Les Editions Le Bélial publient deux novellas d’Adam-Troy Castro, La Marche funèbre des marionnettes et Les Fils enchevêtrés des marionnettes, toutes deux plaçant leurs intrigues sur la planète Vlhan peuplée d’étranges extraterrestres.
Il faut lire les premières pages de La Marche funèbre des marionnettes pour comprendre tout le talent d’Adam-Troy Castro, dont on avait déjà pu goûter un bel échantillon avec sa trilogie Andrea Cort. En moins de dix pages très claires, le romancier américain parvient à plonger son lecteur dans un monde inconnu et aux règles irrationnelles. On apprend notamment à faire connaissance avec les habitants de la planète Vlhan, les Vlhanis, « comparés à des araignées géantes », même si le narrateur préfère les voir comme des marionnettes. « Imaginez une sphère noir brillant d’environ un mètre de diamètre, si lisse qu’elle paraît métallique, si parfaite qu’on la dirait sortie d’une chaîne de production. […] Maintenant, figurez-vous un nombre de tentacules noir luisant, entre huit et vingt-quatre, attachés à différents endroits autour de cette tête. Ce sont les fouets du Vlhani, qui peuvent mesurer jusqu’à trente mètres, et qui, tant pour leur dextérité que pour leur polyvalence, font honte eu un piètre pouce opposable de l’humanité. »
Dans La Marche funèbre des marionnettes, on apprend à suivre Alex Gordon, un exolinguiste au service de la Confédération terrienne passionné par le Ballet que donnent chaque année les Vlhanis. Sur plusieurs jours, des milliers de marionnettes se réunissent pour danser jusqu’à la mort, faisant du Ballet une performance artistique et un suicide collectif, rappelant par là le marathon de la danse décrit par Horace McCoy dans son roman de 1935, On achève bien les chevaux. Alors que le Ballet s’apprête à démarrer, Alex repère une humaine au milieu de ces araignées géantes. Bien décidée à sauver la jeune fille au corps anormalement prolongé, Alex débarque dans l’arène et récupère Isadora contre son gré. Celle-ci, bien décidée à danser avec les Vlhanis, rencontre une objection de principe de la Confédération terrienne : Isadora « est humaine, et à ce titre, elle s’inscrit dans une tradition qui abhorre le suicide. »
Bien des années plus tard se déroule Les Fils enchevêtrés des marionnettes, alors que les images d’Isadora dansant en harmonie avec les marionnettes ont fait le tour des galaxies et ont créé des émules. De plus en plus d’humains ne se contentent pas d’assister à ce Ballet morbide, mais viennent sur la planète Vlhan pour participer à cette danse incompréhensible. Paul Royko, shooteur de neuropics, venu couvrir l’événement, se retrouve approché par l’ambassadeur de la Confédération terrienne qui cherche à tout prix à éviter une nouvelle hécatombe humaine : « la Confédération a pour objectif de mettre fin aux activités de quiconque aide ces pauvres bougres à arriver sur Vlhan. Nous voulons savoir qui les déniche. Qui les recrute. Qui installe leurs augmentations et qui les conduit sur cette planète. » Royko part à la rencontre de Dalmo, un humain augmenté, passionné par le Ballet, mais dont les extensions chirurgicales ne fonctionnent pas correctement, l’empêchant de pratiquer son grand art.
Adam-Troy Castro possède un talent indéniable de conteur, arrivant à nous plonger rapidement dans un monde inconnu. L’auteur interroge les difficultés à comprendre une culture totalement différente, les humains obsédés par leur volonté de calquer des motivations humaines à un projet extraterrestre, questionnant même le sens de l’art et de sa finalité. Plus globalement, les deux novellas se penchent sur la question de la traduction : quel sens donner à ce qui n’a pas de sens pour l’observateur ?
La Marche funèbre des marionnettes, Adam-Troy CASTRO, traduit par Benoît DOMIS, Editions Le Bélial’, 128 pages, 11,90 €
Les Fils enchevêtrés des marionnettes, Adam-Troy CASTRO, traduit par Benoît DOMIS, Editions Le Bélial’, 128 pages, 11,90 €
Visuel : © Couverture de La Marche funèbre des marionnettes