Dans son roman « Je suis Romane Monnier », Delphine De Vigan nous parle de nos téléphones. De Romane, Thomas ne connaîtra que les traces qu’elle a laissé dans son smartphone. La jeune femme va néanmoins tenir une place croissante dans sa vie.
La vie de Thomas est arrêtée, comme une voiture en panne sur une aire d’autoroute. Lors d’une soirée arrosée, une inconnue qui s’avérera être Romane Monnier lui confie son smartphone, avec les codes. Thomas l’explore par curiosité, par plaisir transgressif. Le téléphone de Romane devient « une chimère salutaire pour combler sa solitude, pour ouvrir des fenêtres ». Parallèlement le lecteur en apprend plus sur Thomas, sur la mort de sa mère à 13 ans, sur son père austère, indéchiffrable. Très jeune il a du élever seul sa fille Léo, âgée alors de deux ans. Sa mère Pauline a disparu.
Grâce aux recherches de Thomas le portrait de Romane se dévoile. Après une grande déception amoureuse, la fragilité de la jeune femme devient manifeste. Elle se concentre sur sa quête de vérité, d’authenticité et va se retirer peu à peu d’un monde qu’elle ne supporte plus. Au fil de ses découvertes, l’inquiétude et l’attachement de Thomas grandissent.
Delphine De Vigan nous propose quasiment une radiographie du smartphone, dans ce voyage dans le monde des mobiles. Nous découvrons avec Thomas les messages et les fichiers audios de Romane et bien d’autres applications. Le regard de la romancière est critique sur l’omniprésence du téléphone, sur ce flux d’informations qui mine les amis trentenaires de Romane et perturbe leur rapport à la vérité.
Le roman est construit en miroir, le téléphone est celui de nos vies et Romane devient le miroir dans lequel se regarde Thomas. Il établit avec elle une relation à la fois virtuelle et intime, ses recherches le conduisent à exhumer des moments de sa propre vie. Thomas est un homme sympathique, ne cachant pas ses failles, sensible, comme lors de sa confession finale à un inconnu dans un train de nuit. « Un homme déconstruit avant l’heure » dit sa fille. Leur relation père-fille est très confiante, très émouvante. Romane reste un mystère, mais le lecteur sera séduit par ses textes appelés « fragments intimes ». Sa quête de vérité devient de plus en plus prégnante et le roman se transforme en une fable morale. Son besoin de se mettre hors du monde, de s’en protéger est partagé par Thomas. Sa crainte d’avoir à douter de tout, de devoir vivre dans un monde sans vérité nous concerne également. Delphine De Vigan pose un regard tendre et amer sur notre monde connecté. Dans ce roman sensible et émouvant, les questionnements de Thomas et de Romane prennent une dimension universelle.
Delphine De Vigan, Je suis Romane Monnier, Gallimard, 335 pages, 22 Euros, sortie le 15 janvier 2026.
Visuel : © Couverture du livre, édition Gallimard.