L’exposition «Mary Cassatt, l’indépendante» se tient au Musée d’Orsay jusqu’au 31 Janvier 2027. Cette rétrospective met en lumière cette artiste qui, par ses talents de dessinatrice, graveuse, peintre joua un rôle majeur dans le mouvement impressionniste.
«Aucune chaîne n’aurait pu me retenir. » En tant qu’artiste indépendante mais aussi, femme célibataire et étrangère, Mary Cassatt (1844-1926) a dû affronter obstacles et préjugés en cette fin de 19ème ou ce début du 20ème siècles. Née à Pittsburgh en Pennsylvanie, dans une vieille famille d’émigrés français, elle se considérera toujours comme Américaine. Elle séjournera quelques années à Paris pendant son enfance puis y reviendra en 1865. Elle a alors 21 ans et veut devenir peintre. Issue d’une famille aisée, elle réussit à vivre de son travail d’artiste, à disposer de son propre atelier, à exposer au «Salon» en 1868. De retour à Paris, après la guerre franco-prussienne de 1870, elle se rapproche du mouvement impressionniste. Son indépendance s’accompagne d’un engagement féministe en particulier, au début du 20ème siècle, en faveur du vote des femmes. Elle vendra en 1915 des tableaux pour soutenir cette cause.
«Mary Cassatt l’indépendante» est la première rétrospective à lui être consacrée. Elle est riche de 80 peintures, pastels ou estampes. L’approche est chrono- thématique. La qualité des explications, la chronologie à l’entrée de l’exposition permettent au visiteur d’avoir une bonne vue d’ensemble de la vie et de l’œuvre de Mary Cassatt. Il sera séduit par la beauté, l’harmonie des œuvres et l’accrochage assure une grande cohérence à l’exposition.
Mary Cassatt est d’abord une portraitiste. Cette femme restée célibataire et sans enfant a beaucoup peint sa famille. Le portrait de La mère de mademoiselle Cassatt (1873) est austère. Le fond est sombre, la tenue vestimentaire également mais le visage est mis en valeur par un clair-obscur. La femme, âgée, paraît songeuse, résignée. Le portrait d’Alexander J. Cassatt (le frère de Mary) et de son fils Robert Kelso Cassatt est une belle manifestation d’amour paternel. L’enfant est assis sur l’accoudoir du fauteuil, son bras entoure l’épaule de son père, ils lisent ensemble le journal, paraissant très proches.
Mary Cassatt a débuté ses portraits de «mères à l’enfant» surtout après la mort de sa sœur en 1882. Ses madones à l’enfant, laïques l’ont rendue célèbre. La mise en scène est élaborée, l’étude psychologique fine, comme dans la Mère sur le point de laver son enfant endormi. Les couleurs sont pastels, douces. L’enfant se réveille à peine, la mère attend le bon moment pour débuter la toilette, le tableau est à la fois réaliste et touchant. Cette grande tendresse maternelle apparaît également dans Mère et enfant sur fond vert (1905). Le tableau a été offert à l’état français, pour le musée du Luxembourg (alors le musée d’art moderne de Paris). Mary Cassatt est devenue le symbole national de la maternité. C’est une vision réconfortante: la mère et l’enfant sont joue contre joue, le bébé se réveille dans l’inconfort mais sa mère est totalement disponible, protectrice.
Mary Cassatt s’est attachée à décrire la vie quotidienne. Elle a peint des femmes bourgeoises dans des intérieurs élégants. Dans ses estampes, elle relate des scènes intimes comme La femme à sa toilette, Le bain de l’enfant, Le baiser maternel. Au-delà l’influence japonaise, ces estampes sont vraiment très belles avec leurs couleurs subtiles. Elles sont aussi une prouesse technique: il s’agit de gravures qui ont nécessité jusqu’à 15 étapes successives. Pissarro a été obligé de reconnaître l’immense talent de l’artiste!
À partir de 1879, Marie Cassatt se rapproche du mouvement impressionniste. Elle est proche d’Edgar Degas, amie avec Camille Pissarro et Berthe Morisot. Ses peintures évoquent souvent les tableaux d’Auguste Renoir. Elle va participer à quatre expositions impressionnistes. Elle n’est pas paysagiste mais, comme eux, elle peint souvent en plein air. Dans ses portraits, elle porte une grande attention aux jardins ou aux parcs où se trouvent ses modèles. Le tableau, Jeune fille au jardin, a été présenté à l’exposition impressionniste de 1886. Les couleurs sont printanières, avec le bleu pâle de la robe, l’orange vif des fleurs, la jeune fille s’épanouit dans un cadre idyllique. Dans Automne, portrait de Lydia Cassatt, la sœur de l’artiste est assise sur un banc dans un parc boisé. Son manteau est en harmonie avec les couleurs automnales. Toute une palette de verts et de bruns nous fait ressentir la fraîcheur et l’humidité ambiantes. Dans la lignée impressionniste, Mary Cassatt choisit souvent, pour ses portraits, des fonds abstraits, elle épaissit les traits, elle donne un flou aux contours. Le musée d’Orsay vient d’acquérir La jeune fille au banjo (1894). Le décor est multicolore, peint avec des traits épais, le banjo paraît inachevé, toute l’attention est portée sur la jeune fille. Ce tableau est d’une grande modernité.
Mary Cassatt est une self-made-woman. Sa farouche indépendance va la conduire vers le féminisme. Ses figures féminines sont dignes, altières, une noblesse émane de ces portraits de femmes, des femmes qui lisent avec attention ou qui investissent l’espace public. Dans en voiture (1881) c’est une femme qui conduit le cabriolet, avec assurance et détermination. Elle devient un symbole d’indépendance. La Femme dans une loge fit sensation à l’exposition impressionniste de 1879, la première à laquelle participa Mary Cassatt. La luminosité de ce tableau est éclatante, la femme très belle, est rayonnante dans la chaude lumière du théâtre.
Mary Cassatt a participé à l’exposition universelle de Chicago en 1893 Elle a été chargée de la décoration du pavillon, en représentant la « Modern Woman ». Elle montre des jeunes filles cueillant des fruits à l’arbre de la connaissance. Tout un symbole! Cette œuvre progressiste n’existe plus mais elle a été partiellement reconstituée par le musée d’Orsay et un film nous montre une restauration numérique.
Et pourtant… malgré son talent et son engagement au sein du mouvement impressionniste, elle sera oubliée, en tout cas peu présente dans l’histoire du mouvement. Cette exposition, en rendant hommage à Mary Cassatt répare en partie cette injustice. Le visiteur sera séduit par la beauté des œuvres. Son féminisme est «essentialiste», cherchant l’égalité dans la différence et honorant la maternité. Il peut nous paraître consensuel mais sa représentation de la femme à la fois douce, digne, décidée est touchante, servie par le grand talent de l’artiste. Cette exposition est très agréable à visiter, accessible à tout public.
Visuel(c) Photos: Musée d’Orsay, dist. Grand Palais Rmn, Mary Cassatt: Jeune fille au banjo,1894.
Mary Cassatt, l’Indépendante
Jusqu’au 31 01 2027
Musée d’Orsay, Esplanade Valéry Giscard d’Estaing 75007 Paris
Du mardi au dimanche de 9h30 à 18h (jeudi jusqu’à 21H45)