Les 12 et 13 décembre 2025, à la Seine Musicale, sous la direction de Laurence Equilbey, le chœur Accentus et l’Insula Orchestra interprètent la Messe du Couronnement de Wolfgang Amadeus Mozart et le Magnificat de Carl Philipp Emanuel Bach.
Composée par Mozart début 1779, cette Messe solennelle en do majeur aurait été créée à Salzbourg, le jour de Pâques 1779. Selon la légende, elle aurait été écrite pour la cérémonie du couronnement de la Vierge de Maria Plain. En tout cas, ce tableau miraculeusement sauvé des flammes est exposé depuis 1652 en l’église de Maria Plain près de Salzbourg et il s’agit toujours aujourd’hui d’un lieu de pèlerinage. La Messe du Couronnement y est encore jouée tous les 15 Août.
Le début du Kyrie est éclatant, chœur et orchestre à l’unisson. L’œuvre est aussi à la gloire du commanditaire, l’archevêque de Salzbourg que pourtant Mozart détestait. Cette messe a une vraie dimension symphonique, l’orchestre tient un rôle primordial. La musique est joyeuse, triomphale parfois, à grands renforts de trompettes et de timbales. L’interprétation de Laurence Equilbey est énergique mettant en relief les accents orchestraux et le rythme, entraînant, parfois syncopé. Mais Insula Orchestra sait aussi nous émouvoir par la délicatesse de son jeu. Les cordes se font délicates pour accompagner le chœur lors d’un Benedictus tout en douceur et en réconfort.
L’Agnus dei est très célèbre, il inspirera l’air « Dove Sono » de la comtesse dans les Noces de Figaro. Le chant du haut-bois annonce celui de la soprano accompagnée par les pizzicati des cordes. La voix de Sandrine Piau est douce, chaude, envoûtante, s’élevant avec grâce au-dessus de l’orchestre. Elle interprète une des grandes mélodies de Mozart dont la pureté, la beauté nous transcendent. « Dona, nobis «pacem », cette consolation nous parle de l’amour divin mais aussi de la tendresse qui seule peut soulager un amour blessé. Avec le retour du thème du Kyrie et celui des cuivres, la messe se termine dans le faste et la grandeur, dignes d’une fin d’opéra. Il s’agissait aussi d’une musique de cour, mais dans cette œuvre de commande, Mozart, qui venait de vivre une grande déception amoureuse, y a mis toute sa sensibilité, toute son âme.
Carl Philipp Emanuel Bach ( 1714-1788) , second fils de Jean Sébastien Bach a mené une brillante carrière de musicien. Formé à l’école St Thomas de Leipzig où enseignait son père, il sera successivement claveciniste à la cour de Frédéric le Grand puis « Director Musices » à Hambourg. Célèbre pour son traité sur « la véritable manière de jouer les instruments à clavier », il nous laisse un vaste répertoire dont 20 symphonies, 50 concertos, 21 passions. Composé en 1749, le Magnificat est sa première grande œuvre religieuse. On ne connaît pas les motivations du compositeur mais tout le ramène à son père. Enfant à Leipzig en 1723, il avait pu entendre la première version du Magnificat de son père. C.P.E. Bach qui le tenait en haute estime a pu lui faire entendre son Magnificat à Leipzig en 1750 peu avant sa mort. Le Magnificat raconte la visite de Marie à Élisabeth, mère de Jean Baptiste, pour lui annoncer sa grossesse. Ce thème de la liturgie catholique a inspiré de nombreux musiciens de Monteverdi au compositeur contemporain Arvo Pärt .
Moins souvent joué que la Messe du Couronnement, le Magnificat de J.P.E. Bach est une belle découverte. L’entrée du chœur est grandiose, nous donnant un sentiment de force, de plénitude. Le talent d’Accentus apparaît dans « Et misericordia ». L’auditeur sera séduit par la délicatesse du chœur des femmes accompagné par les flûtes puis par la puissance tranquille du chœur d’hommes. Ce magnificat fait largement appel aux solistes avec des partitions souvent difficiles. Le baryton Gerrit Illenberger chante « la puissance divine qui disperse les superbes ». Sur une basse continue orchestrale, à la régularité rythmique remarquable, son chant paraît très expressif, lyrique, alliant force et légèreté. Nous sommes charmés par le duo de l’alto Rose Naggar-Tremblay et du ténor Fabio Trümpy. Deux voix amples et chaleureuses qui réalisent un dialogue réussi, rappelant l’opéra. Rose Naggar-Tremblay chante ensuite en solo dans « Suscepit Israël », une prière sereine, très mélodieuse, très réconfortante. Le chœur et l’orchestre se conjuguent pour une fin grandiose éclatante avec une envolée d’Amen qui nous transporte.
Laurence Equilbey nous propose en bis la Cantate Alléluia de Buxtehude, un moment tout aussi réjouissant, et nous quittons avec un sentiment de bonheur ce concert annonciateur de Noël.
Visuel © : JMC