Première novella traduite en français d’un auteur horrifique remarqué outre-Atlantique, As-tu mérité tes yeux ? surprend par sa cruauté et son analyse des relations amoureuses.
Au début des années 2000, sur un site web invitant à échanger différents membres de la communauté LGBT+, Agnes Petrella publie une annonce. Elle met en vente un épluche-pommes chargé d’histoire, celui-ci ayant transité entre les mains du compositeur américain Charles Ives. Très vite, elle reçoit une réponse intéressée d’une certaine Zoe Cross. Après des échanges par mails très obséquieux, confinant au ridicule, les deux femmes se retrouvent à échanger sur Instant Messenger. Une relation se noue, sans que les femmes ne se rencontrent. Au fur et à mesure des messages échangés, Zoe affirme ses désirs : elle cherche une relation de domination avec Agnes. Cette dernière, prête à tout pour être aimée, signe un contrat dans lequel elle est désignée comme la « Servante ».
As-tu mérité tes yeux ?, non dénué d’humour, observe de façon grinçante la construction d’une relation de domination. Les informations sur les deux protagonistes arrivent au compte-gouttes : Agnes, dont les parents ont mal vécu le coming out, probablement rejetée, accepte-t-elle cette relation abusive comme seule échappatoire à sa solitude ? Zoe, dont les plans sont très clairs (« Le problème, c’est que je sais précisément ce que je veux, et qu’aucune femme ne pourra jamais me le donner. »), a-t-elle l’habitude de repérer des femmes désespérées ? Cette novella épistolaire, constituée d’échanges de mails ou de messages d’une messagerie instantanée, n’est pas de l’horreur à la Stephen King ou à la Graham Masterton. Eric LaRocca développe ici une horreur lancinante, très réelle, sur les dangers de l’anonymat sur Internet, et les impasses d’une relation de deux femmes mal dans leurs peaux.
As-tu mérité tes yeux ?, Eric LAROCCA, traduit par Mélanie Fazi, Le Bélial’, Collection Une Heure Lumière, 176 pages, 12,90 €
Visuel : © Couverture du livre signée Aurélie Police