Les éditions du Bélial’ font reparaître Au-delà du gouffre, un recueil de nouvelles de l’auteur canadien Peter Watts.
En voilà, un bel objet, comme savent si bien le faire les éditions nantaises du Bélial’, spécialisées dans la science-fiction. Au-delà du gouffre, recueil de nouvelles de Peter Watts, était introuvable en librairie depuis quelques temps, et vient de ressortir en janvier illustré d’une belle couverture signée Dofresh. Dans son Un siècle de S.F., Jean-Pierre Andrevon écrit de l’auteur canadien : « avec cette trilogie [Starfish, Rifteur et Béhémoth], pas de doute qu’une voix nouvelle se faisait entendre dans le royaume de la SF, fait de précision scientifique, d’un sens aigu du suspense et d’un style souvent éblouissant, l’envers de la médaille étant – nul n’est parfait – une propension à tirer un peu trop à la ligne. » Autant dire qu’un recueil de nouvelles semble être l’approche idéale pour aborder l’œuvre de Watts.
Au fil des seize nouvelles qui composent le livre, on croisera dans « Les Choses » un hommage direct au film de John Carpenter (The Thing, 1982), lui-même adapté d’un court roman signé John W. Campbelle (La Chose). Ou encore des nuages intelligents, diablement effrayants, dans « Nimbus », qui peut presque rappeler la peur irrationnelle de Curtis LaForche (Michael Shannon) dans Take Shelter (2012) de Jeff Nichols. Il y a aussi cette Jasmine Fitzgerald bien décidée à ramener son mari d’entre les morts, à n’importe quel prix (« Le Second avènement de Jasmine Fitzgerald »). Etc.
La grande majorité de ces nouvelles relève de la hard science-fiction et ne sera donc pas abordable par le commun des mortels (notre conseil : si la brume ne se dissipe pas au bout de dix pages, passez à la nouvelle suivante !). Très scientifique (Peter Watts est titulaire d’un doctorat en biologie marine), ces nouvelles n’en sont pas moins littéraires puisque l’écriture de Watts est « souvent viscérale, angoissée (et parfois un peu tourmentée), chaque phrase donnant l’impression de lui avoir été arrachée dans la douleur. » (postface de Jonathan Crowe). Avec pour preuve, l’incipit de « L’Île » (prix Hugo de la nouvelle 2010) : « Nous sommes les hommes des cavernes. Nous sommes les Anciens, les Progéniteurs, les singes qui érigent vos charpentes d’acier. Nous tissons vos toiles, construisons vos portails magiques, enfilons le chas de l’aiguille à soixante mille kilomètres/seconde. Pas question d’arrêter, ni même d’oser ralentir, de peur que la lumière de votre venue ne nous réduise en plasma. Tout ça pour que vous puissiez sauter d’une étoile à la suivante sans vous salir les pieds dans ces interstices de néant infinis. » Eh oui, il y a de la poésie partout, même dans la hard SF.
Au-delà du gouffre, Peter WATTS, traduction de Gilles Goullet, Pierre-Paul Durastanti, Roland C. Wagner, etc., Editions Le Bélial’, 480 pages, 24,90 €
Visuel : © Couverture du livre