C’est avec éclat que l’on (re)découvre Martin Parr dans une exposition exubérante, réunissant la plus large variété thématique de son œuvre. Entre mélancolie et admiration, nous replongeons dans l’univers haut en couleur du photographe britannique.
L’année 2025 a été marquée par Parr. D’abord, en janvier, avec la sortie du reportage de Lee Shulman I Am Martin Parr, retraçant la vie et l’œuvre de l’artiste. Puis, plus tard dans l’année, l’annonce de sa collaboration avec le Jeu de Paume pour la préparation de l’une des expositions les plus importantes et les plus globales de son œuvre. Enfin, l’année s’achève tristement avec son départ précipité des suites d’une maladie. Le monde de la photographie, endeuillé, avait besoin de cette Alerte générale pour se retrouver autour de la mémoire de celui qui savait si bien regarder les autres.
C’est un retour après quinze ans pour Parr au Jeu de Paume. Première exposition à regrouper autant de facettes de son travail, le parcours se veut volontairement plus documentaire qu’absurde. Les photographies choisies couvrent toute la carrière de Parr, de sa première image prise en 1972 au centre de vacances Butlins de Filey, dans le Yorkshire, à l’une de ses dernières, réalisée au Blue Lagoon en Islande en 2024.
À travers cinq thèmes qui se succèdent, la plage, la consommation, la planète, les animaux et les machines, nous suivons Martin Parr dans ses obsessions et ses fascinations. Ses œuvres, accrochées sur des murs aux teintes pastel allant du rose au vert, dialoguent entre cruauté, détachement et questionnement.
Bien que le photographe se soit toujours présenté davantage comme observateur, anthropologue, voire humoriste, que comme ambassadeur politique, ses choix artistiques parlent pour lui. Son domaine de prédilection, le virage de la société vers l’ultra-capitalisation et la surconsommation, a longtemps été son terrain de jeu favori.
On navigue ainsi entre des clichés pris lors de l’inauguration du tunnel sous la Manche en 1988, montrant des Britanniques se ruant dans les supermarchés de Boulogne-sur-Mer pour dévaliser les étalages de bière, moins taxée qu’au Royaume-Uni à l’époque. En contrepoint, une photographie plus morbide, prise en Indonésie en 1993, où l’on pouvait alors payer pour assister à un enterrement local.
À la fois fasciné par la puissance et les ravages de l’ultra-mondialisation, l’artiste en rit tout en nous inquiétant. En 2002, il photographie dans sa série The Phone Book des individus rivés à leur téléphone ; en 2018, les « no selfie zones » en Inde. Parr suit l’humanité dans tous ses vices, du casino au zoo, en passant par les trumpistes. Spectateur mais aussi témoin silencieux, il nous présente la réalité avec ironie et autodérision.
Exposition nécessaire, Alerte générale est une étude sociale, non seulement des masses mais du monde en général. Martin Parr laisse derrière lui une œuvre monumentale, appelée à lui survivre par son intemporalité. À découvrir du 30 janvier au 24 mai 2026 au Jeu de Paume.
Visuel : Martin Parr © Magnum Photos