Après un premier roman graphique aux éditions Sarbacane en 2022, Les Dames de Kimoto, Cyril Bonin revient avec un récit philosophique de science-fiction.
Sur une route de campagne, le richissime Charles Brooks se fait conduire par son robot à son lieu de travail. Karl, son « life companion », surprit par une biche, donne un coup de volant. La voiture s’encastre dans un sapin, et Charles Brooks meurt sur le coup. Bien qu’elle n’ait pas vu son père depuis une dizaine d’années, Magda s’installe dans la maison vide. Elle fait alors connaissance avec Karl, tandis qu’un expert en cybernétique mène l’enquête pour déterminer les circonstances précises de la mort de Charles Brooks.
Comme les grands films de procès (Douze hommes en colère, Anatomie d’une chute, Le Procès Goldman…), Karl va passer de longues pages au tribunal. La Crown Bank où travaillait Charles Brooks poursuit en justice la Randall Company, la société qui a mis au point Karl. Tout l’enjeu du procès réside dans la conscience de Karl. Ce dernier « prend des initiatives, il a des remords, des envies, se pose des questions, il a des croyances… » Mais cela en fait-il un être conscient de ses actes ? Ebloui par la beauté de la biche qu’il a décidé de sauver en provoquant par ricochet un accident mortel, Karl est-il responsable de la mort de son employeur ?
A la fois conte philosophique et roman graphique de science-fiction, Karl aborde les thèmes de la conscience, du libre-arbitre, de la croyance et du temps. Avec une lenteur assumée, le récit croit en la force de ses questionnements. Cyril Bonin livre une superbe esthétique, imaginant un monde digne des années 1950 mais peuplé de robots. La cohabitation de ces deux univers pourtant antagonistes crée un intéressant décalage. Il s’avère que par ses graphiques et sa narration, Karl questionne habilement l’intelligence artificielle.
Karl, Cyril BONIN, Sarbacane, 112 pages, 22 €
Visuel : © Couverture de l’album