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La Discult ép. 40 : Joshua Weilerstein nous parle des 50 ans de l’Orchestre national de Lille

par Yaël Hirsch
13.03.2026

Dans cet épisode de La Discult, le podcast d’entretien de Cult News, Yaël Hirsch est allée à la rencontre Joshua Weilerstein, le directeur musical de l’Orchestre National de Lille, qui nous parle de la programmation du 50e anniversaire. C’était également l’occasion de mieux connaître ce chef américain qui vit à Londres et remet en haut de l’affiche des compositeurs et compositrice trop peu joué.e.s.

L’Orchestre National de Lille a 50 ans.. Est-ce encore un jeune âge pour un orchestre ?

Beaucoup d’orchestres ont une histoire plus longue. La Staatskapelle de Dresde a environ 500 ans. Il y a donc une grande marge. L’orchestre de Lille est un orchestre national, avec un extraordinaire réputation et il est très jeune et energique de ce point de vue-là.

Vous avez commencé à diriger cet orchestre en 2022. Grâce aux préparatifs du 50e anniversaire, qu’avez-vous appris que vous n’attendiez pas ?

J’ai appris beaucoup de choses sur l’histoire discographique de l’orchestre : ce que Jean-Claude Casadesus a enregistré avec l’orchestre, surtout la musique française, et aussi ce qu’Alexandre Bloch a réalisé. Et c’est passionnant pour moi de mieux connaître ce travail fondamental. Avant de jouer Brahms, par exemple, j’ai écouté plusieurs fois les enregistrements de Jean-Claude Casadesus. Car parfois, même si cet enregistrement a été fait de nombreuses années auparavant, la mémoire institutionnelle demeure dans un orchestre, et c’est très intéressant.

Alors que l’auditorium est en travaux, l’orchestre a encore plus voyagé dans Lille et sa région. Avez-vous l’impression de mieux connaître les Hauts de France ?

J’ai en tout cas l’impression d’avoir appris à connaître la ville de Lille. Je la connais sous deux angles : celui de l’orchestre, puisque je connais pratiquement toutes les salles de Lille qui peuvent accueillir un orchestre, et celui de la famille, car ma femme et ma fille m’accompagnent souvent. Nous explorons tout ce que l’on peut faire avec un enfant de deux ans à Lille ! C’est une perspective très agréable. On s’y sent un peu comme à la maison, même en étant loin de la maison.

Comment avez-vous organisé la programmation pour ce 50e anniversaire ? Comment avez-vous choisi les solistes ?

Ce mois de mars, nous fêtons nos cinquante ans avec Renaud Capuçon et Nicolas Altstaedt qui ont tous deux une longue relation avec l’orchestre. Et puis ils sont deux grands solistes français de notre époque, il était donc très naturel de les inviter. Nous voulions aussi proigrammer beaucoup de musique française. Il était important de marquer l’anniversaire de Ravel. Les deux programmes des concerts proposent principalement de la musique française,, sauf la Première Symphonie de Brahms, qu’il a écrite quand il avait 49 ans, soit presque 50 ! . Il y a donc beaucoup de « 50e anniversaires » dans ces deux concerts.

Il y a des femmes compositrices aussi au coeur de ces deux concerts qui célèbrent le cinquantenaire …

Dans ces deux programmes, nous avons Lili Boulanger et Elsa Barraine. Lili Boulanger est un peu plus connue, car sa musique est restée un peu plus présente que celle d’autres compositeurs de l’époque. Elle avait un talent incroyable à seulement 24 ans. C’est l’une des compositrices que j’aime le plus de cette période. Et puis Elsa Barraine est quelqu’un que personne ne connaît, y compris l’orchestre. C’est la première fois qu’ils jouent cette symphonie. C’était une merveilleuse compositrice qui a aussi aidé la Résistance française pendant la guerre. Elle était à moitié juive. Et cette symphonie que nous jouons est sous-titrée « La Guerre ». C’est une pièce que j’ai découverte en programmant les Danses Symphoniques de Rachmaninov, qui sont aussi des pièces de temps de guerre. C’est une pièce fantastique, avec des couleurs très inhabituelles. Ce sont toujours de belles découvertes pour moi.

