Lauréat du Prix Strega en 2025 (le « Goncourt italien »), L’Anniversaire dépeint avec forces réflexions le fonctionnement d’une famille dysfonctionnelle que le narrateur a réussi à fuir.
En première de couverture, il y a ce mot : « roman ». Et, à la lecture de L’Anniversaire, on espère à tout prix que rien de la vie d’Andrea Bajani ne colle avec celle du narrateur. Le Prix Strega 2025 reste avant tout une œuvre littéraire, de fiction. Quoique… Bajani n’écrit-il par qu’« un élément s’impose, tandis que je regarde tout cela aujourd’hui à travers le dispositif pensant du roman » ? L’Anniversaire ne serait-il donc qu’une mise en scène, un espace de réflexion, pour mieux comprendre à Andrea Bajani ce qui lui est réellement arrivé ?
Pour son sixième livre publié en France, Andrea Bajani ausculte les tensions d’une famille italienne dominée par une figure paternelle tyrannique. Plutôt qu’un récit chronologique, l’auteur, enseignant aux États-Unis, choisit de livrer ses réflexions au fil de courts chapitres. Le roman est au départ centré sur le personnage de la mère (l’impossibilité pour elle d’avoir des amies, d’avoir un travail, l’obligation de mener à bien les tâches domestiques). Par la suite, L’Anniversaire dérive vers la figure autoritaire du père, dont la violence s’exprime principalement verbalement, tout en s’affichant, de manière quasi-naturelle pourrait-on dire, par les coups et les gifles. Dans une petite ville reculée de la région de Turin, à la frontière française, le narrateur prend conscience de l’univers toxique dans lequel il évolue. Il faudra des années au narrateur pour rompre avec sa famille, l’épisode ouvrant d’ailleurs le roman (« Il y a dix ans, ce jour-là, j’ai vu mes parents pour la dernière fois. Après quoi, j’ai changé de numéro de téléphone, de domicile, de continent, j’ai élevé un mur inexpugnable, j’ai placé un océan entre nous. Ces dix années ont été les meilleurs de ma vie. »).
Andrea Bajani déconstruit la famille. L’analyse du comportement du père est glaçante, celui-ci étant par exemple persuadé de provoquer des maladies chez des individus qui s’étaient montrés mauvais avec lui. Il y a aussi ces accès de violence plusieurs fois décrits, comme lorsqu’il frappe un client dans le magasin de valises où il travaille. Tous ces épisodes « donnent corps à une constellation de crises de colère, ils sont l’évidence d’un désespoir, d’un tableau psychique complexe et d’un héritage fasciste nié, mais fondamentale dans ses attitudes ». Suffoquant et très bien écrit, L’Anniversaire loue aussi la thérapie, une décision salvatrice pour le narrateur, enfin capable de poser les mots sur son emprise puis sa libération.
L’Anniversaire, Andrea BAJANI, traduit de l’italien par Nathalie Bauer, Gallimard, Collection Du monde entier, 160 pages, 19 €
Visuel : © Couverture du livre