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Tout autant que les saisons de Christine Patry-Morel

par Marie Anezin
22.02.2026

Aujourd’hui se tient le « finissage » de l’exposition Tout autant que les saisons de Christine Patry-Morel, l’occasion de se pencher sur le travail délicat et émouvant de cette artiste trop peu connue.

Un soir de septembre 2025 à la Grande Librairie, elle est apparue.
Une voix la dessinait sous nos yeux, déclinait ses goûts, ses attachements, son existence devant des millions de spectateurs alors qu’elle n’était, justement, définitivement plus là. Elle. Christine Patry-Morel. Artiste, illustratrice, graveuse.
La voix, est celle de François Morel, invité pour son succès dans « Art » de Yasmina Reza et le recueil de ses chroniques de la matinale du vendredi matin de France Inter : « C’est la beauté qui m’en impose ». C’est aussi le titre de sa dernière chronique de juin 2025 et une phrase extraite du livre de Nicolas Bouvier, « L’usage du monde » parce que Christine PM en soulignait toutes les phrases pour ne rien en perdre, comme un amoureux grave dans sa mémoire tous les visages pour garder sa présence. Une façon élégante, comme à son accoutumée, pour François Morel de parler de sa femme disparue récemment et de la vie qu’il faut garder en alliée.
Ce mercredi 17 septembre 2025, en Direct dans les yeux, nom de la rubrique de fin de l’émission d’Augustin Traquenard, face caméra, François Morel a aussi dit le bruit de l’absence et le désir de donner des nouvelles parce que c’est ce que l’on fait avec les gens que l’on aime.
L’espace d’un instant contourner la peine en faisant comme si, comme si tout était comme avant. À l’instar des enfants, croquer la réalité en prenant soin de recracher l’amer pour ne garder que le jus sucré de la vie. Un instant se retrouver, en prenant à témoin la France entière, histoire de valider un souhait qui était une habitude :
« Je voulais te donner des nouvelles et te dire que je pensais à toi, que je pensais à toi tout le temps, peut-être encore plus que quand tu étais là. »

« J’ai choisi avec Carine ce qu’on exposera à la salle de la Fontaine aux pèlerins ».
C’est bien dans cette salle de Saint-Prix que nous nous sommes retrouvés, quelques mois plus tard, ce dimanche 7 février 2026 par un après-midi ensoleillé à l’allure de printemps. Pour le vernissage de l’exposition posthume de l’illustratrice, artiste peintre Christine Patry-Morel, qui était organisé en toute simplicité à deux pas de chez elle, par son mari, son fils et deux de ses amies.
Une foule joyeuse s’est pressée autour de ses œuvres. Une large partie des amis du couple, dont quelques têtes très connues, des gens du village et quelques badauds, se sont sustentés à la beauté, à la poésie des œuvres disposées sur les murs blancs de la salle de la Fontaine aux pélerins. Un grand intérêt et un enthousiasme qui se sont traduits par l’achat de la quasi-totalité des gravures exposées, dont les droits iront à une fondation de méditation Terrânanda qui a aidé cette artiste durant son cancer. On retrouve ici non pas des manifestations de la maladie dans son travail mais les diverses orientations que son parcours de vie lui a fait prendre. Découvrant par exemple près de chez elle un graveur Monsieur Robert, imprimeur en taille-douce à Saint-Prix qui lui a enseigné ce qui fut son dernier et principal support artistique. Ou l’existence de ses grands tableaux aux tons lumineux de douceur, empreints d’une tendresse pour les plantes qui étaient sa passion, qu’elle dispensait autour d’elle.

« Valentin a acheté deux plantes pour mettre à ses fenêtres. »
Le végétal autant que la couleur avaient une importance prépondérante dans les univers de Christine Patry-Morel. Elle chérissait les fleurs dans son jardin, dans sa maison, dans sa vie. « S’imbiber dans la couleur : Ça n’est pas par hasard » comme le dit son amie artiste plasticienne, Fabienne Yvert , « qu’elle fait une série de gravures sur les plantes tinctoriales, recherchant avec de l’encre la couleur exacte due à la plante. Regrouper dans un cadre la bourdaine, le myrtillier, la rose trémière et le sureau noir pour nous faire apprécier leurs différences de mauve-violet, nuancier de la nature. Mettre en valeur le jaune spécial qui différencie la serratule du genêt des teinturiers, retrouver l’or du crocus. Apprécier toutes les nuances ».
Elle n’a pas hésité à proposer à l’écrivain Pierre Lieutaghi d’écrire à quatre mains un livre magnifique « Simples mercis – des ex-votos végétaux ».

Une ode aux plantes entre poésie, médecine de nos grand-mères et remerciements illustrés aux bienfaits de la nature qui soigne sans agression. Des dessins emplis d’humour (l’homme vigoureux à la sarriette, cette ceinture de chasteté au gattilier) et de délicatesse (la femme houblon).

