle délicatesse que chaque note semblait se matérialiser en goutte d’eau à la fois pluie salvatrice, éclaboussure de jeux d’enfants. L’interprétation est d’une telle intelligence que l’on peut la comparer à celle préconisée par l’immense pianiste et pédagogue Yvonne Lefébure. Il semble, alors qu’il est bien trop jeune pour avoir été son élève, avoir intégré les recommandations si précises de celle qui fut l’amie des plus grands compositeurs français de la première moitié du XXe.

Une alchimie rare

Ce qui frappait tout au long du récital, c’était la qualité de l’écoute entre les deux artistes. Rien n’était figé : chaque morceau semblait naître dans l’instant, porté par une respiration commune. Cette alchimie donnait au concert une impression de fluidité remarquable. La nuit, fil conducteur du programme, devenait ainsi un espace de liberté, un lieu où les émotions pouvaient circuler sans contrainte. Sandrine Piau et David Kadouch ont su faire de cette nuit musicale un moment de suspension rare, où le temps semblait se dilater. L’on s’est cru, un temps, revenu dans les années folles (comme le suggérait la robe très charleston et la coupe à la Louise Brooks de Sandrine Piau) et l’on s’étonnait, presque déçu, de revenir en notre temps. La nuit n’était pas finie, notre rêve musical ne demandant qu’à se poursuivre…

Visuel : © Sandrine Expilly