Pour notre plus grand bonheur, les éditions Dargaud poursuivent leur travail d’adaptation en bandes dessinées des « romans durs » de Simenon.
Il y a finalement bien peu d’éléments strictement policiers dans ce « roman dur » de Simenon (tous les livres de l’auteur belge qui ne sont pas des enquêtes de l’inspecteur Maigret). Dans Barrio negro (Quartier nègre pour le titre original), on ne trouvera ni meurtre ni vol, mais plutôt une ambiance lourde qui pèse tout au long du récit dont l’action se déroule au Panama.
Germaine et Joseph sont heureux : ils viennent de se marier à Amiens et prévoient de partir découvrir le monde. Joseph a accepté la place de directeur de la Société anonyme des mines de l’Équateur. Après un séjour luxueux à Paris et l’arrivée dans un bel hôtel à Panama, la nouvelle tombe : il est impossible d’échanger les lettres de crédit contre du liquide. La SAME a fait faillite. Alors, coûte que coûte, il faut bien se débrouiller. Et récolter de quoi payer les billets pour la traversée retour. Si Germaine se voit engagée dans un petit hôtel tenu par des Français, le parcours de Joseph est plus sinueux. Épaulé par la communauté d’expatriés français, Joseph vogue de petit boulot en petit boulot. La distance entre les deux époux se creuse.
L’adaptation en BD des Clients d’Avrenos, signée Fromental et Mattiussi, voyait déjà mis en images le regard de Simenon sur l’expatriation. Comme l’explique une passagère du bateau à Germaine, les tentations dans les colonies sont nombreuses : « les mauvaises habitudes… Celles des Blancs qui vivent dans les colonies, les pays chauds… Les femmes indigènes, l’apéritif, les cartes… » José-Louis Bocquet, qui avait déjà travaillé sur les adaptations du Passager du Polarlys et de La Maison du canal, continue de livrer un très bon travail sur les dialogues et le découpage des scènes. Les couleurs chaudes et le trait précis de Javi Rey dépeignent autant le quotidien des expatriés que le Barrio negro, dans lequel Joseph se retrouve à vivre. Ce quatorzième roman dur, écrit en 1935, reste, presque cent ans après, un regard sans fioriture sur le sentiment grisant de liberté que peut provoquer l’expatriation.
Barrio negro, José-Louis BOCQUET (scénario) et Javi REY (dessin) d’après le roman Quartier nègre de Georges SIMENON, Dargaud, 96 pages, 22,95 €
Visuel : © Couverture de l’album