La saison dernière vous avez mis l’accent a été mis sur des musiques oubliées, méconnues ou politiquement significatives. Lesquelles et pourquoi ?

Joshua : Oui. Nous allons en faire de plus en plus au printemps, comme une pièce de Gideon Klein, qui était un merveilleux compositeur tchèque. Il y a tout un groupe de compositeurs dont la musique a été désignée comme « Entartete Musik », la musique dégénérée, par les nazis. Et j’aime beaucoup cette musique. Il y a Martinu, qui a passé beaucoup de temps à Paris, Kapralova, Klein, Haas, Ullmann, Zemlinsky… tous ces noms fantastiques. Mais il y a aussi de la grande musique qui est simplement perdue ou jamais entendue. Mon plan est de ramener cela à l’orchestre et au public. C’est fascinant. Il y a aussi une sorte de musique américaine sous-estimée. Il faut toujours trouver l’équilibre entre la musique du passé et la musique contemporaine, aux côtés du grand répertoire que nous aimons.

A partir de ce printemps et notamment dans le cadre du Lille Piano festival, la musique américaine est à l’honneur …

Au Lille Piano(s) Festival, nous avons un programme très américain avec une pièce que tout le monde connaît, Rhapsody in Blue, n’importe qui peut la chantonner. Puis cette pièce que personne ne connaît, appelée Yamekraw par James P. Johnson. James P. Johnson était une légende du blues, mais il a décidé d’écrire un concerto pour piano. Il n’avait aucune expérience orchestrale. Gershwin n’en avait pas non plus au départ. Mais James P. Johnson a voulu écrire un concerto en réponse à Rhapsody in Blue pour voir ce qu’il pouvait en faire. C’est tellement amusant. Les deux pièces ont cet enthousiasme juvénile. Aucune n’est parfaite. Bernstein décrivait Rhapsody in Blue comme une tapisserie de choses différentes superposées. C’est la même chose dans Yamekraw. On prend ce qu’on aime, on les met côte à côte. Je ne sais pas si les deux pièces ont déjà été jouées ensemble, et je suis très excité de le faire.

Pouvez-vous nous parler un peu de l’influence du jazz ?

C’est toujours génial d’avoir quelqu’un qui a une formation jazz pour ces pièces. Dans le Gershwin, il y a ces cadences, ces longs passages en solo qui n’avaient pas été écrits par Gershwin avant la première représentation. L’anecdote est célèbre : le chef d’orchestre avait une partition qui disait, pour la cadence : « Attendez le signal». Maintenant, elles sont toutes écrites. Mais quand on a un vrai musicien de jazz, il improvise ses propres cadences, ce qui est génial. Et je sais que Paul Lay a aussi tout un montage pour le Gershwin, ce qui est fantastique.

Vous avez aussi la volonté de mettre en avant l’héritage afro-américain. Comment ?

C’est une partie extrêmement importante de la musique américaine, et elle n’est pas assez entendue. Et je trouve aussi cela fascinant en relation avec tout le reste, surtout le lien entre la symphonie « Afro-Américaine » de William Grant Still et Dvořák. Car Dvořák, arrivé aux États-Unis, a dit que l’école américaine de musique classique devrait se construire sur les mélodies noires et amérindiennes. Tous les autres compositeurs américains, qui s’efforçaient de ressembler à Brahms ou Wagner, l’ont ignoré. Puis, dans les années 1920 et 1930, pendant la Renaissance de Harlem, des compositeurs afro-américains comme William Grant Still, William Dawson et Florence Price ont tous écrit des symphonies dans le style de Dvořák. Il y a ce lien historique et intergénérationnel incroyable. On apprend beaucoup sur chaque pièce en les écoutant ensemble.

