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Quatre pièces de théâtre à lire : Shakespeare, García Lorca, Duras et Sara Stridsberg

par Julien Coquet
06.03.2026

Trois éditeurs et quatre pièces de théâtre, de 1594 à à 2025 en passant par l’Angleterre, l’Espagne, la France et la Suède.

Songe d’une nuit d’été de Shakespeare : esprits et fées

Olivier Cadiot ayant déjà traduit la Tragédie du roi Richard II, les Sonnets, La Nuit des rois ou Tout ce que vous voulez et Le Roi Lear, il s’attèle ici, toujours aux éditions P.O.L, au Songe d’une nuit d’été. Commandée par Le Quai CDN d’Angers, cette traduction met au gout du jour cette pièce écrite entre 1594 et 1595. Le synopsis convoque fées et esprits autour de plusieurs couples (Lysandre et Hermia, Dimitrius et Héléna, Thésée et Hippolyta, Obéron et Titania). Tout ce petit monde se croise dans une forêt à l’approche du grand mariage de Thésée et Hippolyta, alors que des artisans de la ville d’Athènes répètent sous la direction de Bottom une pièce inspirée de Pyrame et Thisbé. Comme le dit Puck dans sa dernière réplique : « Ce sujet est faible et vain, ne le blâmez pas gentils spectateurs ». À vous donc de voir si vous êtes sensibles ou non à cette comédie de Shakespeare. De notre côté, à la lecture, on ne peut pas dire qu’on ait été enchanté, malgré l’excellent travail d’Olivier Cadiot.

La Maison de Bernarda Alba de Federico García Lorca : un gynécée andalou

Dans la campagne andalouse des années 1930, la famille Alba fait le deuil du père récemment décédé. La mère, la tyrannique Bernarda Alba, soixante ans, fait régner la terreur sur ses cinq filles et ses deux domestiques. Dans un climat d’oppression et face aux poids des traditions et de la religion, les hommes se situent au croisement de la répulsion (« Je crois qu’il vaut mieux ne jamais se marier ») et de l’attraction. Alors lorsque le prochain mariage de l’aînée, Angustias, est annoncé, les tensions s’exacerbent au sein de la communauté familiale. Car Pepe le Romano, qu’on ne verra jamais sur scène, reste la seule échappatoire à cette maison de folles…

 

Écrite en 1936, La Maison de Bernarda Alba ne fut créé que le 8 mars 1945 à Buenos Aires, bien après la mort de Federico García Lorca en 1936. Publiée aux éditions de L’Arche, cette nouvelle traduction du chef-d’œuvre du dramaturge espagnol est due à Laurey Braguier et Thibaud Croisy. Ce dernier montera ainsi la pièce à la Filature, scène nationale de Mulhouse. Comme il le dit lui-même dans sa postface, « traduire, au fond, c’était déjà mettre en scène ». La brièveté des répliques et les tirades quasi inexistantes accélèrent le rythme de la pièce. Tout est sous tension, et « parler revient à faire mal ». La modernisation de certaines répliques ajoute une violence parfois difficilement soutenable. Entre envolées lyriques et sorties beaucoup plus terre-à-terre, La Maison de Bernarda Alba reste un concentré de « langues vipérines [qui] peuvent décocher des coups, provoquer des tempêtes intérieures, voire même tuer ».

La Bête dans la jungle de Marguerite Duras : une histoire qui n’arrive jamais

Voici une curiosité publiée par les Éditions du chemin de fer. En 1961, l’écrivain américain James Lord adapte au théâtre la nouvelle d’Henry James « La Bête dans la jungle ». L’année suivante, Marguerite Duras s’empare de l’adaptation théâtrale, avant de remanier le texte en 1981. La version définitive du texte voit le jour au Théâtre de l’Athénée avec Delphine Seyrig et Samy Frey, distribution ô combien durassienne. La pièce met donc en scène deux personnages. Vers 1880, dans le château de Weatherend, en Angleterre, John Marcher fait la connaissance de Catherine Bertram, avant de se rendre compte qu’ils s’étaient déjà croisés en Italie une dizaine d’années auparavant. Catherine avait alors recueillie une sourde angoisse de John : « Vous m’aviez dit que depuis toujours, depuis que vous étiez très jeune, vous aviez au plus profond de vous la conviction d’être réservé à un sort très rare et mystérieux, à un événement d’ordre extraordinaire, peut-être même terrible, terrifiant. Vous disiez une sorte de destin dont vous aviez à la fois la prémonition et la certitude jusque dans votre corps et qui, disiez-vous, lorsqu’elle surviendrait, vous détruirait sans doute complètement. »

 

À la lecture, La Bête dans la jungle ressemble finalement peu au style que l’on se fait de Duras (bien plus visible dans sa pièce L’Amante anglaise, par exemple). La lecture n’en est pas moins extrêmement plaisante, puisque « La Bête dans la jungle présente en six tableaux la chronique d’une histoire qui n’arrive jamais » (Mireille Calle-Gruver), ménageant un suspens qui ne trouvera son soulagement qu’à l’épilogue. Les Éditions du Chemin de fer ont également la bonne idée de reproduire le texte de 1961, permettant à chacun de comparer les deux versions, et de comprendre en quoi la pièce de 1981 reste durassienne. Notons enfin qu’en 2023, le cinéaste Bertrand Bonello avait lui aussi adapté la nouvelle d’Henry James sous le titre de La Bête, avec Léa Seydoux et Georges MacKay.

L’Art de la chute de Sara Stridsberg : anatomie d’une chute

Figures iconiques aux États-Unis, Big Edie et sa fille, Little Edie, vécurent une trentaine d’années jusqu’en 1977 à East Hampton, proche de New York, dans une maison délabrée. Autrefois joli manoir, le domicile devient peu à peu un ersatz de maison hantée, peuplée de chats et de ratons laveurs. La tante et la cousine de Jackie Kennedy, immortalisées dans le documentaire Grey Gardens (1975), sont le matériau de la dernière pièce de la dramaturge suédoise Sara Stridsberg. Dans un décor unique (la mère et la fille ne vivaient plus que dans une seule pièce sur les dix-huit de la maison), en quinze scènes et un épilogue, la dramaturge ausculte les relations mère/filles en appuyant sur les remords et les rancœurs (« Je crois que je t’ai pardonnée de pas avoir été la mère que je souhaitais »). De temps en temps, une troisième personne intervient (Jackie Kennedy, un prêtre, homme qui travaille dans le cinéma…) sans pour autant relancer l’intérêt de la lecture. Malheureusement, il ne se passe rien dans L’Art de la chute, et la pièce peine à dire quelque chose de pertinent, malgré un sujet surprenant.

Songe d’une nuit d’été, William SHAKESPEARE, nouvelle traduction d’Olivier Cadiot, P.O.L, 144 pages, 17 €.

La Maison de Bernarda Alba (La Casa de Bernarda Alba), Federico GARCIA LORCA, traduit par Laurey Braguier et Thibaud Croisy, édition établie par Thibaud Croisy, L’Arche, 112 pages, 14 €.

La Bête dans la jungle, Marguerite DURAS, avec une postface de Mireille Calle-Gruber, Les Editions du chemin de fer, 144 pages, 17 €.

L’Art de la chute (Konsten att falla), Sara STRIDSBERG, traduit par Marianne Ségol, L’Arche, 128 pages, 15 €.

 

Visuel : © Couvertures des livres