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Le Festival de Pâques d’Aix-en-Provence ouvre avec un programme empreint de gravité

par Hannah Starman
30.03.2026

Ce 28 avril, au Grand Théâtre de Provence, l’Orchestre National de Lille sous la baguette de Joshua Weilerstein et le soliste Renaud Capuçon ouvrent la 13e édition avec la Symphonie n°2 « Voïna » d’Elsa Barraine, le Concerto pour violon de Samuel Barber et la Symphonie n°1 de Johannes Brahms.

L’ouverture du Festival sous le signe des retrouvailles

 

Devant une salle comble du Grand Théâtre de Provence, le directeur du Festival, Dominique Bluzet, prend la parole pour quelques mots d’introduction. Il décrit le Festival de Pâques comme « un festival à mission » conçu avec Renaud Capuçon comme « une musique en partage ». Daniel Baal, le directeur du CIC, a exprimé ensuite sa « fierté et responsabilité » d’être le partenaire fondateur de « l’un des plus grands festivals en Europe » qui « partage l’excellence musicale bien au-delà d’Aix-en-Provence et ses publics avertis. »

 

L’année 2026 marque à la fois le cinquantième anniversaire de l’Orchestre National de Lille et les cinquante ans de Renaud Capuçon. Cette double célébration se manifeste par une joie visible de se retrouver pour jouer ensemble. En même temps, le programme de la soirée, ainsi que celui de la journée au Camp des Milles le lendemain, ne fait pas abstraction du contexte international turbulent, marqué par la guerre, la crise énergétique et l’incertitude d’avenir. Un mélange fin de joie et de gravité qui nous invite à profiter de la musique sans oublier de « penser, créer, résister et partager ».

 

 

« Voïna » (« Guerre ») d’Elsa Barraine : une prémonition glaçante

 

Le choix de la Symphonie n° 2 d’Elsa Barraine, compositrice engagée, résistante et visionnaire, est pertinent. « Je l’ai appelée Voïna (« guerre » en russe) parce que c’était la guerre », dira Barraine plus tard, « en 38 il fallait être fou pour ne pas s’en apercevoir ». En 1929, alors qu’elle n’a que 19 ans, la compositrice française remporte le Premier Grand Prix de Rome en composition musicale avec sa cantate La Vierge guerrière sur la vie de Jeanne d’Arc. Au cours de son séjour à la Villa Médicis entre 1929 et 1933, Elsa Barraine observe la montée du fascisme sous Mussolini et l’arrivée du nazisme au pouvoir en Allemagne. Elle compose sa Symphonie n°1 en 1931, suivie d’une pièce symphonique intitulée Pogromes d’après un poème d’André Spire. Pogromes est la réponse de Barraine à la montée de l’antisémitisme, l’arrivée d’Hitler et la création du Troisième Reich, mais c’est aussi le précurseur de la Symphonie n°2 « Voïna ».

 

Composée en 1938, à la suite des accords de Munich, la Symphonie n°2 exprime la prémonition de la guerre en trois mouvements : la guerre, la mort et la fin du cauchemar. Elsa Barraine, qui rejoint le Parti communiste français en 1938 et fonde, en 1941, le Front national des musiciens qui lutte contre la propagande nazie dans la musique, écrit sa Symphonie n°2 dans un langage brutal, percussif et dissonant qui rappelle les œuvres néoclassiques de Schoenberg. Tout en restant majoritairement tonale, son écriture est expressive de l’angoisse ambiante et pétrie de menace et d’une ironie grinçante qui n’est pas sans rappeler la Symphonie n° 6 de Chostakovitch, écrite en 1939.

 

Dans le premier mouvement, Allegro vivace, qui représente la guerre, le chef américain Joshua Weilerstein mélange la noirceur et l’éclat de l’œuvre avec une précision efficace. Marquée par la Symphonie n° 5 de Chostakovitch, créée en France en juin 1938, la Marche funèbre centrale est un mouvement lent et douloureux, à la pulsation appuyée et aux rythmes pointés, qui évoquent la mort et le deuil. Le Finale, qui prend la forme d’une rondo-sonate, est plus classique dans l’esprit de Stravinsky, mais avec une palette sonore plus étonnante, comme une renaissance incertaine. L’Orchestre National de Lille, sous la direction sobre du chef américain Joshua Weilerstein, offre une lecture claire qui sonde les contrastes rythmiques et les dissonances, sans pour autant oublier de mettre en valeur le timbre plus rêveur et chaleureux des solos des bois.

