Dans La Disparition des choses Olivia Elkaim redonne vie à Cécile Perec, la mère de l’écrivain Georges Perec, morte à Auschwitz en 1943, et dont l’accès principal est constitué des livres de son fils qui avait 5 ans et avait été mis à l’abri.
« Cécile m’obsède. Je la traque dans chacun des livres de son fils. Je la traque ou est-ce elle qui me traque ? » (p. 70). Après la femme d’Amedeo Modigliani, c’est la mère de Georges Perec qui obsède Olivia Elkaim. Dans La Disparition des choses, paru chez Stock en cette rentrée de janvier, elle réitère ce que Patrick Modiano avait somptueusement réussi avec Dora Bruder.
On sait que Cécile (Cyrla) Perec a fait le choix courageux d’envoyer son fils de 5 ans en sécurité en novembre 1941, gare de Lyon, dans un convoi de la Croix-Rouge vers la zone libre. Elle décide de rester travailler dans le Paris occupé, alors même que son mari qu’elle aimait follement est mort en 1940 en tant qu’engagé volontaire à la Légion étrangère. Qui pouvait lui garantir qu’elle retrouverait son enfant après la guerre ? Cette mère juive polonaise prend cette décision pour le sauver. Mais en le privant de sa présence, elle le condamne, sans le savoir, au vide et à l’absence de souvenirs.
On sait peu de choses sur ses errances parisiennes, si ce n’est qu’elle a essayé de rejoindre son fils. Et qu’elle est morte à 30 ans, assassinée, parce que juive, déportée à Auschwitz en 1943. Mais on ne sait pas exactement dans quelles conditions.
Évidemment son fils ne s’est jamais remis de cette mort ni de sa survie à lui, et il n’y a pas que W ou le souvenir d’enfance qui en porte la trace. C’est en tant que femme, mère et auteure qu’Olivia Elkaim s’identifie à Cécile et se glisse dans ses attentes, ses peurs, ses instincts pour donner un peu de chair au fantôme qu’elle est devenue, à travers les livres de son fils, l’auteur culte des Choses et de La Vie mode d’emploi, membre éminent de l’OuLiPo, mort précocement en 1982.
Olivia Elkaim, La Disparition des choses, Stock, La bleue, 272 p., 20,90 euros, Sortie le 02/01/2026.
Visuel : couverture du livre.