Femmes tout au bord est le cinquième roman de Clarisse Gorokhoff. Il nous émeut avec la rencontre épistolaire entre Faye une femme en fin de vie et Anouk, la narratrice, fragilisée par la mort prématurée de sa mère et dévastée après une rupture amoureuse.
« Paul le magicien de ma vie a disparu, la plume redevient plomb ». Il est parti rejoindre sa mère Faye, gravement malade au Nouveau-Mexique. Après le départ brutal de Paul, Anouk est dévastée. Elle décide d’écrire à Faye. Une correspondance s’instaure, presque quotidienne, entre les deux femmes. Faye, terrassée par un cancer, va faire de cette inconnue sa confidente. Elle lui parle en particulier de Dahlia, « cette femme qui est rentrée par effraction dans sa vie et dont il émane quelque chose de tellurique ». Faye a chargé Anouk de mettre en forme ses mémoires. Alors, après la disparition de Faye, elle se rend au Nouveau Mexique et fait la connaissance de Jack, le mari, un médecin oncologue très secret, impénétrable. Elle est intriguée par le lourd secret qui entoure la famille…
Le style de Clarisse Gorokhoff est précis, ciselé, les mots expriment parfaitement les émotions des personnages. Elle utilise de belles métaphores poétiques et même des poèmes en prose. Celui écrit par Faye, le jour de son départ, est somptueux. Les chapitres sont courts faisant alterner les écrits de Faye et les récits d’Anouk, la narratrice. Le dialogue entre les deux femmes occupe ainsi tout le livre.
La fin de vie de Faye est décrite avec sensibilité et délicatesse, rendant très émouvant le roman, sans qu’il soit désespéré. Faye parle de l’annonce du cancer, à la fois catastrophe et soulagement, du couloir interminable qui précède la mort, de la tristesse de laisser ses proches. Elle avoue avec sincérité ses peurs, ses regrets aussi symbolisés par l’inscription « too late » lue par hasard sur un parking.
Malgré la gravité du sujet le livre n’est pas pesant pour le lecteur. Il est enveloppé par la douceur et la tendresse qui se tissent entre les deux femmes. Ces deux femmes, au bord de l’abîme, vont se sauver mutuellement. Pour Faye « t’écrire c’est comme écrire à moi même. Anouk est devenue ma voix intérieure ». Elle va trouver « la grâce » d’accepter l’inéluctable. Elle va aussi aider Anouk à vivre en provoquant en elle « une renaissance par les cendres ». Clarisse Gorokhoff nous offre un très beau roman sur l’amitié et la sororité, au-delà de la mort.
Clarisse Gorokhoff, Femmes tout au bord, Actes Sud, 240 pages, 20 Euros, sortie le 07 01 2026