 

 


« Fabienne montera de Marseille cet automne. ».
Fabienne Yvert, son amie depuis les beaux-arts était bien là, elle aussi dans cette salle de la Fontaine, renseignant sur les techniques, tenant le cahier de commande, échangeant pudiquement sur Christine Patry. Durant le temps de l’exposition, elle s’est promenée dans l’atelier de la maison de Saint-Prix, y a croisé des souvenirs, retrouvé des séries de gravures et écrit un très beau texte hommage qu’elle a lu le 2 -ème dimanche de février, dans une forte émotion renouvelée.
« La nature nous dépasse. Les paysages de Christine, même vides, sont habités d’une présence. Comme enfant chez sa grand-mère dans une chambre avec persiennes, l’impression magique de voir surgir des yeux de renard quand la lumière se prenait dans l’accroche en laiton des rideaux. Un renard, un petit loup, un lapin, un hérisson, une taupe, une grenouille, un corbeau, une fourmi, une coccinelle, etc…,ils sont aussi dans ses peintures, laques, photos et gravures, avec des plantes, des baies, des herbes, des arbres, …, tout au long de son œuvre »
Une renarde avait choisi de mettre au monde ses petits dans son jardin et elle y a, au même moment que l’artiste, perdu la vie, ce que Valentin Morel décrit dans un texte déchirant de beauté.

Un animal, la vache, avait réuni Christine et François Morel en leur faisant renouer avec leurs origines normandes avec le livre Meuh ! Une fable fantaisiste et touchante sur un jeune garçon qui se transforme en vache. Christine Patry en avait réalisé les illustrations, qui ajoutent une touche supplémentaire d’originalité à l’ouvrage. Certaines, La lune et la vache, la valse des vaches …sont exposées.

 

 

 

 

« On va au théâtre pour se consoler et pour pleurer. Pour se retrouver et se sentir vivant. Convoquer les absents et réveiller les morts ».
L’art a cette magie d’embellir la vie ou du moins d’en effacer les limites. Et dans les traces artistiques laissées, de quelques disciplines qu’elles soient, de retrouver la personne dans l’artiste.  Au fil de la vision de ses gravures et des bribes de conversations saisies en aparté dans cette salle communale de Saint-Prix, il se dégageait le portrait d’une femme douce, attentive aux autres et aux siens, friande d’échanges avec autrui et curieuse d’explorer maints médiums pour s’exprimer. Les gens l’intéressaient pour ce qu’ils étaient, non pour ce qu’ils représentaient, elle aimait les lier tel la composition d’un beau bouquet. Elle parlait beaucoup des autres, peu d’elle, c’est ce qui se dégage de ses toiles, gravures, laques. Elle raconte le monde en le regardant du petit côté de la lorgnette, de préférence côté cœur. Une approche émotionnelle de l’art, liée aux impressions, aux sensations, aux ressentis, un dessin du sensible sans course à la notoriété.

Elle semblait vivre en créant. Elle créait en vivant. Sa peinture narre des histoires dans lesquelles le petit détail raconte le plus grand. Des petits personnages se cachent dans les coins, la voiture rouge qui fait figure d’ange gardien, un petit bonhomme qui en dit plus long que l’ensemble du dessin. Une de ses amies, Evelyne décrit comment elle redonnait une nouvelle vie aux trous, aux fissures qu’elle croisait, ceux d’ un arbre, d’un mur, d’une route. Elle y glissait là aussi des nouveaux éléments, des personnages avant de les photographier ou de les peindre.
Réduire le vide, poétiser le néant. Faire jongler l’absence avec deux balles d’insouciance de l’enfance. Il parait qu’à force de vivre ensemble les couples se ressemblent.

 

« J’ai pensé au soir où tu avais voulu m’accompagner, parce que sur le plateau, tu savais qu’il y aurait François Cheng. Tu avais l’admiration précise et absolue.« 

 

Pour le vernissage, François et Valentin Morel ainsi qu’Antoine Sahler nous ont offert une lecture musicale, illustrant diverses phrases soulignées par Christine Patry dans les ouvrages de son chevet. Nicolas Bouvier bien sûr, « Pierre-Auguste Renoir, mon père » de Jean Renoir et « Cinq méditations sur la beauté » de François Cheng. Des phrases « qui la questionnaient, qui illustrait son travail, qu’elles trouvaient inspirantes ou simplement jolies ».

Et côté musique un bouleversant « La vieille dame et le banc » interprété par un François Morel plus qu’ému et une interprétation chavirante de Remembering de Avishai Cohen et Mercedes Sosa-Alfonsina y el mar » par Antoine Salher. Ils nous promettaient qu’il serait question de « beauté, de gaité, d’hérédité », ce fut le cas.

Espérons que d’autres expositions dévoilant plus encore son travail et notamment ses peintures verront le jour.