Jusqu’au 18 janvier 2026, le MAHHSA présente une relecture ambitieuse de l’œuvre de Jean Crampilh-Broucaret, qui s’articule comme un parcours initiatique et se confronte aux artistes contemporains, sous le commissariat d’Anne-Marie Dubois et Dominique Viéville.
Une visite au Musée d’Art et d’Histoire de l’Hôpital Sainte-Anne (MAHHSA) -carrefour de l’art, de l’histoire et de la psychiatrie- est toujours une expérience unique. Après avoir abordé Le Plancher de Jeannot sous un angle archéologique, une seconde exposition propose de questionner sa place dans l’histoire de l’art. Le propos devient fertile lorsque l’œuvre côtoie des artistes modernes et contemporains de Picasso à Dubuffet, Fontana, Matta-Clark ou Niki de Saint Phalle, tous et toutes rassemblé.es sous les voûtes de l’édifice.
La visite démarre par la lecture de ce parquet gravé d’environ 13m² de chêne massif. Lire Le Plancher de Jeannot, ce n’est pas lire au sens ordinaire. C’est s’incliner, suivre des lignes irrégulières, accepter les ruptures, les répétitions, les silences. Le texte n’est pas destiné à être fluide : il résiste. Il oblige le corps du lecteur à adopter le rythme même de celui qui l’a gravé. Avec Le Plancher de Jeannot, présenté au MAHHSA, le visiteur est confronté à une œuvre radicale, à la frontière du texte, de l’objet et du geste vital. En 1971, Jean Crampilh-Broucaret, dit Jeannot, grave dans le parquet de sa chambre des dizaines de lignes de texte, inscrivant ses pensées dans le sol même de son espace de vie. Le sens n’est pas toujours à comprendre, mais à éprouver. Et cette tension se propage durant toute la visite dans les œuvres qui dialoguent entre elles et se renvoient le même élan vital.
Cette exposition crée des passerelles et tisse les mêmes fils rouges. Elle décloisonne les catégories et montre que l’art possède sa propre langue. Elle est parfois limpide, et parfois opaque, voire inexistante. Elle avance par fragments, répétitions et ruptures, donnant à lire une parole sans destinataire, marquée par la nécessité de fixer ce qui menace de se dissoudre. Le support est le lieu même où se déroule l’œuvre comme un récit énigmatique rappelant notre propre finitude. De l’art épigraphique de Picasso au point-trait de Jean Dubuffet, on découvre différents procédés d’expression plastique. Ici contournement des lignes, là constellation de points, plus loin l’horizontalité des traits croisés et superposés nous rappelle à l’état de conscience fluctuant de la création. Les graphies de Roland Barthes renvoient à la poésie calligraphiée de Christian Dotremont. Dans chacun de ces tableaux, la même mystique s’empare du subconscient. Le lecteur devient témoin d’une lutte intime entre pensée et pulsion de vie qui donnent à l’œuvre son unité à la fois vulnérable et vibrante.
©Mahhsa
Centre hospitalier Sainte-Anne
1 rue Cabanis, 75014 Paris
Lundi au vendredi, 9h30-17h3