Dargaud et Fluide glacial se lancent dans un pari fou : publier Gotlib dans l’ordre chronologique. Un coup de génie, antidépresseur bienvenu en cette période hivernale.
Le bel album de 240 pages, le premier d’une série dont deux volumes seront publiés chaque année, rappelle la particularité de l’auteur français de bande dessinée. Gotlib a en effet toujours construit son œuvre dans la presse et n’a jamais pensé un album en tant que tel. C’est, par exemple, en novembre 1967 que parait le premier tome des Dingodossiers, bien que toutes les planches en soient parues précédemment dans la revue Pilote. Cette façon particulière de faire explique que certaines planches parues dans la presse soient passées à la trappe lors de la constitution des Dingodossiers ou de Rubrique-à-Brac. Dargaud et Fluide glacial s’unissent donc pour publier l’intégrale de Gotlib dans l’ordre chronologique, afin que des ponts se fassent et que du sens apparaisse. De plus, les éditeurs ont la bonne idée de repartir des versions originales des planches de Gotlib, et non des dessins publiés dans Pilote et Vaillant en noir, bichromie et quadrichromie pour des questions de coût. Dix ans après la disparition de Gotlib, l’édition de cette Œuvre complète a été réalisée sous la direction de Jean-Louis Gauthey et avec l’aide d’Ariane Gotlieb, la fille de Marcel.
En 1967, Gotlib travaille énormément avec une moyenne de cinq pages par semaine. Deux séries l’occupent : Gai-Luron pour Vaillant, et Les Dingodossiers pour Pilote. Si ces derniers sont au départ coréalisés avec Goscinny au scénario, le papa du Petit Nicolas se désengage peu à peu, absorbé par sa carrière de rédacteur en chef de Pilote tout en menant de front Astérix, Lucky Luke et Iznogoud. D’un côté, donc, les tribulations d’un chien flegmatique, presque Droopy, accompagné de Jujube et secrètement amoureux de Dolly. De l’autre, des sujets traités sur un ton journalistique avec une bonne dose d’humour : « Avions personnalisés », « Les génériques », « Les voyages dans le cosmos »…
Au fur et à mesure que les pages se tournent, force est de constater que le génie de Gotlib n’a rien perdu de sa force. Plus de cinquante ans après leurs parutions, les dessins et leur traitement font toujours sourire et rire, sans aucune vulgarité ou mauvais goût (le public de Vaillant et de Pilote était adolescent). Les fans de Gotlib verront apparaître des gags et des personnages bien connus : la pomme qui s’écrase sur la tête de Newton, l’apparition du professeur Burp (dans « Le caméléon », « L’autruche » et « Le noble jeu des échecs »), le faux Jean-Pierre Liégois lecteur du Var, la souris de Gai-Luron, etc. Un bien bel album, dont on attend les suites prévues pour avril (années 1968-1969) et novembre (1969).
Gotlib – Œuvre complète 1967, GOTLIB, Dargaud et Fluide glacial, 240 pages, 34,90 €
Visuel : © Couverture de l’album