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Au théâtre de l’Athénée : des péchés capitaux et musicaux

par Thomas Cepitelli
20.02.2026

Avec Julius Drake, Fleur Barron et Axelle Fanyo, l’ironie se teinte d’émotion dans un répertoire pour le moins éclectique. On cherchait le vice : on trouve la grâce.

Faux cabaret, vrai beau récital

On avait promis un cabaret. On se projetait déjà dans les lumières troubles, attablé autour de tables serrées, le murmure complice, la proximité presque clandestine entre artistes et public.

Mais force est de constater que la grande salle de l’Athénée n’en est pas un. Trop rouge et or, trop somptueusement à l’Italienne pour que l’on s’y sente dans la pénombre enfumée d’un cabaret berlinois ou même parisien… En d’autres termes le public ne s’y encanaille pas : il contemple. Et pourtant, c’est bien de trouble, de fissure, de péchés qu’il fut question lors de ce concert intitulé « Les Sept Péchés capitaux » en hommage à cette pièce de théâtre musical de Weill et Brecht.

 

La contradiction est cependant féconde. Car dans cet écrin, l’exploration des vices humains prend une coloration singulière : l’ironie se pare de velours, la satire devient élégance, la transgression également. On ne s’encanaillera pas, mais l’on goûtera, avec un plaisir presque coupable, les raffinements d’un programme qui traverse les langues, les styles et même les siècles.

 

Au piano, la présence de Julius Drake suffit à garantir la réussite voire a profondeur de la soirée. Accompagnateur des plus grands chanteurs, chambriste d’exception, il ne se contente jamais d’« accompagner ». Il va bien au-delà, il prend la main de l’interprète, et celle du public. Et nous permet d’accéder à l’œuvre autrement. Son jeu est à la fois analytique et sensuel, presque charnel. Chaque ligne semble pensée, pesée, articulée — et pourtant tout paraît libre, fluide, presque improvisé. Dans Weill comme dans Poulenc, il installe un climat, propose des images harmoniques où les voix viennent se lover ou se heurter.

 

À ses côtés, deux personnalités vocales d’une intensité rare. Deux tempéraments, deux timbres, deux manières d’habiter le chant et d’incarner les personnages qui se profilent. Fleur Barron, mezzo à la densité mordorée, impose d’emblée une autorité expressive. La voix est ample, sensuelle, traversée d’ombres. Axelle Fanyo, soprano à la ligne plus solaire, plus élancée, plus théâtrale apporte une clarté vibrante, une intensité qui jamais ne force le trait. Elle irradie, en somme.

Drôle de rencontres musicales

Les airs de Kurt Weill constituent sans doute le cœur battant de la soirée. « Surabaya Johnny » déclenche les rires — ce rire si particulier qui naît de l’excès, de la crudité, du portrait sans fard d’un amour toxique. La salle réagit aux formules, aux saillies, à l’ironie presque cabotine du texte et de son interprète Axelle Fanyo. Mais heureusement — et c’est là la réussite —, l’interprétation ne cède jamais au clin d’œil facile. L’émotion affleure, la blessure se dit, se vit pourrait on ajouter. On rit, oui, mais l’on sent le gouffre sous la plaisanterie.

Moment de grâce encore avec « Alabama Song », donné en duo. Le dialogue des voix crée une tension singulière : l’appel à l’alcool, à l’oubli, à la fuite prend une dimension presque politique, révolutionnaire. Les timbres se mêlent, se frôlent, se provoquent. Le piano de Drake, ici, devient pulsation obsédante, mécanique implacable d’un désir sans issue. On sent le piano bastringue d’un vieux tripot où les solitaires et les désespérés viennent finir leur errance nocturne. D’autres beaux moments sont offerts dans le concert. On pense notamment ici à la découverte de Xavier Montsalvage, « Cuba dentro de un piano », œuvre iconoclaste qui semble partir dans tous les sens, mais qui est tenu par la très grande intériorité de Fleur Barron. Enfin, il nous fait mentionner les trop rares compositrices de la soirée : Margaret Bonds pour un hilarant « I, too » et une œuvre plus grave d’Alma Mahler.

 

On s’étonne notamment de la proximité entre Ravel et Sondheim. Que l’on ose les confronter est en soi stimulant : même précision d’écriture, même fausse légèreté. Mais placés à la suite dans le programme, ils produisent un effet de contraste qui peut désorienter. Le raffinement impressionniste de Ravel et la modernité narrative de Sondheim ne dialoguent pas toujours ; ils se frôlent, parfois se neutralisent. L’auditeur perd momentanément le cap.

Par ailleurs, il est vrai que le programme interroge. Le lien avec la thématique des sept péchés capitaux apparaît parfois ténu. Certes, l’orgueil, la luxure, l’avarice ou la colère affleurent ici ou là. Mais certains rapprochements semblent plus arbitraires que réellement dramaturgiques. Le spectateur cherche le fil, la progression, la logique interne. On la trouve sans doute dans le plaisir des trois artistes à les interpréter.

La « belle » musique pardonne tout

Lorsque surgit, en bis, « Les Chemins de l’amour », cette plainte élégante — le temps semble suspendu. La ligne vocale se déploie avec une simplicité désarmante. Fleur Barron et Axelle Fanyo y trouvent des nuances infinies, une manière de laisser vibrer les mots sans jamais les appuyer. C’est un moment d’abandon, presque d’extase retenue. On quitte à regret la salle après un si doux moment.

 

Car, au terme de la soirée, on pardonne tout — même ces « péchés » de construction. Car la réussite vocale et pianistique emporte l’adhésion. Les trois artistes, d’une exigence rare, construisent un espace d’écoute d’une densité exceptionnelle.

Le cabaret n’en était pas un, disions-nous. Mais peut-être est-ce là le véritable paradoxe : dans cette salle trop rouge et or pour être clandestine, la vérité des passions humaines a trouvé un écrin inattendu.

Les sept péchés capitaux ? Ils étaient peut-être disséminés, parfois dilués, parfois méconnaissables. Mais ce qui dominait, c’était autre chose : la puissance du chant, l’intelligence du piano, l’art de faire coexister ironie et émotion. On sort de l’Athénée non pas absous, mais reconnaissant – et secrètement heureux – d’avoir, le temps d’un concert, cédé à quelques délicieux péchés musicaux.

Visuel :Eduardus Lee