Dans « Ce qui reste » Bernhard Schlink nous fait rentrer dans l’intimité de Martin, un homme confronté à une mort prochaine. Il nous parle de la fin de vie avec sensibilité et délicatesse;
Si seulement Martin n’était pas allé voir son médecin ! Le diagnostic est implacable, c’est un cancer du pancréas, le pronostic inexorable : sa survie se limite à quelques semaines, au mieux quelques mois. Le quotidien ne s’interrompt pas pour autant. Ce professeur de droit à la retraite de 76 ans jardine, il va chercher tous les jours son fils David, âgé de six ans, au jardin d’enfant. Depuis quelques mois sa femme Ulla « beaucoup trop jeune pour lui », est devenue plus distante presque fuyante. Martin découvre qu’avec Ulla « ils évoluent sur une mince couche de glace ». Père attentif, il se consacre à son fils. Il part en randonnée avec lui et lui écrit une longue lettre pour plus tard, quand il aura grandi. Dans cette lettre il fait le bilan de sa vie, il y confie ses opinions intimes sur l’amour, le travail, la mort, Dieu. Mais la fatigue s’accentue, les douleurs apparaissent. Les derniers jours au bord de la Baltique seront emprunts de douceur, de tendresse, d’amour, préparant un départ apaisé.
Bernhard Schlink, 81 ans, est juge, professeur de droit et écrivain. L’auteur de Le Liseur (1995) et de La Petite-fille (2023) nous propose dans « Ce qui reste » un moment d’intimité. Il nous raconte la vie intérieure, l’introspection d’un homme âgé qui apprend qu’il est gravement malade. Le texte est délicat, sensible, sans sensiblerie excessive, mis en valeur par une écriture simple, limpide. Le roman est émouvant lorsque nous percevons l’inquiétude de David : « Papa tu ne vas pas rester avec nous ? » ou lors de l’anniversaire d’Ulla, le dernier passé ensemble.
« Ce qui reste » est un livre sur la transmission. Transmettre est important pour Martin qui redoute que son fils ne l’oublie. Il veut aussi perpétuer son héritage familial. Le bureau et le fauteuil de ses grand-pères deviennent des passeurs de témoin pour David. Martin doit aussi faire l’expérience du renoncement. Il voudrait que la vie s’écoule tranquillement pour David et Ulla mais il doit accepter « que plus rien ne dépende de lui ». Il saura aussi pardonner et retrouver une relation apaisée, authentique avec sa femme.
Ce récit portant sur une fin de vie est touchant, parfois triste mais pour le lecteur il sera peut être plus apaisant qu’angoissant grâce en particulier, au courage et à la grandeur d’âme de Martin qui forcent notre admiration.
Bernhard Schlink, Ce qui reste, traduit de l’allemand par Bernard Lortholary, Gallimard, 208 pages, 20 Euros, sortie le 05 03 2026.