 

 

Concerto pour violon, op. 14 de Samuel Barber : Renaud Capuçon fulgurant

 

Le compositeur américain écrit son Concerto pour violon sur commande de Samuel Simeon Fels qui souhaitait l’offrir à son protégé Iso Briselli, le brillant violoniste originaire d’Odessa. Barber commence l’écriture durant l’été 1939 à Sils-Maria en Suisse, la poursuit à Paris et termine son concerto à bord du paquebot qui le ramène aux États-Unis en août 1940. La première mouture sera créée à Philadelphie en février 1941 par le violoniste américain Albert Spalding avec le Philadelphia Orchestra dirigé par Eugene Ormandy. Briselli l’a jugé musicalement faible. Barber la retravaillera en 1948-1949, mais le virtuose pour qui elle avait été écrite ne l’a jamais jouée.

 

Le violon solo de Renaud Capuçon trace une mélodie aux lignes fluides, empreinte d’une mélancolie lyrique. Elle sera accompagnée des harmonies poignantes, notamment de la clarinette qui introduit le second sujet. Capuçon, qui a enregistré l’œuvre en 2025 avec l’Orchestre de la Suisse Romande dirigé par Daniel Harding, en offre au Grand Théâtre de Provence une interprétation exaltée et expressive, accompagnée par une phalange lilloise soutenante. Le deuxième mouvement, Andante, s’ouvre avec un solo élégiaque de hautbois, auquel s’oppose le violon solo avec sa propre mélodie sombre et inquiétante. L’ambiance s’alourdit, comme dans l’intimité forcée d’un deuil, avant de trouver une résolution dans la coda ajoutée par Barber en 1948.

 

Barber réserve l’écriture virtuose et spectaculaire associée à un concerto conventionnel pour le Presto final bref et intense. Avec son élan implacable et son énergie rythmique saisissante, ce mouvement aux accents dissonants ressemble à une longue cadence accompagnée par l’orchestre. Renaud Capuçon y déploie toute son énergie flamboyante, pour le plus grand plaisir du public. Rappelé sur scène à plusieurs reprises, Capuçon, qui fête cette année ses cinquante ans, interrompt les applaudissements insistants. « J’ai de la chance que le chef soit aussi violoniste. On pourra jouer le bis ensemble, » dit-il en souriant. Joshua Weilerstein emprunte le violon du premier violon, les deux violonistes régalent les spectateurs de deux duos pour violon de Bartók.

 

La Symphonie n° 1 de Johannes Brahms toute en majesté

 

Après l’entracte, le programme se poursuit avec la Première symphonie de Brahms. En 1854, Brahms, âgé alors de 21 ans, entend pour la première fois la Neuvième Symphonie de Beethoven et décide de composer une symphonie. Il lui aura fallu presque vingt ans pour y parvenir, tant son admiration pour Beethoven le paralysait dans ses efforts. Sa Première Symphonie sera finalement créée le 4 novembre 1876 par l’orchestre grand-ducal de Karlsruhe dirigé par Felix Otto Dessoff. L’accueil du public et de la critique a été élogieux et le chef d’orchestre Hans von Bülow l’a même appelée la « Dixième Symphonie de Beethoven ».

 

La symphonie est construite avec une maîtrise absolue en quatre parties. Deux massives formes sonate – le premier et le quatrième mouvement – entourent deux mouvements plus apaisés. Le premier mouvement, profondément dramatique, est l’un des mouvements symphoniques les plus grandioses que Brahms ait jamais écrits. Les deux mouvements centraux sont au contraire d’un lyrisme soyeux et d’une expressivité jubilatoire dans un Andante qui s’achève sur les solos de violon fervents. L’Allegretto contraste la mélancolie presque schubertienne avec une exubérance vigoureuse dans ce qui pourrait être un scherzo beethovénien transcrit par Brahms. Le Finale, plus long encore que le premier mouvement, développe d’abord une intensité redoutable et sombre qui sera transpercée par un appel lumineux du cor évoquant la délivrance et la paix. Puis commence ce qu’on a qualifié d’interprétation brahmsienne de l’Ode à la joie, cette source de réconfort qui se déploie, grandiose et imposante, vers un triomphe éclatant et déchaîné.

 

Joshua Weilerstein a dirigé cette symphonie complexe et monumentale, d’une durée d’exécution d’environ 45 minutes, sans partition et avec autant d’exubérance que de soin du détail. L’Orchestre National de Lille et ses solistes, notamment le hautbois, le cor solo, le basson et la flûte, nous ont offert une interprétation vibrante et percutante de la Première Symphonie de Brahms. Nous regrettons le choix des musiciens de jouer le bis d’orchestre, à savoir l’entracte de Rosamund de Schubert, au lieu de laisser les spectateurs rentrer chez eux, remplis de l’éclatante lumière brahmsienne.

Visuels : © Caroline Doutre