Pensez-vous qu’en musique américaine, les ponts sont plus faciles entre les communautés jazz et la musique classique qu’en Europe ?

Oui, car le jazz a été une partie centrale de la musique américaine dès le début. Les États-Unis sont un pays jeune, avec une tradition musicale très jeune. Les premiers compositeurs classiques américains ressemblaient à du Brahms de seconde zone. Charles Ives a été l’un des premiers à essayer quelque chose de nouveau en utilisant la musique populaire. Tous les compositeurs influencés par le jazz, puis les compositeurs noirs, ont puisé dans la musique folklorique. Mais Brahms l’a fait aussi avec les Danses Hongroises, Dvořák également, et même Beethoven. Cela sonne juste différemment parce que la pop américaine est devenue la fondation culturelle mondiale. Donc, oui et non. C’est plus facile, mais il est important de souligner que les compositeurs d’Europe centrale, même les plus sérieux comme Brahms, aimaient aussi la musique folklorique.

Était-il facile de devenir compositeur, directeur d’orchestre ou soliste afro-américain entre les années 1920 et 1930 ?

C’est très intéressant, car William Grant Still, Dawson et Price ont eu énormément de succès au début. La Negro Folk Symphony de William Dawson, qui est un chef-d’œuvre, a été créée au Carnegie Hall en 1933 par Leopold Stokowski et l’Orchestre de Philadelphie. N’importe quel compositeur aujourd’hui rêverait d’une telle première : radio nationale, applaudissements… On aurait pu penser que cette symphonie entrerait au répertoire. Mais, par une suite d’erreurs, le matériel d’orchestre n’a pas été imprimé. Pendant des années, elle n’a plus été jouée, puis elle a été oubliée. Ensuite, dans les années 1950, quand la musique contemporaine a pris une direction très différente, ces compositeurs noirs qui écrivaient des symphonies « conservatrices » ont paru démodés. Ils ont été mis de côté. Il y avait le racisme, bien sûr, mais aussi une question de style musical dans lequel ils ne rentraient plus. C’est complexe.

Diriez-vous que la musique des US est toujours un « Nouveau Monde» ?

Je ne sais pas. Avec l’IA, je ne suis plus certain. L’IA est une sorte de nouveau monde. Les gens ne pourront peut-être plus faire la différence entre la musique générée par IA et la vraie musique. J’espère que ce ne sera jamais le cas. Spotify diffuse déjà de la musique générée par IA et, vu la façon passive dont la plupart des gens écoutent de la musique, ils ne le remarquent même pas. Ce que nous essayons de faire, c’est de montrer que l’écoute active est la meilleure façon d’apprécier la musique. C’est pour cela que nous voulons que les gens viennent au concert, pas seulement qu’ils écoutent des enregistrements sur YouTube. L’acte d’écoute active est spécial.

En tant qu’Américain aujourd’hui, alors que votre pays a pour président Donald Trump, quelle facette de l’Amérique voulez-vous montrer aux Français et aux Européens ?

La musique américaine n’est pas liée à Trump, tout comme Beethoven a pu être instrumentalisé par différents régimes allemands, ou la musique italienne par le régime fasciste. Partout en Occident, nous faisons face à ces forces extrêmes et à cette polarisation. Je vais à Chicago en juin pour un concert lié au 250e anniversaire des États-Unis. L’Amérique a connu beaucoup de problèmes dans son histoire, comme n’importe quel autre pays. Je ne pense pas qu’elle soit particulièrement pire ou meilleure qu’une autre. Je ne crois pas à l’exceptionnalisme américain, mais je ne crois pas non plus que l’Amérique soit pire que les pays d’Europe. Chaque pays gère cela différemment, et nous devons simplement continuer à avancer, à faire la musique que nous aimons et à la partager les uns avec les autres.