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La « Messe en si mineur » par la Gaechinger Cantorey : quand Bach dépasse les scissions

par Thomas Cepitelli
31.03.2026

Au Théâtre des Champs-Élysées, sous la baguette de Hans-Christoph Rademann, la Gaechinger Cantorey fait résonner une Messe en si mineur de Bach exceptionnelle. Finesse des solistes, clarté incomparable du chœur et de l’orchestre : une expérience esthétique et spirituelle.

C’est le chef Helmuth Rilling qui fonde en 1954 le Gächinger Kantorei, un chœur destiné à défendre la musique sacrée, en particulier celle de Johann Sebastian Bach. Sous sa direction pendant près de soixante ans, l’ensemble acquiert une renommée internationale, notamment grâce à ses nombreuses tournées et à ses enregistrements — parmi lesquels l’intégrale des cantates de Bach, une référence discographique majeure. Mais la curiosité intellectuelle et artistique de Helmuth Rilling a permis de jouer et parfois même créer des œuvres sacrées contemporaines. On pense ici au bouleversant Litany de Arvo Pärt et Deus Passus de Wolfgang Rihm. Il cède sa place à Rademann qui se concentre plus particulièrement à l’enregistrement d’une somme Vision.Bach qui, en plusieurs volumes, est une des grandes interprétations des cantates de Bach. Il adjoint au chœur un orchestre baroque en lien avec l’Académie internationale Bach de Stuttgart.

Une célébration de l’espoir et de l’union

Ce n’est pas mentir que de penser – et d’écrire – que la Messe en si mineur (BWV 232) est l’un des plus majestueux monuments de la musique sacrée occidentale. C’est le point de rencontre de deux axes de la vie de Bach. D’une part, la recherche d’une vie dans la foi, à la recherche de Dieu, et, d’autre part, celle de la pureté en musique par le biais, entre autres, du contrepoint. Œuvre somme, en quelque sorte, elle se nourrit tout aussi bien du chant grégorien, du style concertant italien, du choral luthérien et de la polyphonie vocale héritée de Giovanni Pierluigi de Palestrina.

En ces heures où le monde se déchire, assister à la Messe en si a quelque chose de singulier, presque de réconfortant. En effet s’y dépassent les frontières confessionnelles : bien qu’écrite par un luthérien, elle adopte le texte complet de la liturgie ordinaire catholique, en latin, se plaçant non pas au-dessus, ce qui serait condescendant, mais au‑delà des scissions religieuses. En un temps où la foi s’exprimait souvent dans la polémique, Bach choisit la forme de la réconciliation : celle de l’intelligence musicale et du mystère de la foi. Cette expérience se fait concrète, physique pendant les près de deux heures que dure l’ouvrage.

La musique comme pensée et sensation

Sous la baguette de Hans‑Christoph Rademann, la liturgie ne se joue pas de la grandiloquence baroque, mais offre une précision monastique quasi ascétique du geste. La première partie, qui contient le « Kyrie » et le « Gloria », dans cette interprétation peut perturber tant elle est de l’ordre de l’exécution froide, clinique. Pas de recherche d’effets, ce qui est heureux, mais pas non plus d’émotion, ce qui peut rendre l’écoute âpre. Mais au fur et à mesure des airs on comprend que le projet est ici de nous faire entendre la « parole » du compositeur sans surcharge, dans la nudité de la musique elle‑même. Et, parce que le travail de Rademann est aussi celui d’un musicologue, on saisit toute la dramaturgie en marche. En effet, il s’agit d’une liturgie, c’est-à-dire d’un rituel donc un ensemble d’étapes symboliques qui mène au message d’espoir de la fin de la messe symbolique. Il est rare de saisir cela dans un concert. Le chef, le chœur, l’orchestre nous invitent à repenser le contexte même de l’œuvre. Et cela fait sans, au-delà de toute croyance.

Force est de constater que le plateau vocal des solistes a été, de la première à la dernière mesure, d’une grande tenue. Ténor spécialiste de Bach, Patrick Grahl, avec sa diction nette, mais parfois  trop appuyée, a une ligne vocale  fort élégante. Il a porté avec beaucoup de finesse son interprétation du « Benedictus » dans la dernière partie de l’œuvre. Magdalene Harer et Miriam Feuersingeo, toutes deux sopranos, ont offert des moments tout à fait sublimes aussi bien dans les quintets qui ouvrent et ferment l’œuvre que dans leur duo respectif avec l’alto Marie‑Henriette Reinhold qui se distingue tout particulièrement dans un « Agnus Dei » suspendu, empreint d’une intériorité qui bouleverse. L’air est court, trop court, tant on touche à la perfection. Baryton-basse à la voix solide et bien projetée, Felix Scwandtke donne de la gravité et de l’autorité à ses interventions, tout en gardant une grande souplesse musicale portée par un souffle qui semble divin tant il dure.

 

Le chœur est d’une précision qui est sa marque de fabrique. Que ce soit dans les passages contemplatifs ou dans les tutti éclatants, le chœur maintient un équilibre subtil. On le ressent surtout dans les magnifiques pianissimo où il convient de tendre l’oreille comme pour mieux se recueillir. C’est cette maîtrise technique des nuances et la pureté des lignes vocales qui font de cet ensemble vocal l’un des plus prestigieux dans ce répertoire. Quant à l’orchestre, il est pour chaque pupitre d’une grande justesse alternant les tutti joyeux et pleins d’espoir et les moments où il semble se retirer pour laisser place au travail vocal. L’accompagnement, en particulier du hautbois, est absolument parfait dans des dialogues où l’osmose semble comme aller de soi. La subtilité des contrastes dynamiques permet de faire ressortir le moindre détail contrapuntique sans pour autant que cela devienne didactique ou appuyé.

Ce ne serait pas mentir, ni même chercher le bon mot, que d’écrire que le public a écouté religieusement l’ensemble pendant toute la durée du concert (malgré la nuisible sonnerie d’un portable qui dura si longtemps que l’on a bien cru que le chef allait quitter la scène). La réussite du concert tient tout autant de la très grande qualité des artistes que de ce qu’il nous offre comment moment : un temps qui s’arrête pour dire, claironner, susurrer que c’est la beauté qui sauve, et ce, au-delà des croyances individuelles, du profane et du sacré.

Crédit photo : © Thomas Cepitelli