Cette enquête travaillée sur le tabou des “fausses” couches, mêlant intime et politique, est l’une des meilleures BDs de cette rentrée.
Autour de vous, qui a déjà connu une “fausse” couche ? Finalement, à y réfléchir, il vous semble que cet événement traumatisant ne touche pas grand monde. Et pourtant, le phénomène est bien plus répandu que l’on ne pense, il est juste tu. Les chiffres parlent, même s’ils sont difficiles à estimer. Au moins 15 % des grossesses se terminent par un arrêt spontané. Une grossesse sur quatre se solde par une fausse couche et une femme sur trois en fera une au cours de sa vie. Les causes ? Une anomalie de développement du fœtus, des problèmes utérins, des causes immunologiques…
La journaliste Camille Drouet Chades a vécu six “fausses” couches, expression qu’elle remplace vite par celle d’“interruption de grossesse”. “Les nommer ‘fausses’ couches, c’est en faire, en creux, des grosses qui n’ont pas existé. Pourquoi souffrir de la perte de quelque chose qui – symboliquement – n’a jamais eu lieu ? C’est la double peine : la femme doit dissimuler sa grossesse durant trois longs mois, puis être privée de toute empathie lorsqu’il faut en révéler la fin. Penser la « fausse » couche, c’est donc penser un angle mort de nos politiques de santé.
Accompagnée de Manon Mugnier au dessin, Camille Drouet Chades traite de la « fausse » sur le plan social, politique et médical en interrogeant sages-femmes, philosophes (Camille Froidevaux-Metterie surtout), gynécologues, psychologues… Causes et conséquences de la fausse couche, suivi médical et psychologique à l’issue de celles-ci, initiatives à droite à gauche pour mieux accompagner celles-ci, textes de loi, déserts médicaux et état de la profession des sages-femmes… Organisé en chapitres, l’album mêle enquête journalistique et témoignage personnel de Camille Drouet Chades. Une grande réussite de la BD documentaire.
Une grossesse sur quatre. Enquête sur le tabou de la “fausse” couche, Camille DROUET CHADES (scénario) et Manon MUGNIER (dessin), Casterman, 192 pages, 25 €
Visuel : © Couverture de l’album