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Rencontre avec Aurélia Blanc, et nos fils alors ?

par Camille Zingraff
05.03.2026

À l’occasion du Pop Women Festival, du 5 au 7 mars, Aurélia Blanc animera une table ronde « Et nos fils alors ? » où elle parlera de son ouvrage Eduquons nos fils ! réalisé avec Maelline et Anjuna Boutan. Lors de notre rencontre, elle revient sur l’éducation des garçons, ses impensés, ses résistances, mais aussi les évolutions à l’œuvre. Pour elle « se questionner avec une perspective féministe sur l’éducation des garçons n’est pas négatif (…) c’est une approche émancipatrice pour les garçons eux-mêmes ».

 

CZ : Avec Éduquons nos fils, vous adoptez pour la première fois le format de la bande dessinée.  Pourquoi ce format vous a-t-il semblé nécessaire pour ce projet ?

 

AB : Au départ, c’est une proposition de mon éditeur, Marabulles, d’adapter librement mon premier livre, Tu seras un homme – féministe – mon fils ! Le support de la bande dessinée s’est avéré pertinent pour aborder le sujet de façon différente, davantage par l’intime, en mettant en scène des trajectoires de vie plutôt que par un essai théorique. De plus, cela permet de toucher un public plus large, peut-être plus masculin, ou plus jeune.

 

 

CZ : De quelle manière avez-vous élaboré ce patchwork d’histoires pour construire ces saynètes qui composent le récit ?

 

AB : Le travail s’est fait en deux temps : d’abord avec un travail de recherche conséquent pour mon premier livre, à la fois auprès des interviews d’expert.es, des témoignages de parents ou de militant.es. Ensuite, Maelline, la scénariste d’Éduquons nos fils, s’est servie de ce premier matériau pour créer les saynètes qui construisent la bande dessinée, il n’y a donc pas eu de besoin de faire de recherche spécifique pour ce livre.

 

 

CZ : Le terme et les comportements de « performative male » suscitent des réserves. Selon vous, une masculinité performative dans sa déconstruction peut-elle malgré tout jouer un rôle positif ?

 

AB : La question des performative male est ambivalente. On sait très bien que certains hommes vont en jouer et en tirer des bénéfices. Ces processus sont d’ailleurs documentés ; je pense notamment au sociologue Francis Dupuis-Derry, Les hommes et le féminisme : faux amis, poseurs ou alliés ?. La question n’est pas nouvelle et ses limites sont déjà bien identifiées.

 

Néanmoins, je pense que nous avons besoin de modèles positifs mainstream, qui fassent partie de la pop culture, notamment pour les hommes et les jeunes garçons. Et quelque part, je préfère que des jeunes garçons s’identifient à des performative male, même si ces hommes-là ne sont pas parfaitement déconstruits, plutôt qu’à des discours masculinistes. 

 

 

CZ : Est-ce une manière d’ouvrir un espace en dehors des masculinités hégémoniques ? En la disqualifiant d’emblée de risque-t-on pas d’empêcher certains hommes de s’y chercher et de s’y reconnaître ?

 

AB : Exactement, d’entrer vers autre chose. Et il faut garder en tête, que les personnalités masculines doivent pouvoir se sentir libres de jouer avec les codes du genre et de sortir de ces carcans-là sans pour autant être un militant féministe aguerri.

 

 

CZ : Dans une saynète consacrée à une crèche expérimentale, les éducateur.ices se filment pour analyser leurs pratiques. Dans votre quotidien, observez-vous des évolutions qui vous donnent de l’espoir ?

 

AB : Une partie significative de la société progresse sur ces questions. À titre personnel, ce qui me ravit c’est par exemple de voir un petit garçon avec une robe de princesse pour un goûter d’anniversaire, sans que les parents ou les autres enfants y voient un problème. Dans les écoles, ces injonctions genrées changent peu à peu : avec mon fils en primaire, j’ai pu voir le travail d’éducation que sa maîtresse a fait, sur la question de l’intimité, du consentement, le tout de manière adaptée.

 

 

CZ : Cette réflexion renvoie également à une autre inquiétude largement partagée et soulignée par votre bande dessinée : celle d’élever un fils qui devienne agresseur. Avez-vous rencontré des parents confrontés à cette situation, qui se seraient peut-être engagés dans un parcours de réparation ?

 

AB : Pas réellement étant donné que lorsque j’ai travaillé sur ce sujet, je me suis davantage concentrée sur l’enfance et la petite enfance. La question à laquelle j’ai beaucoup été confrontée, c’était des parents, et notamment des mères, qui me disaient avoir la hantise d’élever un garçon qui devienne un jour un agresseur. 

Mais c’est un sujet qui m’intéresse beaucoup et sur lequel j’envisage de travailler à moyen terme, la question de savoir que faire lorsque nos enfants s’avèrent être des agresseurs.

 

 

CZ : Ces questions ouvrent-elles de nouveaux chantiers de réflexion pour vous ?

 

AB : Oui, bien sûr. D’une part, parce que la société bouge, que mes enfants grandissent et moi également. Cette question du rapport à nos fils devenus jeunes ou adultes, et possiblement agresseurs, c’est un sujet sur lequel j’aimerais me pencher. Et plus largement, je pense qu’il est important de se pencher aussi sur l’influence des discours masculinistes.

 

 

CZ : À l’occasion du Pop Women Festival où vous allez animer une table ronde « Et nos fils alors ? », qu’aimeriez-vous que le public retienne de votre intervention ?

 

AB : Peut-être qu’il y a deux choses que j’espère que le public saisira. Premièrement, l’éducation des garçons est quelque chose de fondamental si l’on veut vivre dans une société plus égalitaire et moins violente à la fois envers les filles et les minorités de genre. Deuxièmement, que se questionner avec une perspective féministe sur l’éducation des garçons n’est pas négatif et ne va pas empêcher les garçons de grandir sereinement, c’est une approche émancipatrice pour les garçons eux-mêmes !

 

 

CZ : Merci beaucoup, et bon festival !

 

AB : Merci à vous !

 

visuels :

©Marie Rouge

 

©couverture Eduquons nos fils !

 

 

Pop Women Festival : du 5 au 7 mars à Reims.